VALLÉE D’ ARGELÈS. — SAINT-SA VIN
« La vallée d’Argelès est un bassin rond entouré de hautes montagnes. Mais quand j’ai dit cela, on ne sait que ce que j’ai déjà répété à propos de vingt autres sites, et on n’a pas vu, comme je le voudrais, ce fond admirable de boi$, «le
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prairies, de torrents, de villages, enfermé par des montagnes ou verdoyantes jusqu'à leurs cimes, ou blanches et ardues comme des glaciers. 11 y a des choses qu’on a le courage de décrire; mais pour celle-ci on déplore la pauvreté des langues humaines. Le pinceau même ne peut représenter cet effet d’immensité, ni rendre ces bruits confus et délicieux, ni faire respirer cet air si vif et qui éveille tant les esprits. Il faut envoyer là le lecteur, et renoncer à reproduire une nature inimitable.
« .le n’avais encore circulé que dans le fond du bassin, et, arrivé même à Argelès, je ne m'étais pas assez, élevé pour juger de l’ensemble de la vallée; je n’avais vu pendant la route que la belle découpure des montagnes, lorsque le lendemain matin je m’acheminai, dès la pointe du jour, vers l’abbaye de Saint-Savin, qui est de la plus grande antiquité; car on fait remonter ses fondements au fort Emilien bâti par les Romains , et ses murailles à Charlemagne. Ainsi, les quartiers de noblesse ne lui manquent pas; mais elle a mieux que cela : c’est sa forme et sa position que je vais lâcher de faire comprendre, désespérant de la faire voir. La vallée d’Argelès s’ouvre à Lourde s. Un peu après se trouvent des coteaux extrêmement élevés qui sont comme un mur de clôture placé à l’entrée de cette grande enceinte. Après ces coteaux chargés des plus beaux bouquets de hêtres, le bassin s’arrondit, et l’on conçoit qu'il doit être vaste, puisque entre le fond et les hauteurs on compte trente-trois villages. Mais que ceux qui aiment les lieux recueillis se rassurent, car les montagnes environnantes sont si élevées, que la vallée ne présente, pour ainsi dire, qu’une gorge énorme. L’enceinte se referme, et une terrasse adossée au fond, et vis-à-vis des coteaux d’entrée , porte comme un promontoire les gothiques murailles de Saint-Savin. Des deux côtés de cette terrasse se trouvent deux issues assez étrpites, dont l’une forme la vallée à'Ossun, et l’autre celle de Lu:, par laquelle on se rend à Gavarnie. Ainsi, comme on le voit, un paysagiste n’eûlpas mieux ouvert et fermé cette admirable vallée. Tandis que je gravissais, par une matinée très-froide, le sentier escarpé qui conduit à Saint-Savin, un brouillard épais remplissait l’atmosphère. .le voyais à peine les arbres les plus voisins de moi, et leurs troncs se dessinaient comme des ombres à travers la vapeur. A peine arrivé au sommet, je fus ravi de me trouver