VENISE
RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX
Hôtels. — Albergo Reale, de Danieli, sur le quai des Esclavons; delà Ville; S.
Marco (place Saint Marc); d’Europe, jadis pal. Giustiniaûi, sur le Grand Canal, visà-vis la Dogana ; Grande-Bretagne, (Grand Canal); Albergo délia Vittoria; Luna (bains); Italia, près S. Mosé (bains); Stella d’Oro ( bains ); Regina d’Ingbilterra ( bains); Regina d’Ungheria ; Aqufla d’Oro; Vapore ; dell’ Italia (bainS).
Restaurants. — Vapore , restaurant et hôtel de Venise (calle dei Pignolli, n“ 763); Grande Ristoratore Francese (Procdratia Maruzzi, n* 109 ; Kaffeehaus a S. Gallo, fenêtres donnant sur la place St-Marc; Capello Nero ; Capello Bianco ; Cavaletto ; S. Gallo (Campo Busolo etCanova).
CAFps. — Sur la place SainGMarc (ils restent ouverts toute la -niiit -. Florian (au milieu des Procuratie Nuove); Nuovo ’degli Specchi,' sous le? Procuratie Vecctpe; Suttil, fréquenté par l' aristocratie ; Français; Meqdelj.Quadri.
Domestiques de placé. — On en trouve dans les hôtels ou au Palais-Ducal. — Environ 4 fr. par jour.
Bakques-Omnibl-s. — Partant du Môlê 3/4 d’b. avant le départ du train du chemin de fer. Par personne, 20 c. ; par colis, 20 c.
Gondoles. — Les gondoliers (barcaroli) stationnent principalement sur la rive delà Piazzettaet sur quelques autres points ( tra ghetti) du Grand Canal, ou même des capaux intérieurs ; il est dû, pour passer d’un bord du Grand Canal à l’autre, 6 c. (9 la nuit). — Gondole à un rameur :
ir* heure, I zvtanz. ; chaque h. suiv.
t/2 zwanz. — Depuis les premières heures du matih jusqu'à t h. après minuit , 4 à ~5 zwanz. — Pour un bateau, t/3 de moins.. — Du débarcadère du chemin de fer les prix varient suivant les distances, de 40 c. à 1 zwanz. ; on ne paye rien pour le bagage.
Poste aux lettres. — Palais Grimant, sur le Grand Canal.
VenlMe compte 125000 hab. (Il y en avait 200 000 sOus la république).
Histoire. — Lorsque Attila vint ra-
rager les Côtes de l’Italie, les habitants des côtes se réfugièrent dans les Iles de la lagune. L’inrasion des Lombards y amena de nouveaux réfugiés. Un tribun gouvernait chaque île. En 097, les habitants se choisirent un chef unique, duc ou doge. Devenus maîtres de l’Adriatique, ils se trouvèrent en face des musulmans. Ils transportèrent les croisés en Orient. En 1204, le doge Dandolo prit, avec les croisés français, Constantinople, et ajouta au territoire de la République Candie et la Morée.
En 1173, -à la suite d’une sédition, on avait créé un grand conseil de 480 membres (pregadi) devant partager la puissance avec le doge, dont l’autorité fut de plus en plus restreinte: c’est là l’origine de l’aristocratie vénitienne. Toute influence politique fut successivement enlevée au peuple: Des conspirations, des séditions manifestèrent la résistance aux empiétements. Pour échapper à un péril toujours menaçant, l’aristocratie nomma un, conseil de dix membres, investi d’un pouvoir souverain et chargé de rechercher et de punir les crimes de trahison. Nommé d’abord pour deux mois, à la suite d’un soulèvement (1310), il se fit déclarer permanent en 1352, et il du l'a près de 500 ans. Il communiqua aux affaires de la République une unité et une éner- • gie d’impulsion singulière; mais, les patriciens, par un juste retour du despotisme, tombèrent eux-mêmes sous le çoup de la police la plus terrible, qu’ils avaient prétendu diriger contre le peuple seul.
En 1355, le doge Marino .Faliero cônspira avec le peuple contre l’aristocratie. Mais ce complot démocratique avorta, et Marino Faliero eut la tête tranchée. Le grand conseil, effrayé des empiétements d’autorité du conseil des dix, essaya inutilement de le briser. C’est alors que le conseil des dix, pour concentrer et rendre plus mystérieux encore son pouvoir, prit dans soft sein ce triumvirat terrible, ce conseil des trois ou inquisiteurs (fÉtat, dont l’institution redoutée se perpétua jusqu’à la fin de la république.
Les dix, seuls, savaient leurs noms.
Leur despotisme s’étendait sdr tous, et
particulièrement sur les patriciens, sur le doge, sur le tribunal des dix lui-même.
La seconde moitié du xv' siècle est l’époque la plus brillante de l’histoire de Venise. Son drapeau flottait depuis le pied des Alpes jusqu’à Ravenne et Rimini-, depuis l’Istrie jusqu’à Bergame et Brescia. Son commerce s’étendait sur les côtes de l’Afrique, de la Syrie, de l’Asie Mineure, dans la mer Noire, et jusqu’à la mer Caspienne:
elle possédait 3300 navires montés par 40000 matelots. Elle avait eu dés luttes à soutenir contre Gênes, sa rivale maritime. En 1508 le pape Jules II, l’empereur Maximilien, le roi Louis XII, les rois de Naples et d’Aragon, le duc de Savoie, le marquis de Mantoue, formèrent contre Venise la ligue de Cambrai; la bataille d’Agnadel lui fit perdre ses conquêtes.
Après des chances diverses, quand François I" et Charles-Quint eurent conclu la paix, les Vénitiens recouvrèrent tous leurs Etats de terre ferme.
Mais, en Orient, ilsdurent céder (1540) à Soliman presque toutes les îles dé l’archipel et les places les plus importables de la Morée. Ils perdirent successivement Chypre (1570), Candie (1609), la Morée (1718). Venise, après s’être -illustrée par les armes à Lépanfe (1571), après avoir soutenu seule la guerre contre l’empire turc, depuis 1641 jhsqu’en 1669, lut comme épuisée par ce dernier effort, dont elle ne s’est pas relevée. — A Venise guerrière succéda Venise galante, somptueuse, ville d’intrigues et de plaisir, et de police ombrageuse. Les commotions de la fin du siècle dernier vinrent l’arracher à sa somnolence politique. Entre l'Autriche et la France) épiant la fortune des batailles, le sénat de Venise fut livré à de cruelles perplexités. « Le 16 mai 1797, trois mille Français entrèrent à Venise, tandis que le sénat se hâtait de prononcer sa propre déchéance, rendant au peuple tout entier la souveraineté qui résidait entre ses mains depuis tant de siècles. — Mais il était trop tard ! — La République de Saint-Marc avait cessé d’exister : et le traité de paix de Campo-Formio donna à l’Autriche Venise et tout son territoire jusqu'à
ITALIE
l’Adige.« Depuis lors, Venise aperdu son autonomie. Unie à l’empire autrichien jusqu’en 1805, le traite de Presbourg la rendit à cette époque au nouveau royaume d’Italie, d’ou elle retourna , en 1815, à l’Autriche. — En 1848 un gouvernement provisoire fut formé à Venise sous la présidence de Manin.
Le vieux général napolitain Pepe vint avec des volontaires pour la défendre.
Après le désastre de Novare, Venise refusa de se rendre aux sommations du général Haynau et de Radetzky (mai 1849). Le 24 mai, 150pièces autrichiennes bombardèrent, pendant trois jours, le fort de Malghera, défendu par le colonel napolitain Ulloa , qui fit sa retraite sur Venise. Pour la défense de Venise, on avait fait sauter 19 arches du pont qui l’unit à la terre ferme. Mais, étroitement bloquée par mer, manquant de vivres, souffrant dp, choléra, et livrée à des agitations intérieures, que Manin maîtrisa par son ascendant, Venise dut se rendre après 5 jours d’un bombardement oui blessa d’ailleurs trèspeu de monde. Manin partit le 27 ^oût pour Paris, où il est mort récemment.»
Histoire oe la peinture. — Jean Bellin (1426-1516) est le véritable fondateur de l’école vénitienne; il est pour elle ce que le Pérugin, est à l’école d’Ombrie. Ses deux plus illustres élèves urent Giorgion etTiti,en. Cima da Conegliano fut un de ses imitateurs. Il faut, à côté de Giovanni Bellini , placer son îrbreGentile, charmant peintre de genre historique, que la République de Venise envoya à Constantinople sur la demandé' de Mahomet II; Carpaccio, un des rivaux de J. Bellin; Marco Basaiti. — Nous citerons encore les frères Zuccati, célèbres peintres mosaïstes du xvr siècle. — Le Giorgion (Barba/relli) (1477-1511), élève de J. Bellin, l’instruisit par ses exemples comme Raphaël instruisit le Pérugin. C’est à lui que commence la grande période de la peinture vénitienne. Il rejette, le premier, la disposition symétrique architecturale de Bellin. Il fut un modèle admirable du coloris çt de la touche. — Titien (1477-1576), qui mourut de la peste à quatre-vingt-dixneuf ans, produisit beaucoup; ses grandes qualités ont fait do lui le Chef
de l’école vénitienne. — Le Tintoret (Jac. Robusti) (1512-1594) et Paul Véronèse(1513-1572) viennent aprèh Giorgion et Titien au premier rang. Tintoret , dans l’école vénitienne , est à peu près le seul artiste qui se soit peut-être inspiré de Michel-Ange.— Sébastien del Piombo, élève de J. Bellin et du Giorgion, mit son habileté pratique et la puissance de ton de sa palette au service du hardi dessinateur de Florence et de Rome. — Tintoret, plein de fougue et d’incorrection, se plut à peindre de grandes machines , et s’abandonna à la facilité négligée de son pinceau. Dans le portrait il fut Èémule de Titien. — « Paul Véronèse est le représentant le plus complet de l’école vénitienne , en ce qu’il réunit au plus haut degré les qualités et les défauts qui caractérisent cette école. » Coloriste riche, abondant, nul ne le surpassa pour la fraîcheur, l’éclat et la transparence; l’architecture élégante qu’il introduisit dans ses tableaux ajoute à leur pompe théâtrale .' Il reste un modèle à part sous le l'apport de la variété du coloris. — Le Basson o (Jacopo da Ponte) , remarquable coloriste, abaissa l’art jusqu'à la trivialité ; on dirait d’un flamand égaré à Venise. — Palma (dit il Vecchio, pour le distinguer de son neveu) prend rang, pour l'intensité de scm^coloris, à côté de Giorgion et de Titien.— Le Pordcngne (Licinio), rival de gloire du Titien. Talent élevé ; entente du clair-obscur. — Bonifasio (1500-1562?) , imitateur du Titien avec une perfection telle , ' qu’on confond quelquefois ses œuvres avec celles de ce maître. — Paris Bprdone (1500- 1570), élève du Titien, qui devint jaloux de lui elle persécuté. Excellent portraitiste. — Le Moretlo (Aless. Bonvicino) (vers. 1500-1550) est un artiste de premier ordre qui n’a pas la célé- . brité qu’il mérite. Ses œuvres se voient principalement à Brescia, puis à Vérone et àBecgame. — Schiacone (\b22- 1582), artiste étouffé par la misère, malgré la protection de Titien et l’intérêt du Tintoret. — Palma dii il Giorine, neveu de Palma il Vecchio (1544- 1628), fut, dit Lanzi, le dernier de ht bonne époque et le premier de la mauvaise. — Il Padovinano (le Padouan)
ROUTE mr\ VENISE.
(1590-1650) , artiste célèbre du xvn' siècle, imite Titien et traite des sujets riants. — Tirpolo (1692-1770), imitateur de Paul Véronèse, est le dernier grand peintre du xvm*-siècle. — Çanaletti (1697-1787), oui peignit principalement des rues de Venise , est la dernière illustration de l’école vénitienne.' — On compte aussi parmi les Vénitiens ■ Rosalba Carriera (167£- 1757), renommée pour ses pastels.
Dialecte vénitien. — C’est le plus doux des dialectes italiens; il est trèsfacile:à comprendre. 11 a une prononciation efféminée, presque enfantine.