DE MADRID A GRENADE
Voir p. 1073, la route 510, de Madrid d Cordoue, jusqu’à
292 kil. Bailm.
En sortant de cette ville la route se bifurque, k droite on prend la direction d’Andujax (route de Cordoue); à gauche on va passer le Guadalquivir sur un beau pont suspendu, à 1 kil.
au delà duquel on rencontre
14 kil. (306 kil.) Menjivar, petite V.
de 1600 hab.
22 kil. (328 kil.) Jnen, chef-lieu de la province de ce nom, V. de 17 500 hab. Elle est renommée par la douceur de son climat, la pureté de l’air qu’on y respire, la bonté de ses eaux et l’abondance des moyens d’existence, jaen compte six portes dont la principale, formant l’entrée des routes de Madrid et de Grenade, a un aspect un peu monumental, la bienfaisance publique entretient dans la ville un hôpital de 9 salles avec 186 lits, un hospice pour les vieillards pauvres et invalides, puis un établissement destiné à héberger les mendiants de passage.
La cathédrale était une mosquée au temps dés Maures; saint Ferdinand en fit une église. L’intérieur forme un parallélogramme rectangle, affectant la ligure d’une croix latine. Le coro est allongé, et le trascoro est décoré avec beaucoup de goût et une grande richesse, en marbres du pays. Dans le rétable est placée une peinture de grand mérite représentant la Sainte- Famille, œuvre dé Mariano Salvador Maella. L’intérieur du coro est simple; la silleria se signale toutefois par le mérite de ses sculptures qui représentent des scènes cfe l’Histoire Sainte.
Le sanctuaire occupe le chevet de l’église. L’autel, en jaspe rouge, est couvert d’une nappe exécutée en bronze. La capilla mayor est richement décorée. La sacristie, la sala capitular, le ragrario, les ornements d’or et d’argent, les joyaux, les sta-
tues, les tableaux et les peintures murales, la custodia des cérémonies de la Fête-Dieu, tout contribue à faire de la cathédrale de Jaen un monument artistique digne d’attention.
L’hôtel de ville ( casas cupitulares) est un édifice du xvn* siècle, restauré à plusieurs époques.
Panni les principaux édifices particuliers, on cite le palais des comtes del Villar del Pardo, vieux monument de style ogival; — la maison de l’évêque Suarcs de la Fuentc del Sauce; — la Casa del capitan don Fernando Quesada Ulloa ; elle date du milieu du xvi" siècle; — la Casa de don Crisiobal de Vilches ; — la Casa de los Masonés, œuvre d’architecture gréco-romaine.
L 'Alameda est la seule promenade.
La plaça de Toros, qui présente 11 rangs de gradins en marbre, peut contenir 8000 personnes.
A 2 kil. de Jaen vers le N. E. , au pied de la colline de Jabakus, jaillit une source abondante, chlorurée calciue, à la température de 29“ centigraes , dégageant de nombreuses bulles de gaz. La connaissance de ces eaux remonte, dit-on, à l’époque de la domination arabe. Il y existe un établissement avec deux grandes piscines etdes .
habitations convenablement installées pour les baigneurs.
On traverse à quelque distance de Jaen, sur un pont de pierre, le ruisseau de Valparaiso, que la route rencontre trois fois avant d’atteindre (11 kil.) le ventorillo de la Guardia. Cette hôtellerie et les- trois qui la suivent . la venta del'Chaval, la venta de las Palomas et la venta del Bornerai , ne sont autre chose que des relais poulies voitures publiques. Au. delà de cette dernière, la route s’engage au milieu des collines, et pratique à travers l’une d’elles un tunnel, de 33 mèt. de longueur qu’on nomme la puerta de Arenas, et qui débouche dans une vallée profonde.
25 kil. (364 kil.) Campillo de Arenas, pet. v. de 1200 hab.,,de pou d’intérêt.
La route est pratiquée à travers un pays très-mcutagneux , très-cultivé , mais peu habité, ün n’y rencontre,
sur un parcours de'l40 kil., d’autres points habités que des vantas servant de relais, et placées à env. 5 à 6 kil. de distance l’une de l'autre, enfin le. pont du Beiro et
51 kil. (115 kil.) Grenade, (Hôt. ; Parador de diligencias, fonda del Comercio ; casas de Pupilos, calle de Parragas, calle delSilencio, 34), V. de 68 800 hab. , chef-lieu d’une capitainerie générale, d’une province civile , et siège d’un archevêché. Elle est si- [ tuée à 686 mèt. au-dessus du niveau ( de la mer, au commencement des ver- ; sants septentrionaux de la Sierra Ne- : vada. Ses édifices et ses maisons sont ' échelonnés et groupés sur les pentes de trois collines qui se développent en i amphithéâtre , et qu’on a comparées aux quartiers ouverts d'une grenade.
C’est là l’origine de son nom et de ses armes.
j. Grenade est divisée en quatre grands quartiers. C’est en dehors de ces quartiers que se trouvent : le barrio de San Lazaro, VAlbaycin, dont le nom vient des Maures de Ëaeza; l 'Alcasaba, ancienne forteresse; la Churra ou Mauror , l’ancien quartier des porteurs d’eau; et enfin 1 ’Antequeruela, c’est-à-dire le quartier des Maures d’Anteqùera.
La ville moderne occupe la partie unie de la vallée qui s’étend entre les collines de l’Albaycin et de l’Alhambra; c’est de tout Grenade la partie la plus importante, la plus agréable et la mieux construite. Parmi les places, il faut çiter en premier lieu, la plaça del Trïunfo, la promenade la plus agréable de la ville; la place de Bibarrambla , autrefois le théâtre des joutes, des courses de chevaux et de bagues des cavaliers grenadins; la
Îtlaca Nuei'a , au-dessus d’un pont sous equel passe le Darro ; la plaça de Gracia, ornée de plantations et de fleurs ; la plaça de San Augustin , sur l’emplacement d’un ancien couveut; les Capuchinas ; la plaça Larga ; la plaça de los Aljibes, construite audessus des citernes de l’Alhambra.
La casa de Ayuntamiento servait, au temps des Maures, d’académie ou d'universilé.
! Le Présidé, ou maison centrale de
ESPAGNE
détention, occupe les bâtiments d’un ancien coûvent dit de Bethléem.
L’Université date de 1236, époque de la conquête de Cordoue et de Séville par saint Ferdinand. Elle occupe un vaste édifice construit par les jésuites, et très-bien approprié à sa destination.
Le Musée de peinture est peu remarquable.
La cathédrale fut commencée en 1529, et inaugurée en 1560. Elle présente une belle façade à trois portes ornée de statues et de bas-reliefs. L’intérieur est distribué en cinq nefs soutenues par vingt énormes piliers formés de colonnes groupées et. d’une épaisseur de 3 met. 1/2. Les nefs latérales forment une quinzaine de chapelles très-ornées, avec des retables et des peintures pour la plupart de grande valeur. La Capilla mayor est l’une des œuvres les plus somptueuses de ce genre en Espagne. Elle possède de belles peintures de Bocanegra, d’Aloriso Cano, de Juan de Sevilla, et des vitraux magnifiques.- La Capilla real, belle œuvre architecturale, fut construite pour recevoir les dépouilles mortelles de Ferdinand et d’Isabelle.
Les deux corps y furent transportés en grande pompe en, 1525. Charles- Quint trouva ce tombeau de ses aïeux « trop étroit pour leur gloire, » et voulut d’abord le reconstruire ; il ordonna que la plus grande magnificence fût apportée à la construction du mausolée. Le tombeau de Jeanne la Folle et de Philippe 1" son mari se trouve dahs la même chapelle; il présente peut-être plus de richesse, mais moins de majesté. On doit encore y remarquer le retable de l’autel, exécuté par Philippe de Bourgogne.
Grenade compte vingt-sept autres paroisses, parmi lesquelles il faut citer las Angustias, Santa Ana, San Cristobal, San Juan de los Reyes, la première qa’Isabelle fit consacrer au culte.
Monuments historiques.— UAlhambra. Lorsqu’on part de la place Neuve , on monte lentement la calle de Gomelès. En haut de cette rue, on rencontre la Puer ta de las Granadas, espèce d’arc triomphal construit au temps de Char-
les-Quint. Cette porte franchie, on ,a devantsoi les bosquets et lesjardinsqui entourent l’Alhambra. Trois chemins se présentent au visiteur : l’un, à gauche, conduit à la Puertajudiciaria; l’autre, à droite, descend au champ de los Marlires; celui du milieu conduit directement au Généralife et à la colline del Sol. En suivant ce dernier,, on aperçoit une grosse^tour massive, qui défend l'entrée principale du palais maure, et auprès d’elle, vers la ghu:
che, le Pilar de Carias V, fontaine ornée de statues, de Génies marins, de dauphins, de têtes de fleuves versant l’eau, avec la devise : Plus ultra. C’est derrière le mur auquel cette fontaine est appuyée, et au nied de la grosse tour, que se trouve la Puer la judiciària ou du Tribunal.
- En sortant de la tour, on pénètre dans une étroite allée qui débouche - sur la plaxa de los Algibes (des Citernes). Au-desspus de cette place s’étendent des citernes magnifiques , auxquelles on descend par un escalier voûté de 60 marches. Un côté de la place de los Algibes est occupé par les tours Quebrada, del Homenage, de la Armeria, de la Vêla, puis par des parapets de pierre où l’on peut s’aççouder pour admirer le spectacle de la ville et de la Vega. De l’autre côté, s’étend le palais de Charles- Quint, grand monumënt de la Renaissance qui fut continué par Philippe II, et qui, bien qu’inachevé, est le plus riche et le plus élégant des édifices de cette époque et de ce style en Espagne.
La façade principale de i’Alhambra fut démolie pour faire place au palais de Charles-Quint. On pénètre aujourd’hui dans l’antique monument par un long corridor situé dans l’angle du palais impérial, et on se trouve dans le patio de los Arrayanes.
Dans le fond, au-dessus du toit de tuiles rondes qui a remplacé les poutres de cèdre et les tuiles dorées de la toiture arabe, s’élève majestueusement la tour de Comarès. Cette tour renferme la salle de Embajadores.
La salle des Ambassadeurs, la plus grande de l’Alhambra, remplit tout l’intérieur de la tour de Comarès. Les
murailles disparaissent sous un réseau d’ornements si serrés, si inextricablement enlacés, qu’on ne saurait mieux les comparer qu à plusieurs guipures posées les unes sur les autres.
De la salle des Ambassadeurs l’on va, par un long corridor, au tocador, peinador ou mirador de la reina.
C’est un petit pavillon situé sur le haut d’une tour, et dont les rois arabes avaient fait d’abord un oratoire.
On descend du tocador de la reina dans le patio de Lindaraja, jardin de forme irrégulière, planté de fleurs et de myrtes , dont les murs sont tapissés d’orangers , de cédrats , de limons, de jasmins et d’acacias. Une galerie , soutenue par de frôles colonnes, borde deux des côtés de, ce jardin qu’on traverse pour arriver aux salles de bains (banos reales). •
Avec le patio de Lindaraja communique également la sala de Secretos, dont la voûte, construite sous Charles- Quint, a la propriété acoustique fie conduire les sons d’un angle à l’angle opposé; on descend aussi , par la cour des bains, vers la sala de las Sinfas, pratiquée au-dessous de l’antichambre de la salle des Ambassadeurs.
La cour dés Lions, qui Communique avec le patio de los Arrayanes, a 120 pieds de long, 73 de large'; les galeries qui l’entourent mesurent 22 pieds de haut. Elles sont formées par 128 colonnes dç marbre blanc appareillées dans un désordre symétrique de 4 en 4 et de 3 en 3 : ces colonnes,, dont les chapiteaux très-ouvragés conservent des traces d’or et de couleur, supportent des arcs d’une élégance extrême et d’une coupe tonte particulière. Au centre du patio se trouve une fontaine ornée dans le style de tout ce qui l’entoure. La vasque est soutenue par douze lions grossièrement sculptés.
La taxa de los Leones jouit dans les poésies arabes d’une réputation merveilleuse ; il n’est pas d’éloges dont on ne comble ces superbes animaux. Cette cour est le plus précieux des monuments arabes que possède l’Espagne, mais elle est malheureusement mal conservée.
A gauche, au milieu de la galerie; dans le sens de la longueur, se trouve
la salle des Deux-Sœurs, qui fait pendant à la salle des Abencérages. Les murailles, comme celles de la salle des Ambassadeurs, sont couvertes, depuis la frise jusqu’à hauteur d’homme, de broderies de stuc d’une délicatesse et d’une complication incroyables.
La salle des Abencérages est presque semblable à celle des Deux-Sœurs et n’a rien de particulier. Au milieu de la salle est un grand bassin de marbre avec un jet d’eau; c’est dans ce bassin que tombèrent les têtes des trentesix Abencérages attirés dans un piège par les Zégries.
On ne doit pas négliger de visiter, au milieu de ces merveilleux souvenirs, la Capilla real. Elle offre la singulière confusion des chiffres et des devises arabes sur ses lambris de faïence, et des armoiries chrétiennes accompagnées des colonnes d’Hercule et de la devise Plus ultra.
Ce que nous venons de décrire constitue la partie la plus importante de ce qui reste du célèbre palais arabe.
• La tour de la Vêla la plus anciennement construite a 82 pieds de haut et 56 en carré. Sur la plate-forme s’élève, au côté N.,- une tourelle crénelée ren- -fermant 4 cloche. On découvre de la plate-forme de la tour de la Vêla un panorama admirable.
On doit visiter encore les Adarvès, fortifications construites par le marquis de Mondeiar; puis l’église de Santa Maria, édifice solide et correct élevé au xviii* siècle sur les ruines de l’àncienne grande mosquée. On y re:
marque quelques tableaux de Ciéz.arès", des perspectives italiennes d’une certaine valeur, une statue de la Virgen de la Piedad et des statuettes de l’ancienne école italienne.
Le palais du Cadi, le palais de Musa, les Bains et une partie de la grande mosquée, sont aujourd’hui des jardins dans lesquels on rencontre à peine quelques vestiges des monuments passés; la tour del Agita . la tour del Candil, celle de la Cautiva ne sont plus que des monceaux dé pierres. On remarquera néanmoins la lorre de las Infahtas, remarquable par la délicatesse de ses ornements, la petitesse de ses fenêtres et la disposi-
tion des appartements qu’elle renferme^
Signalons enfin la Torre de loi Picot, ainsi nommée de la forme aiguë de ses créneaux , l’une des mieux conservées du palais; un chemin couvert la faisait communiquer avec la Puerto de Bierro.
On sort par cette porte, on descend par un chemin creux en pente rapide; au bout d’un quart d’heure de marche, on arrive au Généralife, qui n’est en quelque sorte que la cota de camvo, la maison de plaisir de l’AlhamDra. Il ne reste du Généralife que des arcades et de grands panneaux d'arabesques malheureusement empâtés par des couches de lait de chaux.
Le véritable charme du Généralife, ce sont ses jardins et ses eaux.
Du belvédère du Généralife, l’on aperçoit nettement la configuration de l’Alhambra avec son enceinte de tours rougeâtres à demi ruinées et ses pans de murs qui montent et descendent, en suivant les ondulations de la montagpe.
Grenade est considérée comme l’une des villes de premier ordre de la Péninsule; mais on ne saurait dissimuler que cette magnifique cité mafehe vers une rapide décadence. Le patrimoine royal avait alloué 10000 réaux par an pour l’entretien et la restauration de l’Alhambra ; cette allocation a duré deux ans.
Grenade communique pardesohemins praticables et par des services réguliers de voitures , diligences , gondoles et galères , avec Séville , Malaga , Alméria, Metril et Murcie. Un chemin de fer doit relier cette belle capitale à la ligné de Cordoue à Malaga.