‹ Guide du voyageur en ItalieChapitre 102 sur 218 · AUTRE ROUTE PAR BERGAME · texte numérisé non relu

AUTRE ROUTE PAR BERGAME

Cascina de* Peschi, 1 p.1/*

Canonica, 1

Bergame, 1 Vs

Cavernago, 1

Palazzualo, l

Ospedaletto, 1 V*

Brescia, l

Jetons un rapide coup d'œil sur la route par Cassano , Caravaggio , que le voyageur prend rarement, et qui n'est pas ceJIe des diligences.

Inzago ( Anticiacum ) est un bourg ancien et fort agréable; Cassano ( Cassianum ), dans une belle position militaire; Treviglio , bourg fort curieux, et dont on doit visiter Yéglise, vaste et majestueuse. Pop. 5,000 hab. Caravaggio , qui a donné naissance à de si grands peintres : belles peintures de Campi de Crémone , et, dans r église de la Ma doue, beaux tableaux, beaux marbres, etc. Antignale (Antinianum) , terra bellisimay suivant Priorato; Calciay bourg de 5,000 h.

Cuiari, petite ville de 9,000 h. On y visitera la bibliothèque , Y église cathédrale , la tour du clocher , une belle promenade. On arrive à Brescia. (Voyez ci-après.)

Reprenons la route aimée des voyageurs, par Bergame.

De Milan à Bergame il y a environ 3G kil. 11 faut traverser les campagnes de la Lombardie pour pouvoir se former une idée de la beauté et de la richesse de ce pays. Quand on est arrivé à Gorgonzola , on laisse à droite la roule qui conduit à Brescia, et l’on tourne à gauche. A Vaprio9 on passe l'Adda sur un pont ; ce fleuve, qui descend du lac de Côme et va se jeter dans le Pô près de Crémone , par les détours qu’il fait en traversant les plaines de la Lombardie, présente les points de vue les plus agréables, les plus pittoresques : de toutes parts ce sont des maisons de plaisance, des jardins, des bosquets, quelquefois de riches palais qui rivalisent avec ceux des villes principales.

A 4 kil. après le passage de l’Adda, on entre dans le territoire bergamasque. C’est un pays très-peu peuplé , et où l’industrie a fait usage de tous ses moyens pour faire fleurir

3;>0 GUIDE EN ITALIE

l'agriculture : des canaux d’irrigation y portent partout l’abondance et centuplent la végétation.

Bkbgame ( Bergamum ) (l), (hôtels : Royal , d’Italie, la Fenice), est bâtie en amphithéâtre sur un coteau entre le Brembo et le Serio, qui descendent des montagnes de la Valteline. Elle est revêtue de murailles , de bastions et de fossés; sa citadelle occupe le sommet du mont Sainl-Yirgilio, d’où la vue est magnifique ; ses nombreux et vastes faubourgs s’étendent au pied du coteau et ont environ 2 kil. de long : sa population est de 30,000 habitants.

Edifices. — L’édifice le plus remarquable de Bergame est celui qu’on appelle le Bâtiment de la foire , construit en pierres de taille, vers l’an 1740, entre les faubourgs Santo- Antonio et Santo-Leonardo : il contient plus de six cents boutiques symétriquement disposées , avec une vaste plaine et une belle fontaine qui, par des canaux bien entretenus , répand la fraîcheur et sert à la propreté. La foire se tient dans les huit derniers jours d’aout et les premiers de septembre; c’est le temps le plus agréable et le plus utile pour Bergame, à cause du grand nombre d’étrangers qui s’y rendent. Là, des cafés élégants, ornés de glaces, rassemblent les hommes et les femmes de la meilleure compagnie ; ici on fait la conversation sous des tentes de toile qu’on a soin d’humecter ; enfin on trouve dans ce lieu tous les objets de luxe et de nécessité, et l’on peut dire que c’est, dans son genre , le monument moderne le plus beau qu’il y ait en Italie.

Un canal d’eau qui vient de Serin passe dans les faubourgs , et y alimente les moulins à blé. et les fabriques de soie. Le bourg Santo-Leonardo est le plus considérable de tous; il contient autant de population que tout le reste de la ville.

On entre dans Bergame par quatre portes désignées par des noms de saints : entre celles de Saint- Au gustin et de

(i) A ceux qui voudraient connaître les peintures de Bergame et les peintres que cette ville a produits, indiquons la Fittura in Bergama, lost, et F ie de' pittori, scultori cd architetfi bergamaschi , du comte Fr. l’assi, toin. 2, in-4 , I7î»a.

Saint- Jacques, il y a sur les murs de la ville une promenade d’où l’on jouit des plus beaux points de vue. De là on découvre la vaste plaine du Milanais, les coteaux, les bosquets, les prairies, les palais et les maisonnettes dont cette plaine est décorée.

Edifices religieux.— En montant dans la ville, on rencontre la Cathédrale , construite sur les dessins du fameux Fontana;Iàon révère le corps de saint Alexandre, protecteur de la ville: cette église contient de beaux tableaux.

A côté de la basilique de Sainte-Marie Majeure est une chapelle où l’on voit le mausolée du général Colleone , qui le premier fit conduire de l’artillerie à la suite des années. Ce monument est en marbre avec des bas-reliefs; le général y est représenté à cheval; sa statue est dorée; mais tout cela a été fait dans un temps où l’on n’était pas encore sorti du gothique.

Dans Y église des JÎugustins est le tombeau d’Ambroise Calepin , religieux de cet ordre, de l’illustre famille des Calepîo, né à 12 kil. de Bergamc, près du lac d’isée. Son dictionnaire des sept langues, qui parut pour la première fois en 1503, ouvrage d’érudition dans un temps où les sciences étaient si négligées, contribua beaucoup aux progrès de la littérature.

II est plusieurs autres églises qui possèdent des tableaux anciens et modernes d’un assez grand prix; mais celle de Santa-Grata est surtout remarquable par la prodigieuse quantité et la richesse des ornements et des dorures dont ses murailles sont revêtues.

L’édifice appelé le Nouveau- Palais est d’une excellente architecture. Sur la place principale on voit la statue du Tasse. L’académie Carrara possède de très-bons modèles et une belle galerie de tableaux.

Les Dergamasques ont beaucoup d’industrie et d’activité. Voilà sans doute pourquoi on les désigne en Italie par les rôles d’arlequin, que l’on suppose contrefaire le patois et l’accent populaire de Bergame : mais ce caractère lin et rusé, sous une apparence de simplicité et de bêtise , se rencontre en tant de différents pays, que ce n’est pas la peine d’en faire un reproche particulier aux Bergamasqncs. On visitera

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à Bergame lo lycée , la bibliothèque publique y Y académie de peinture , les deux théâtres , Y école musicale , qui , sous la direction du P. Simon Mayr, a donné de si grands élèves.

De Bergame à Brescia , on côtoie les Alpes à la distance de deux ou trois milles. On voit encore ici une campagne non moins peuplée et aussi fertile en huile, vins, soie, fruits délicieux, laines, etc. La plaine étroite qui se trouve entre le pied des Alpes et la ville de Bergame est assez belle et trèsproductive; mais celle qui s'étend du côté de Crémone , qu’on aperçoit à l’extrémité de l'horizon , est immense et d'une inconcevable fertilité. Une chose digne de remarque est la manière ingénieuse avec laquelle les eaux y sont distribuées pour l’irrigation.

De Bergame on va à Cavcrnago . Avant d'arriver à Pa~ lazzolo , on passe l’Oglio, qui descend du lac d!Isée, et l’on joint à YOspedaletto la route de Milun à Brescia , laquelle conduit à cette dernière ville en ligne directe.

Brescia ( hôtels : la Tour, l'Hôtel-Royal, l’Ecrevisse) , située près des Alpes, au pied de coteaux délicieux , dans une campagne riante et fertile, entre le Mella et le Naviglio qui sort du Chiese, contient environ 33,000 habitants, et a quatre milles de tour. C'était, suivant Tite-Live, l’ancienne demeure des Gaulois Cènomanes. Colonie des Romains , elle leur resta fidèle jusqu’à l’invasion des Barbares. On croit qu’elle fut brûlée par les Goths , et quelque temps après prise et saccagée par Attila .

Brescia a de beaux édifices. Le palais de la Commune est remarquable par sa grandeur et par son architecture, qui est un mélange de gothique et de grec : il a été bâti par l’architecte Bramante sur les ruines d'un temple de Vulcain ; on y voit de belles peintures à fresque, et divers tableaux, dont quelques-uns sont d'un assez grand prix. A côté de Y évêché y édifice considérable, est la bibliothèque publique, que le cardinal Quirini donna à la ville : on y verra un beau cabinet de physique , une riche collection de dessins et de modèles à l’usage des jeunes gens qui s’appliquent à l’étude des beaux-arts , une belle galerie d' estampes qui appartient à la famille de Martinengo Fcrdinando , cl

ROUTE 41. —DE MILAN A VENISE. ïùl

une croix qui date du temps de Désiré, roi des Lombards, ornée de pierres précieuses.

Monuments religieux.— La cathédrale, il Duomo , édifice tout en marbre , est décorée d’un ordre corinthien dans le goût moderne ; les statues , les bas-reliefs , les ornements y sont prodigués : la coupole est superbe et fait honneur à l’architecte Vanlini , qui en donna Je dessin. L’intérieur est enrichi de statues, de tableaux et autres objets précieux, dus en grande partie à la munificence du célèbre cardinal Quirini et de quelques autres familles patriciennes du pays. On conserve dans cette cathédrale une croix pour laquelle le peuple a une vénération particulière, parce qu’il croit que c’est une image contemporaine de celle qui apparut à Constantin au moment de combattre Maxence. Ce temple renferme aussi un superbe mausolée, par Monti , érigé à la mémoire de l’évêque IVava. Tout près de ce bel édifice, qu’on appelle ordinairement la nouvelle cathédrale , se trouve Y ancienne cathédrale , dont les autels sont ornés de belles peintures de Pierre Rosa et de Moretlo. V église de Sainte * M arie-des-Miracles , dont le portail est un des beaux ouvrages du quinzième siècle, est décorée de statues estimées et de bonnes peintures, parmi lesquelles on distingue celles du Moretlo de Brescia. Les autres églises, particulièrement celles de Saint-Nazaire , de Saint-Pierre in (Jlivela , de Saint- Dominique , de Sainte-Euphèmie , de la Paix , de Saint- Jean et de Sainte- A fra , contiennent des tableaux de prix, peints par des artistes de l’école vénitienne, tels que le Titien , Paul Véronésey Tintoret et Carletto Caliari . Le couvent , aujourd’hui supprimé, attenant à l'église de Sainte- A fra , se fait remarquer par le beau style de son architecture.

Galeries de tableaux. — Le palais Avogadro , où l’on voit trois salles peintes à fresque par le llomanino et par d’autres peintres célèbres, possède de bons tableaux de Paul Véronése , du Titien et d’autres grands maîtres. M. le comte T o si a aussi une belle collection de tableaux anciens et modernes, parmi lesquels est un petit tableau sur bois, peint par Raphaël , d’une rare beauté et extrêmement précieux. L’a-

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mateur pourra encore voir d'autres galeries très-riches dans les maisons Lecchi , Brognoli , Fenaroli et Averoldi . Les plus beaux palais de Brescia sont ceux des familles Marti nengo délie Fabbriche , Martinengo Cesaresco , Gambara, Fenaroli , Bargnani , Uggeri , Calini , /’é, /iarbisoni , Cigolat Lecchi , Suardi et l’/Ttéc/ié , tous plus ou moins riches en tableaux des peintres les plus célèbres. Le jardin de la maison Lecchi contenait beaucoup de monuments antiques du temps des Romains, tels que des inscriptions, des bas-reliefs, des tombeaux, etc.; mais ils sont maintenant dans le musée. On a fait des fouilles dans une partie de la ville, et Ton y a découvert un temple superbe l'inscription gravée sur la frise du temple annonce qu’il fut • construit l’an 72 de notre ère, et consacré à Vespasien. Tout près de là on a déterré une statue en bronze de deux mètres de haut, représentant la Victoire , qui peut être regardée comme la plus belle statue antique en bronze qu’on connaisse : trois chambres contiguës à ce même temple ont été destinées à conserver les objets précieux récemment découverts, et cela forme un musée très-intéressant. Les curieux visiteront aussi avec plaisir le riche cabinet de médailles de feu M. le comte Mazzuchelli , et les restes d’un ancien aqueduc romain sur le chemin qui conduit à la Valtrompia . Le nouveau cimetière, élevé sur les dessins de M. Vantiniy est un beau morceau d’architecture moderne. Le théâtre est grand et construit avec goût. Presque à chaque pas, dans les rues et dans toutes les maisons, on trouve des fontaines.

Environs. — Les environs de Brescia sont arrosés par trois différentes rivières qui font la richesse du pays; les eaux de ces rivières, dirigées et distribuées avec intelligence , portent la fécondité dans les champs, et alimentent beaucoup de moulins et d’usines. Les machines pour tiler la soie, qui sont en très-grand nombre, celles à forer les canons de fusil, les meules de couteliers , les marteaux pour le travail du fer et du cuivre, les pilons pour écosser le riz, sont mus par le moyen de l’eau. La principale branche du commerce de Brescia est la soie; viennent ensuite le fer, le lin, la laine

ROUTE 'il.— DIS MILAN A VENISE. 365

et les étoffes. Brescia a été toujours renommée pour la fabrication des armes à feu ; de là le proverbe italien : TuUa Brescia non armer ebbe un coglione.

Les habitants de Brescia passent pour être très-vindicatifs. Les femmes aiment à s’occuper des soins du ménage; cela n’empêche pas qu’elles ne soient fort gaies et peut-être même un peu trop libres dans leurs propos; en général, elles sont jolies, bien faites, et ont beaucoup plus d’élégance et de tournure que celles de Bergame. Les dames suivent les modes françaises; elles portent cependant un voile noir qui leur couvre la tête, descend jusqu’à la ceinture, et se noue négligemment sur les reins.

En partant de Brescia , on voit les coteaux voisins qui dominent la route, couverts de villages , de jardins et d’arbres de différentes espèces symétriquement plantés ; cette variété d’objets forme un tableau délicieux. On passe par Lonato , petite localité de 500 hab. , dont le nom rappelle de beaux faits d’armes des Français en 1796. — Vient ensuite le

Lac de Garda. Ce lac a environ 11 lieues, 44 kil. de long depuis le pied des Alpes jusqu’à Peschiera , et 4 lieues, 16 kil. dans sa plus grande largeur. Si ce lac n’est pas un des plus grands d’Italie , il est du moins un des plus beaux : il abonde en excellent poisson, et ses eaux très-limpides sont bonnes à boire. La forteresse de Peschiera est bâtie à l’endroit où le Mincio sort du lac; elle domine sur un petit port qui sert d’asile aux barques , lorsque les eaux sont extrêmement agitées.

Le lac de Garda , autrefois connu sous le nom de Benacis , a été célébré par Virgile :

Fluctibus et fremitu assurgens , Benace , marino .

En effet, au moindre vent qui souffle, le lac de Garda ressemble à une mer fortement courroucée. Ce lac, dans sa partie méridionale, forme une péninsule qu’on appelle Sermione ; là on aperçoit quelques vestiges d’anciennes constructions qu’on croit avoir été la maison ou la grotte de Catulle, et dont ce poète faisait scs délices : Peninsuîarum , Sirmio ,

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intularumquc , etc. Le mont fialdo , qui parait suspendu sur le lac , et qui était autrefois fameux par le bois de construction qu’on en tirait, et par les plantes rares qu’il fournissait à la médecine, est à présent nu, entièrement dépouillé, et offre le plus horrible aspect. Le côté occidental, au contraire, charme la vue par les scènes les plus riantes, les plus variées, par tout ce que la nature , prodigue de ses dons, a pu y réunir : c’est ce qu’on appelle rivière di Salo , lieu renommé par la beauté des rivages du lac, et par la multitude d’orangers et de citronniers qu’on y cultive. La ville principale porte aussi le nom de Salo; elle est bien bâtie et contient 3,000 habitants. La pèche du lac de Garda est un objet important. Au centre de cette belle nappe d’eau s’élève une petite île sur laquelle le comte Lecchi a fait construire une jolie habitation avec un riche jardin botanique.

Après avoir côtoyé le lac de Garda , depuis Desenzano , ( hôtel : Impérial ) , gros bourg renommé par l'excellence de ses vins, par sa délicieuse situation , sa vue du lac, par deux bons hôtels, jusqu’à la forteresse de Peschiera, ce n’est qu’à regret qu’on en quitte les bords d’oû l’on a des points de vue d’une beauté qui ravit l’àme et la transporte, pour ainsi dire, hors d’elie-mème. Peschiera est encore à 5 lieues, 20 kil. de Vérone : une partie de cette route se fait dans un terrain sablonneux et presque aride.

DISTANCES Sun LE LAC DE GARDA.

Le voyageur trouvera à Desenzano des bateaux à rames pour le conduire à Sermione , ainsi qu’un steamer qui fait plusieurs fois par semaine un voyage sur le lac.

mill. ail.

kil.

mill. ail.

kil.

De Riva à Gargano,

De Peschiera à Ser-

à Malsesino,

mione, 5

àGargnano, 15

à Garda,

à Lazise,

à Riva, . 28

à Salo,

à Malsesino, 21

l)c Peschiera à Desen-

à Garda, 8

zano ,

;) Lazise,

à Salo,

Livres a consulter. — Descrizione di Lago di Carda , etc., par Volta; Mantoue, 1828. — Ilerla , mai 1827. Von Martens. — Viaggio al Lago di Garda , par D. C. Pollinc; Vérone , 1816.

I)e Peschiera on a encore 2 milles (20 k.) pour atteindre Vérone. Une partie de cette route se fait dans un terrain sablonneux et à peu près aride; on passe Castelnuovo et Ton entre dans les provinces vénitiennes.

Vérone (1), (hôtels: les Deux-Tours, la Tour-dc-Londres, leGrand-Paris,la Grande-Czarinc de Moscovie), agréablement située sur i’Adige qui la traverse, est une des plus anciennes villes de l’Italie, et en même temps la plus belle de celles du second ordre. Elle renferme une population d’environ 50,000 h. dans un circuit de près de 6 milles, en y comprenant les faubour gs. On la divise en deux parties : l’une est nommée Vérone , et l’autre VeroncUa. Vérone est la plus considérable. Nous ferons parcourir à l’étranger, l’une après l’autre, les deux parties de la ville , cri nous1 aidant et du Guide imprimé à Florence et du Manuel de Giégler ; et nous commencerons par la première partie , en supposant qu’il loge à l’auberge des Deux-Tours, ou à l'auberge dans la rue de la Porle-Neuve. Les fortifications de Vérone, construites par San-Micheli , sont considérables. On remarque la Porte- JYcuve à droite de l’Adige , d’une architecture plus militaire et plus convenable au nouveau système de fortification ; le château Saint- Ange , dont on voit les restes à gauche, et le bastion appelé le bastion d'Espagne , regardé comme un chef-d’œuvre du temps où il fut construit, le tout dessiné par San-Micheli : c’est cet artiste qui fit élever la porte del Pallio, ou porta Sluppa , qui, bien qu’elle soit encore imparfaite , rivalise avec les ouvrages des anciens dans ce genre. Parmi les monuments d’antiquité qu’on trouve dans cette partie de la ville, on remarqne particulièrement les arcs de

(i) Voyez YJtnfitcalro di Verona ci snoi novi seavi, iaao , par J. -R. da Pcrsico. — La Guida al Masco lapulario veronese , de l’abbé Jos. Ventarl. — lu descrizione di Verona c sue provincic, de M. Perslco. — Aldl : Descrizione dcltc architecture, pitturcc scolturo di Viccnzu 177» , 9 vol.

triomphe : le premier, appelé porta de Rasa , sous l'empire de Gallien, l’an 252 ; le second, porta del Foro yiiuliziale , et le troisième près de Castel- ï^ecchio , œuvre de Vitruve, élevé en l’honneur de la famille Gavia; enfin l’ Amphithéâtre, parfaitement conservé et qui forme le plus bel ornement de Vérone.

Amphithéâtre. — Ce bel édifice est de forme ovale ; il a extérieurement 153 mètres de long et 123 mètres de large. L’arène, ou la place vide du milieu, a 74 mètres sur 44. Tout autour de cette arène régnent 45 rangs de gradins qui ont 50 cent, de hauteur sur 60 de profondeur, et qui, lors de la fête donnée à l’empereur François 1er, contenaient 50,000 personnes commodément placées. Aux extrémités du grand axe de l’ellipse, il y a deux grandes portes, et, au-dessus de chacune de ces portes , une plate-forme ou tribune de 7 mètres sur 3 , fermée par une balustrade. On y voit aussi un grand nombre d’issues ou vomitoires, par où les spectateurs entraient et sortaient. L’enceinte extérieure, qui servait de couronnement à l’intérieur , a été presque entièrement détruite. Ce superbe monument de la magnificence des empereurs romains est bâti de grands quartiers de marbre que le célèbre Scipion Maffei fit rétablir dans leur assiette antique. On croit que l’amphithéâtre de Vérone fut construit sous le règne de Domitien ou de Trajan, c’est-àdire vers la fin du premier siècle.

Edifices. — Près de cet amphithéâtre est le théâtre moderne , d’une belle construction , ù cinq rangs de loges. L’entrée est un superbe portique ou péristyle de Palladio , orné d’inscriptions étrusques et de bas-reliefs antiques , grecs et romains , rassemblés en cet endroit par les soins du marquis Maffei, auteur de l’ouvrage intitulé : Verona il lustrata . Outre les monuments publics, on voit chez les particuliers des galeries de tableaux et des cabinets curieux d’antiquités. Le palais Bevilacquai que Maffei attribue à San-Micheli, renferme plusieurs morceaux de sculpture antique. On voit chez les Rotari une nombreuse collection de tableaux, chez M, Gazzola , un cabinet curieux. Le Musée lapidaire , commencé par Mairei, est surtout digne d’attention. Sur la place de Signori est le palais du Conseil, édifice

magnifique de Sansovino , et dont la façade est ornée de plusieurs statues de bronze et de marbre, parmi lesquelles les meilleures sont de Jérôme Campagna. La salle du conseil et le portique qui la soutient sont de Frà Giocondo, commentateur de Vitruve, et qui répara l’arche dupont dit délia Pietra , attribuée au même Vitruve. Les peintures de cette salle , représentant les faits de l’histoire de Vérone, sont de Paul Féronèse et de Brusasorci : les mausolées de Scaligeri sont des monuments curieux d’un mauvais goût ancien. Outre les ouvrages de San-Micheli, les palais Canossa , Verz et Pellegrini sont aussi de ce fameux architecte , dont les ouvrages rivalisent avec ceux de Palladio.

Monuments religieux.— La Cathédrale est du gothique le plus ancien; on y admire un tableau de Y Assomption du Titien, un des meilleurs de cet artiste. On voit sur la porte du chœur un crucifix en bronze de San- Jlicheli , et un Crucifiement de Bellino dans la chapelle Saint-Nicolas. Le chapitre possède une bibliothèque riche en manuscrits : celle des écoles publiques mérite d’ètre vue. L’église de St- Zeno , décorée d’anciens ornements gothiques, renferme le tombeau de Pépin. A St- Bernardin, on remarque la chapelle Varesca , un des plus beaux ouvrages de San-Micheli; à S te- Anastasie , diverses bonnes peintures, entreautres la Sainte du Torelli, Véronais ; Jésus-Christ dans le jardin de Gelhsémanie, de François Bernardi; une Flagellation de Claude Ridolphi , ainsi que plusieurs tableaux dans la sacristie et le réfectoire; aux Capucins , un Christ mort, d’Alexandre Turchi, surnomme YOrbetto; aux Carmes- Déchaussés , l’Annonciation , de Balestra , et le grand autel enrichi de marbres précieux ; à Sainte-Hélène , cette sainte avec sa croix, la Vierge et Constantin, de Félix Brusasorci; à Sainte- Euphémie , David tenant sa harpe , Moïse tenant les tables de la loi, de Brusasorci, et saint Paul, de Baptiste del Moro ; à St- Jean, un Baptême de Jésus-Christ , de Farinati ; et à l’hôpital de la Miséricorde, la Descente de croix de l’Orbetto. On voit aussi de superbes peintures de Brusasorci à la chapelle du palais de l’évêque. L’amateur d’histoire naturelle ne doit pas négliger les fossiles du palais Canossa , très-riche en poissons pétrifiés du mont Bolca.

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Les rues sont généralement belles; mais la plus remarquable est la strada del Corso ; la place la plus grande est celle appelée piazza d’Armo , où se tiennent deux foires , Tune au printemps et l'autre en automne*

Veronella possède des monuments antiques et modernes des beaux-arts , dignes de lixer l'attention du voyageur. On y admire surtout les restos d’un ancien édifice : quelques personnes prétendent que ce fut un Capitole à l’instar de celui de Rome; mais Bîanchini croit que ce fut, selon toute vraisemblance, une naumachie . Chez le comte Moscardi on voit une belle collection de médailles, quelques anciennes inscriptions en marbre , et d’autre3 objets d’antiquité et d’histoire naturelle. Les édifices de San - Micheli qu’on trouve à Veronetta sont \e palais P ompei et la coupole de Saint-Georges : le corps de cette église, d’une bel le architecture, est de Sansovino . On y admire deux tableaux de Paul Cagliari , surnommé le Féronèse; la Famine de Fa rinati , la Manne de Brusasorci , et le Baptême de J.-C., du Tintoret. Dans Y église des saints JYazaire el Celsey on remarque une Sainte Famille, de Raphaël; à Sainte-Marie de-la- Victoire , la Descente de croix, de Paul Véronèse , dans la sacristie ; à Sainte-Marie in Organis , saint Bernard battu par les démons, de Luc Jordan; un Ange gardien, du Guerchin ; dans la sacristie, un saint François , de rOrbetto. 11 faut visiter aussi le cimetière , l'un des plus beaux d'Italie.

Les amours de Roméo et Juliette ont eu cette ville pour scène. On montre encore dans un jardin le prétendu sarcophage de Juliette. Vérone possède une académie philharmonique, des restes d’antiquités romaines: Arco di Cava , Porta di Bosariy Foro Giudizialey Panthéon . A trois lieues de la ville, du côté de Vicence, les eaux minérales de Caldiero sont très-estimées.

Les femmes y sont bien faites et d’un beau teint , la société honnête , instruite et agréable , et le peuple très-actif. Les gants de Vérone et les peaux qu’on y prépare sont fort estimés. L’air y est très-pur, et le terrain abondant en denrées excellentes , principalement en huile et en vin de fort bonne qualité.

...Parmi les curiosités volcaniques de ce pays, llonea et

Bolca méritent une attention particulière. Ce dernier endroit surtout est un misérable village que jamais aucun étranger n’aurait eu envie de a isiter , si les naturalistes n'y étaient attirés par la fameuse montagne où l’on trouve des poissons et des plantes pétrifiés. Les arêtes et les coquilles des poissons sont parfaitement conservées dans une pierre calcaire. On trouve quelquefois des os d’animaux étrangers et des feuilles exotiques.

Arcole y Rivoli et Ronco , de glorieux souvenir pour la France, se trouvent dans les environs de Vérone.

De Vérone à Vicence , la route est bordée de mûriers entrelacés avec la vigne, dans une plaine fertile et agréable. On côtoie une chaine de montagnes peu élevées et cultivées presque en totalité. A peu de distance , sur la gauche, elles vont joindre les Alpes Trentines, qui séparent i’italie de l’Allemagne ; de l’autre coté, elles s’étendent jusqu’à la mer Adriatique , entre le Padouan et la Polésine de Rovigo , en s’abaissant insensiblement. La plaine riche et cultivée s’étend ensuite jusqu’aux Apennins, au-delà de Bologne.

Les montagnes du Yéronais et du Vicentin sont formées de pierres calcaires , et fournissent de beaux marbres rouges, jaunes et de diverses couleurs.

Les monts Euganei méritent de fixer l’attention du naturaliste curieux, qui y trouvera des pétrifications de testacés. En visitant ces montagnes, le voyageur n’oubliera pas d’aller à Arquata jeter quelques fleurs sur la tombe du célèbre amant de Laure.

Après avoir quitté Vérone, les localités qu’on rencontre sur cette belle route sont un peu sur la droite. Caldiero , village important par sa source d’eau thermale; ensuite Montebello , bourg de 3,000 habitants , célèbre dans les fastes militaires de la France par le fait d’armes qui mérita au général Lanncs le titre de duc de Montebello . Bientôt après nous entrons à Vicence.

La campagne qu’on traverse de Vicence à Padouc semble redoubler de beauté et de richesse. Le voyageur manque de termes pour exprimer son enthousiasme. Dans ce trajet, qui n’est que de huit lieues, le seul village qu’on rencontre est

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la Slasega ou Àslesega. Lorsqu’on est à une lieue de Viccncrer on passe la Tesina sur un beau pont de pierre.

Vicence [hôtels : les Deux-Roues , l’Étoile-d’Or , le Chapeau-Rouge) est une ville d’environ 32,000 hab.; on croit qu’elle fut fondée par les Gaulois sénonars , 392 ans avant l’ère vulgaire. Cette ville, d'une forme assez régulière, a environ une lieue de tour; elle est environnée d’une double muraille, et traversée par deux rivières , espèce de torrents qui la désolent par leurs fréquentes inondations. Il y a six ponts , l’un desquels, appelé le pont delle Barche , est remarquable soit par la grandeur de la seule arche dont il se compose , soit par la beauté de ses parapets décorés d’une balustrade de marbre, ce qui fit dire à un plaisant : Achetez une rivière y ou vendez le pont .

Édifices.— En général, à Vicence, les édifices publics n’ont ni la beauté ni la richesse des batiments particuliers. Le célèbre Palladio , qui était né dans cette ville , y déploya scs talents d’une manière si brillante , qu’il inspira à ses concitoyens le goût le plus vif pour la belle architecture.

Le plus beau monument du génie et des talents de Palladio est le théâtre olympique , ainsi appelé du nom de Y Académie olympique établie à Vicence , et l’une des plus anciennes d’Italie. La forme de ce théâtre est à peu près la même que celle des théâtres anciens. Le proscenium ou l’avantscène a 26 mètres 30 cent, de largeur et 7 mètres de profondeur. Il représente l’entrée d’une ville. On y voit un arc de triomphe à l’honneur d'Herculc. Sept espèces de rues partent du fond du théâtre et aboutissent à l’avant-scène. On aperçoit, dans différentes avenues, des maisons, des temples , des bois en relief ou en perspective. La partie de la façade du thétâtre qui n’est point occupée par l’avant-seône est décorée de deux ordres de colonnes corinthiennes surmontées d’un attiqne avec des niches et des statues en très-grand nombre. Quatorze rangs de gradins , qui forment les places des spectateurs, sont disposés sur une demi-ellipse dont le grand axe est parallèle à la façade du théâtre. Ces gradins occupent un espace de 8 mètres de profondeur : le rang inférieur a environ 27 mètres dans le contour de son ovale , et

ROUTE 41.— DK MH. AK A VENISE. MM

Je rang supérieur 47 mètres. Au-dessus du dernier rang est une tribune décorée qui règne tout autour, et dont les colonnes ont 5 mètres, y compris l’entablement. Le grand diamètre intérieur de la salle est de 34 mètres, et la hauteur totale de 17 mètres et demi au-dessus du pavé. Les académiciens olympiques , en faisant construire ce théâtre, avaient pour objet de donner une idée des spectacles des anciens. On y fait rarement des représentations , et cette magnifique salle ne sert qu’aux bals qu’on y donne dans le temps de deux foires qui sont très- fa me uses. Au-dessus du proscenium, on lit l’inscription suivante :

Virtuli ac genio olympiorum Academia theatrum hoc

A fundamentis erexil anno 1684 Palladio archit

A la Vertu, au Génie, l’Académie olympique a fait élever ce théâtre en 1684, sous la direction de l’architecte Palladio (1).

Palais. — Parmi les palais de Vicence, il faut d’abord compter les deux palais publics. Celui appelé la Ragione , où se rend la justice, est situé sur la place de’ Signori : c’est un grand et bel éditice de Palladio ; il est orné de deux beaux portiques l’un sur l’autre. La salle est grande, mais n’a rien de surprenant; c’est là que se rassemblent les plaideurs. Sur une des faces de la même place, et vis-à-vis le palais de Ragione, est celui qu'on appelle Palazzo del Capitanio , qui est d’ordre composite, aussi de Palladio. Un peu plus loin et sur la meme ligne est le Mont-de- Piété.

La place de V Isola , près de laquelle les deux rivières se réunissent, est vaste, mais ses maisons sont ordinaires. Là on remarque un beau palais des comtes Chiericati ; il est encore de Palladio. Le premier ordre forme un péristyle de colonnes doriques ; le second est décoré de colonnes ioniques, l’intérieur est immense. Les autres principaux palais de Palladio sont ceux de Barbarano , Porto , Tiene , Franceschini , etc.

Monuments religieux. — On compte encore près de 40 églises à Vicence, mais elles ne renferment que peu d’objets

(i) M. «le Pnlonccau , f'oyagcen Italie .

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île curiosité. La Cathédrale n’est remarquable que par une vaste tribune qui produit un assez bel effet. Le pavé du chœur est à compartiments; par-dessous est une chapelle souterraine : cette église est gothique. Dans Santa-Corona il y a une Adoration des Mages, de Paul Vèronèse : ce tableau a beaucoup de fraîcheur; on dirait qu’il vient d’être fait; une Descente de croix , par le Bassan ; le Baptême de Jésus Christ, par Belin; au-dessus de la porte d’entrée, Jésus-Christ couronné d’épines, par le Tintoret, riche composition. V église de Saint-Michel possède un tableau du Tintoret , représentant saint Augustin qui guérit des pestiférés; ce n’cst pas un des meilleurs ouvrages de ce maître. On voit dans le réfectoire de Notre- Dame- du- Monl Jésus-Christ à table avec saint Grégoire , de Paul Vèronèse ; à Saint-Barthélemi , un Christ descendu de croix, de Buoconsiglio , et une Adoration des Mages, de Marcello Figolino ; à Saint-Biaise, la Flagellation, du Guerchin ; au Corpus» Domini , la Descente de croix de Jean-Baptiste Zelotti ; à Sainte-Croix , le même sujet, par Jacques Bassan , et dans la sacristie, un Christ mort, de Paul Vèronèse ; à St-Roch, ce saint qui guérit de la peste, de Jacques Bassan , et la piscine d’Antoine Fasolo; à St-Eleuthère et à Ste-Marie-de-Campagnano , on voit aussi des peintures de Bassan et de Pordenone. A la Mairie , le voyageur trouvera de belles toiles, qui sont : un portrait par Van-Dyck; une Vierge, par Paul Vèronèse ; un joli tableau du même auteur; saint Joseph et sainte Catherine, l’Adoration des Mages, par Marcello Figolino ; saint Roch guérissant des pestiférés, par le Bassan .

La nouvelle Pinacothèque renferme aussi de beaux tableaux, dont les plus remarquables sont une Sainte Famille, par Paul Vèronèse ; une Madone, du Guide ; une demi-figure, par Annibal Carrache ; une Madeleine, par le Titien ; la Vierge et Jésus-Christ sur un trône, par Jacques Bassano ; un portrait, par Bonifacio ; un autre portrait, par Giorgione , etc.

La Bibliothèque renferme 36,000 vol., tant ouvrages anciens que modernes. Elle est ouverte tous les jours au public.

Les machines à eau pour (lier et tordre la soie sont un objet qui peut intéresser le voyageur instruit. On fabrique à Vicence beaucoup de drap de soie, des fleurs artificielles , dont cette ville fait un commerce considérable avec l’Allemagne. Le Vicentin est si fertile, qu’on l’appelle avec raison le Jardin de Venise . Dans les environs de la ville on trouve des pétriücatîons étonnantes, de belles pierres et des traces de volcans éteints. Le naturaliste pourra visiter la grotte dei Cavoli , les eaux minérales de Recoaro, les eaux tièdes de Saint-Pancrace de Barbarano , les collines de Brettoet les montagnes du nord de la ville, qui lui offriront une quantité prodigieuse d’elfets curieux de la nature.

Antiquités. — On ne voit à Vicence que peu de restes d’antiquités. Quelques ruines d’un théâtre qu’on croit avoir été bâti du temps d’Auguste , et du palais impérial qui en était proche, dans les jardins de Pigasetta ou Batistelli ; une partie de l’aqueduc qui y portait les eaux, dont on aperçoit trois arcs au village de l’Obia; une statue d’Iphigénie en marbre grec, qui est aux Dominicains; un chapiteau de colonne qui sert de bénitier à Saint-Thomas; un morceau de colonne cannelée qui est sur la place Gualdi, voilà tout ce qui a échappé à la destruction (1).

Mœurs. — On reproche aux habitants de Vicence d’ètre un peu sauvages. Les femmes ont de jolis traits et un beau teint ; les contadines ou villageoises portent ordinairement un chapeau de paille ; quelques-unes tressent leurs cheveux avec des rubans et les roulent derrière la tête ; les jeunes tilles mettent quelquefois une rose ou un œillet à leurs cheveux > parure aussi naturelle que peu dispendieuse, et qui ne laisse pas que de leur donner un air fort galant.

Environs. — Les environs que l’on remarque sont : la rotonde ou le casino du marquis Capra, de Palladio, à un mille de la ville; l’arc de Palladio , à droite de la porte de la Madonna-del-Monte , et Y église de la Madonna-del- Monte : la vue de la rotonde et de l’église est immense , et l’une des plus belles de la Lombardie ; la rotonde renferme trente-deux appartements ; la maison des comtes de Caldagno , qui a

(t) Voyez Guida per riccnza de M. Berti, publié à Vicence.

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des peintures très-estlmées; le labyrinthe ou la grotte de Cavoli ; lot setle commuai , 011 les sept villages (I) entre Vicence et Vérone, habités par des descendants des Cimbrcs et des Teutons; ils parlent encore l’ancien saxon. Les lieux les plus importants de cette curieuse contrée sont :

Asiago , gros bourg de 5,000 habitants ; Gallio , Enego et Marostica. Les colonnes de basalte et autres débris de volcans , dans la montagne du Diable.

Si Ton sort de Vicence par la porte de la Madonna-del- Monte, on aperçoit à droite un autre arc de Palladio , décoré de quatre colonnes corinthiennes portant un petit attiquesur leur entablement. Cet arc , qui est d’une très-belle proportion , sert de vestibule à un escalier de 290 marches qui conduit à Yéglise de la Madonna-del- Monte , où l’on arrive par une galerie en arcades qui a un mille de long. Les frais et les travaux qu’a dû coûter ce singulier ouvrage sont Incalculables. L’église est moderne et ornée d’un ordre corinthien. De là on a la vue sur la ville et sur la campagne.

Costozza est un village situé à 2 lieues au midi de Vicence; on y voit une fameuse grotte creusée dans l’intérieur de la colline en forme de labyrinthe, et d’une étendue surprenante. Là, on trouve des salles, des ailées, des arcs commencés, des sources, des incrustations et bien d’autres singularités : on assure que ce labyrinthe a une lieue de long. Ce n’est sans doute qu’une carrière anciennement creusée.

Chemin de fer de Vicence à Padoue.

Padoue (2). Hôtels: l’Etoile-d’Or, la Croix-d’Or, l’Aiglcd’Or. Cette ville , de forme triangulaire, a deux lieues et un tiers de tour ; mais elle ne compte que 54 mille habitants , aussi parait-elle presque déserte. Ses fortifications consistent

(i) Voyez Mcmoric istoriche de sette communi , par Augustin dal Pozzo, Vicence, isao.

(a) Voyez II forestière illuminato, par Glov. B. Bosettl, I78G. — Guida per la citta di Padova , ail amico dcllc belle arti, I8i7, par G. Gcnnarf. — Del antechissimo tempio , scoperto in Padova, negli anni 1812-1817, par Ant. Noaic, Padoue, 1027. — Gennari : Jnnali délia ciltà di Padova, Milan, ton. — Poleastro : dall antico stato e coud, di Padova, Milan, tait.

en de bonnes murailles , de larges fossés et plusieurs bastions, dont celui appelé le bastion Cornaro , près de la porte de Pontecorvo , passe pour un des plus beaux morceaux d’architecture militaire qu’on connaisse. On pénètre dans Padoue par sept portes, qui sont en général d’une riche architecture; les plus remarquables sont : celle du Portello , riche et magnifique architecture de Guillaume JJeryamasco; celles de Savonarola et de Saint-Jean dessinées par Falconetto , qui ressemblent à des arcs de triomphe ; et celle de Santo-Benedetto , élevée par Hamusio .

Monuments religieux. — La Cathédrale, vasteédifice commencé en \ 123 , n’a été finie qu’en J 754. On voit dans cette église, entre autres tableaux , une Vierge du célèbre Gioilo , le restaurateur de la peinture en Europe, donnée à François Carrara par Pétrarque , qui regardait ce morceau comme un chef-d’œuvre de Part ; la Fuite en Egypte , par le Hassan ; l’Adoration des Mages, par le même ; saint Antoine, par Sassoferrato ; la Vierge avec l’Enfant Jésus , par Palma père; saint Sébastien , par le Guerchin; la Cavalcade du pape, par Bensovolio. Au-dessus du bénitier, on admire une Vierge en marbre d’un ouvrage fini. On remarque encore, dans la basse nef, six bustes, par le fils de Canova . Dans la sacristie, on conserve un Evangile écrit par un certain Jean Caibona en 1 170, un livre des Epîtres daté de 1259, un missel avec de belles miniatures, imprimé sur vélin à Venise, en 1491 , et un curieux vase d’argent doré, orné de figures profanes en bas-relief : on y remarque plusieurs tableaux, parmi lesquels une Vierge, du Titien ; un saint Jérôme et an saint François, de Jacques Palma le jeune ; une Vierge , de Sassoferrato , et un portrait de Pétrarque . L * église de V slnnunziata ail’ ylrena , construite en 1303 , est ainsi appelée parce que la place qui est devant montre encore les vestiges d’une arena , c’est-à-dire un amphithéâtre antique : l’intérieur de cette église est couvert de fresques de Giolfo , h plupart bien conservées. L'église de Saint- Benoît-Fecchio contient un beau tableau du Tintoret , représentant L-C. dans les airs avec plusieurs saints, et une Adoration des Mages , du Fiammenyhino. Celle de St-Bovo possède mie Descente de croix attribuée au Titien . ('elle de St-

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Canziano est pareillement décorée de tableaux , mais elle se fait remarquer surtout par Pélégance de son architecture, que l’on attribua longtemps à Palladio . La Scuola de l'église du Carme est enrichie de fresques, parmi lesquelles on distingue un ouvrage admirable du Titien , représentant saint Joseph et sainte Anne, et un petit tableau à l’huile du même auteur, ou du moins de Palma l’aîné, qui représente Marie avec son divin Fils dans ses bras. 1/ église de St- Francesco-Grande conserve un beau tableau de Palma , représentant saint Grégoire qui prie pour les unies du purgatoire ; un tableau de Paul Féronèse , dont on avait enlevé quelques parties qui ont été refaites par Damini; plusieurs ouvrages du chevalier Libéria du Padovanïnà et d’autres peintres distingués, et différents monuments en marbre qui méritent l’attention des amateurs : dans un cloître voisin , qui sert maintenant de magasin, on remarque des restes précieux de peintures en clair-obscur faites par le Squarcione . V église des Eremitani possède, dans la sacristie, un saint Jean-Baptiste de Guida lient , et un monument consacré à la mémoire du prince Frédéric d’Orange, sculpté par l’immortel Canova , le même qui lit le beau mausolée d’une princesse russe, qu’on voit dans un petit jardin contigu : dans l’église, la chapelle ù droite du maître-autel est décorée de fresques superbes, peintes par Mantegna. On remarque en outre dans la même église les tombeaux d’Ubertin 111 et de Jacques IV, le mausolée du professeur Alantova Benavidjès , dessiné et exécuté en 1546 par le célèbre Barthélemi Ammanali , et le buste de Jacques de Forlt\ Bans la première chapelle, un groupe de Canova frappe la vue : c’est une femme assise près de ses enfants; elle est plongée dans une profonde méditation ; il y a quelque chose de divin dans son attitude. Non loin de là s’élève une pyramide en marbre, près de laquelle est la statue d’une femme tenant sur scs genoux un livre sur lequel on lit ces mots : Ne me perdas ilia die ; morceau plein de vie et de sentiment. L'église de Sl-Cagélan a été construite sur les dessins de Scamozzi : on y voit quelques tableaux du Palma , et une Vierge en demi-figure attribuée au Titien . V église de Sic- Croix et le couvent de la Madeleine , qui appartient au-

jourd'hui aux Fate-bene-Fratélli , frères de St-Jean, contiennent aussi des peintures de grand prix. Mais les deux églises les plus remarquables de Padoue sont celle de St - Antoine y patron de la ville, et celle de Ste- Justine.

La première est un vaste édifice gothique de bon goût, commencé en 1255 par Nicolas Pisano, et achevé en 1307. Ce temple est surmonté de six coupoles, et l’intérieur est enrichi de peintures , de statues et de bas-reliefs de Donatello : on y remarque en outre une chapelle peinte par Giolto , et quatre orgues excellentes, avec une chapelle de musiciens très-bien montée. Le Martyre de sainte Agathe , peint par Tiepolo , est regardé avec raison comme un des plus beaux ornements de cette église. Parmi les objets précieux qui décorent la magnifique chapelle du saint titulaire, on distingue particulièrement un crucifix en bronze de Donatello ye t plusieurs bas-reliefs du Campagna et de VAlejo , entre autres un St Antoine gui relève une jeune fille. La chapelle de St-Félix est décorée d’un crucifiement peint par Giotto. On remarque dans cette même église, entre autres tombeaux , le superbe mausolée d’Alexandre Contarini, dessiné , pour ce qui regarde l’architecture, par Sammicheli , et orné de statues sculptées par Gattaneo et Villorina . Les cloîtres du couvent contigu , qui contient une riche bibliothèque et un cabinet d 'ornithologie appartenant à l’université, sont décorés de tombeaux, dont un surtout, qui rappelle le style de Sammicheli y mérite une attention particulière. Sur la place qui est devant l’église , on voit une belle statue équestre en bronze , représentant le général Gattametala , ouvrage de Donatello. La Scuola , petite église située tout près du temple que nous venons de décrire, est peinte à fresque par le Titien et d’autres grands moitiés qui y ont représenté la vie et les miracles de St Antoine .

L y église de Sainte- Justine , bâtie, d’après les dessins de PalladiOy par André [ ieccio , architecte padouan , est d’une grandeur peu commune, d’un style noble et sévère, et décorée avec magnificence. Elle a 157 mètres 54 centimètres de longueur, 41 mètres 89 cenlimètres de largeur, et 35 mètres 38 centimètres de haut. Cette église est surmontée de huit coupoles, dont la plus élevée, en y comprenant la statue

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