‹ Guide du voyageur en ItalieChapitre 103 sur 218 · C.UIDE EN ITALIE · texte numérisé non relu

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de sainte Justine , a 75 mètres 30 centimètres en dehors, et 50 mètres 84 centimètres en dedans. Le tableau qui représente le martyre de la sainte titulaire , placé au fond du chœur, est regardé comme le chef-d’œuvre de Paul Vèronèse . On remarque en outre dans la meme église une sainte Gertrude en extase , soutenue par des anges , du chevalier fjberi ; un St Benoît qui fait accueil aux SS. Placide et Maure , un des meilleurs ouvrages du Palma ; St Côme et St Damien sauves du naufrage , tableau plein de feu d'Antoine Balestra \ le Martyre de St Placide et de ses compagnons y composition magnifique de Luc Giordano ; enfin les belles sculptures qui ornent le devant de l’autel où repose le corps de St Prosdocime. Nous invitons le voyageur à visiter aussi le monastère contigu, qui sert maintenant aux soldats invalides.

En creusant les fondements de l'hôpital des Enfants trouvés, on découvrit, en 1274, des ossements, une épée et beaucoup de médailles d’or et d’argent, renfermés dans un cercueil de bois de cyprès recouvert par un second cercueil de plomb : tout cela fut placé près de l’église de St- Laurent dans un ancien tombeau élevé sur quatre colonnes , et c’est ce qu’on regarde à Padoue comme la dépouille mortelle d ’Antènor , compagnon d'Enée et fondateur de la ville. Un autre cercueil semblable à celui dont nous venons de parler, ayant été trouvé , 139 ans plus tard dans un des jardins de Sainte- Justine % on n’hésita pas un instant à déclarer que c’était le tombeau du célèbre historien Tile-TJvc , qui , comme tout le monde sait, naquit à Padoue . Les précieux restes de l’historien du L.atium furent mis dans un coffre de bois, qu’on couvrit de branches de laurier et qu’on porta en triomphe à l’église de Sainte* Justine. En 1447, ce cercueil fut déposé au Palais de Justice , où l’on éleva le monument qu’on y voit encore aujourd’hui.

Palais de justice, commencé en 1172 par P. Cozzo , et achevé en 1300. On admire particulièrement la salle d’audience, il salone , bâtiment le plus singulier et, dans son genre , le plus grand qu’il y ait peut-être au monde : cette salle a 97 mètres 45 centimètres de longueur, sur 32 mètres 48 centimètres de large et autant de haut, sans autre sou-

t ien que lesmurs, dans lesquels sont placés 90 gros pilastres. Les peintures de Ciotto , dont elle est décorée, représentent les signes du zodiaque, les constellations, les planètes, les mois, les saisons, les douze apôtres, les mystères de la religion, etc. ; mais ces peintures furent plusieurs fois restaurées par Zannoni en 17G2. C’est dans cette même salle qu’est placé le monument élevé en l'honneur de Tile-Live , avec six vers latins gravés sur bronze : la tète antique qu’on croit représenter les traits de l’historien de Home fut donnée à la ville par Alexandre Bassano , célèbre antiquaire. Près du monument sont deux statues égyptiennes de la plus haute antiquité, dont Belzoni de Padotte , célèbre voyageur, lit présent à sa patrie quelques années avant sa mort.

Le palazzo del Capilanio , situé sur la place des Signori , était la maison des Carrara , anciens seigneurs de Padoue ; la belle porte qui donne entrée au palais a été construite sur les dessins de Ealconetto , et la superbe cour intérieure avec deux ordres de pilastres l’un sur l’autre est attribuée au même architecte : la tour qui est au-dessus de la porte renferme une ancienne horloge qui marque le cours du soleil , les jours du mois et les phases de la lune. La Bibliothèque publique, remarquable par la qualité des bons livres qu’elle possède, au nombre de 50,000 vol., donne sur une cour de ce palais : la salle de la bibliothèque est ornée de fresques de Dominique Campagnola , de Guallieri , d 'Etienne dalV Arzere et du Titien ; ces fresques représentent des ligures d’empereurs et de héros plus grandes que nature, ce qui a fait donner à cet endroit le nom de Salle des Géants. Dans une chambre voisine on voit plusieurs objets d’antiquité fort intéressants, qui appartenaient la plupart au musée Bénavidès. La Loggia , ou salle du conseil de ville, est un bâtiment situé sur la même place des Signori : sa façade se compose de neuf arcs soutenus par six colonnes et quatre pilastres de marbre d’ordre corinthien, et réunit l’élégance à la simplicité.

Parmi les monuments d’art et d’antiquité qui décorent la ville , nous citerons encore : la place de VArena , où se donnent les fêtes publiques ; Y Archevêché, décoré de peintures à fresque du Mattegna , et, par les soins de monseigneur

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Dondi dell ’ Onelogio , enrichi d’une belle galerie de tableaux, et d’une bibliothèque précieuse, sur la porte dé laquelle on voit un portrait de Pétrarque ; le Conservatoire des orphelins et des mendiants t établi dans le couvent de l’ancienne église des Grâces ; le Mont-de-Piété , qui possède un superbe bas-relief à l’honneur de l’évêque Giustiniani , sculpté par le célèbre Canova ; le nouvel Hôpital, édifice non moins imposant par son immensité que bien distribué ; le palais du Podestat, ou Municipalité, sur la place des Herbes , magnifique bâtiment élevé par l’architecte Falconetlo , et qui contient entre autres tableaux un des plus beaux ouvrages de Dominique Campagnola, représentant le préteur Cavalli à genoux devant le saint Sauveur et quatre saints protecteurs de la ville, la Femme adultère du Padovanino , et une Cène du Tintoret ; la place de Y Uva , du Raisin ; le pont de Saint- Laurent , ancien ouvrage romain; Y Observatoire, sur la place du Château, construit au-dessus d'une tour où le tyran Ezzelino faisait enfermer ses victimes ; V Académie îles beaux-arts ; le bel arc Falaresso ; trois colonnes antiques, l’une auprès des écoles publiques, l’autre dans le jardin des comtes Pappafava, et la troisième auprès de la vente du tabac, trouvées en J 7 87 et 1812; enfin la grande place appelée Prato délia Faite. Cette place, qui est devant l’église de Sainîe-Just lue, est regardée comme un lieu consacré par le martyre d’une multitude de chrétiens. C’est sur cette place, l’une des plus vastes qu’on puisse voir, que se tiennent les grandes foires de Padoue dans les mois de juin et d’octobre. On y voit une île environnée d’un canal avec quatre ponts, au milieu de laquelle est un amphithéâtre orné d’un péristyle. Cette place est en outre décorée de statues colossales qui représentent des personnages distingués par leur rang ou par leur savoir : il y en a deux de Canova ; leur nombre est de 82.

Nous invitons les curieux à visiter le palais Pappafava , où ils remarqueront plusieurs belles fresques de Denin , peintre vivant, et un groupe en marbre de soixante figures , représentant la chute des anges rebelles, ouvrage de Faso lato , sculpteur padouan , qui y employa douze années d’un travail non interrompu. Le palais Zarabella et plusieurs

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autres contiennent de superbes peintures , et de riches collections d’objets rares et précieux.

L’Université est ce qu’il y a de plus célèbre à Padone. Le bâtiment actuel fut commencé en 141)3 et achevé en 1652 : on l’appela aussi il Bô , le Bœuf, du nom d’une auberge qui y existait autrefois. La façade est ornée de quatre colonnes d’ordre dorique cannelées, et un grand portique à deux étages environne la cour, qu’on croit être du Sansovino. Cette Université est une des plus anciennes d’Italie ; elle subsistait déjà en 1223. On y trouve un beau théâtre anatomique, disposé, à ce qu’on croit, d’après le plan du célèbre Sarpi , une salle de physique expérimentale , etc. Les écoles publiques sont réunies à cet établissement. Le jardin botanique est aussi une dépendance de V Université , quoiqu’il soit dans un endroit éloigné : il est planté de bosquets d’arbres étrangers et de toute sorte d’arbustes. Les amateurs ne doivent pas manquer non plus de visiter le laboratoire de chimie fondé par M. le comte J/arc Carùuri , professeur à l’Umversité; le cabinet de préparations anatomiques du docteur Caldani; la collection de pétrifications trouvées dans les montagnes du Vicentin et du Yéronais, de M. Vandelli ; le cabinet de productions volcaniques du marquis Dondi-Orologio; la belle collection de mollusques du professeur Renier ; et enfin le Séminaire , superbe édifice qui possède quelques bons tableaux.

Le Séminaire , avec sa belle bibliothèque, est un fort bel édifice : le nouvel Hôpital , construit en 1799; V hôtel des Invalides ; la Boucherie publique et le cafc Pedrochi , établissements grandioses, sont dignes de l’attention du voyageur.

il y a à Padoue une salle de théâtre assez jolie, où l’on arrive par de beaux escaliers de pierre : sa forme est celle d’un ovale qui s’élargit un peu vers les extrémités, et l’on y compte cinq rangs de loges; l’architecte y a en outre ménagé une de ces grandes salles de jeu que les Italiens nomment Jlidotlo . Ce théâtre est appelé le théâtre JVuovo , pour le distinguer d’un autre surnommé JYovissimo , qui appartient aux ducs de Modènc.

Parmi les hommes célèbres qui illustrèrent Padoue dans

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les sciences , les belles-lettres et les arts , on compte Tite- Live , Dondi-Qrologio , Pierre d' Abano , Albert Mussato , Orsati , plusieurs historiens et un grand nombre de jurisconsultes et de médecins. Cette ville se fait gloire en outre d’avoir possédé dans ses murs le chantre de Laure, qui fut chanoine de la cathédrale, et le grand Galilée , qui fut jusqu'en iCIO lecteur à l’Université.

Dans les environs de Padoue il y a de fort beaux jardins et des maisons de plaisance qui méritent de fixer l’attention du voyageur. Tels sont les bains d ’Abano, célèbres du temps même de Tibère ; la Chartreuse , qui appartient maintenant à la famille Zigno\ Arqua , village h la distance de quatre lieues du côté d 'Este^ où est la maison et le tombeau de Pétrarque , qui y mourut en 1374 ; le palais Obizzo , qui appartient actuellement à la maison d 'liste, et le superbe jardin du chevalier Rigodarzere , dessiné, disposé et formé par l’ingénieur Japelli . La plupart de ces maisons de délices sont situées au milieu des collines Euganéennes . La campagne d’alentour produit abondamment toutes sortes de denrées, surtout du vin blanc fort estimé. Café Ped roc-h i , la merveille de Padoue.

De Padoue à Venise , la nature se présente dans toute sa beauté ; le paysage est délicieux et le terrain d’une fertilité étonnante. On croit être, dit un voyageur, dans les faubourgs d’Antioche et de Daphné; et tous ceux qni ont écrit sur l’Italie font la même peinture de ce pays. Les yeux se promènent sur une plaine immense variée par une infinité de villages , de chapelles et de maisons de plaisance ornées de terrasses et de jardins. Bientôt on arrive à Fusine, où l’on s’embarque. La rivière et le canal sont couverts de gondoles et de barques qui montent et descendent , et partout on voit une population nombreuse et active. Le trajet de Fusine b Venise est de 5 milles par eau, et coûte 3 zwanzi. (2 fr. Cl cent.). — Mais beaucoup de voyageurs prennent maintenant le chemin de fer de Mantoue à Mestro , trajet 45 minutes , et de Mestro aux bateaux , par le chemin de fer , en 10 minutes: Prix pour Venise, lre classe, 4 zwanzi. 50 c. ( 3 fr. 91 c.) ; 2<-* classe, 3 zwanzi. 50 c. (3 fr. 5 c.) ; et pour Mestro seulement : Ire classe, 3 zwanzi. 50 c. (3 fr.

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ROUTE 41. — I>K MILAN A VENISE. 37 ô

i> c.) ; 2“ classe, 2 zwanzi. 75 c. ( 2 fr. I c. ) — I)c grandes gondoles appartenant au chemin de fer attendent les convois, et prennent les voyageurs selon Tordre de leur place; elles contiennent dix-huit personnes et sont conduites par quatre rameurs ayant un uniforme vert avec des revers rouges. — Quelquefois trente de ces joyeuses gondoles se suivent et présentent un coup d’œil charmant. Il est d’usage de donner quelques sous à ces gondeliers à titre de pourboire. En débarquant à Venise , on dépose son passe-port contre un reçu de la police. Comme Venise est un port libre, les douaniers ne font point attention à votre bagage; à peine a-t-on mis pied à terre , que des omnibus et des gondoles attendent les voyageurs pour les conduire, avec leurs bagages, à leur destination. Le prix est 1 zwanzi. (87 centimes.)

En parcourant le canal depuis les premières écluses, appelées Porte del Moranzano , jusqu'à Padoue, on rencontre quatre principaux bourgs , savoir : Mira , Polo , Stra, Nov enta. Non-seulement les maisons de ces bourgs répondent , par leur élégante construction , à l’aspect riant de la campagne, mais il semble encore que le génie de l’architecture avec tous ses prestiges se soit réfugié sur les bords magnifiques de la Brenta : on y voit en effet plusieurs palais non moins remarquables par les jardins délicieux et les belles statues qui en sont les accessoires , que par la noblesse et l’ensemble de leurs bâtiments.

Chemin de fer de Padoue à Venise.

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