‹ Guide du voyageur en ItalieChapitre 112 sur 218 · ROUTE XL VI · texte numérisé non relu

ROUTE XL VI

d’INNSPRUCR a milan ,

Par le Col du Stelvio, 29 p. V2 , 59 L

D’Innspruck à Mais , voyez Guide du voyageur dans le Tyrol , chez L. Maison , Paris.

Mals, peu éloigné de la petite ville de Glurenz , dans le Tyrol , est peuplé d’environ 3,000 habitants, et agréablement

GUIDE EN ITALIE

situé sur les bords de l 'Adige, C’est au village de Mais que se réunissent deux grands chemins, dont l’un va sur les bords de YInn aboutir en ligne droite à la route postale de Coire à Innspmck ; et l’autre, auquel se rattache la nouvelle route, va se joindre à Bolzano au grand chemin de Vérone à Innspruck par Trente . On peut donc considérer la route du Stelvio comme un large chemin de traverse, qui abrège considérablement le voyage de Milan à toutes les principales villes de l’Allemagne.

C’est au pont de Spandindig , sur le chemin de Mais à Bolzano , ainsi que nous venons de le dire, quelques milles avant d’arriver k Tirs , que l’on entre sur la nouvelle route. Après avoir traversé YAdige sur un superbe pont , la route se prolonge en ligne droite, au milieu d’une belle plaine arrosée par le torrent Sulden , jusqu’au village de Pradt. A Gomogai commence la vallée de Drafoi (Trafut). C’est ù Gomogai qu’on trouve la douane.

Plus on avance, plus la vallée se resserre ; la route s’élève insensiblement, en longeant les bords du fougueux Dafoi . On traverse ce torrent quatre fois sur des ponts aussi hardis qu’élégants; et bientôt, à un détour que fait la route pour gagner la hauteur , on aperçoit le joli village de Drafoi , placé sur la pente méridionale de la montagne, et à l’embouchure de la vallée de Stelvio , qui présente à cet endroit une petite plaine doucement inclinée et tapissée de gazon. Toute cette partie de la route est assez monotone. Mais cette scène romantique ne va pas tarder à changer, pour faire place à un spectacle tumultueux et terrible. Plus on avance dans la vallée, plus la végétation diminue. Passé la première eantonnière , maison destinée ù abriter les passagers en cas de tourmente, et il y en a cinq pareilles distribuées le long de la route , on ne voit bientôt plus aucune trace de verdure. A droite , des montagnes arides minées par le temps ; à gauche, d’immenses glaciers qui descendent de Y Ortler- Spitz , et un torrent qui mugit avec fracas dans le fond de l'abîme : tels sont les objets qui se présentent aux regards du voyageur.

La route continue de monter tantôt en zigzag , tantôt en ligne droite, sur les bords du précipice. On traverse plusieurs

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torrents sur des ponts élégamment construits , et l’on ne tarde pas à atteindre la haute cime du Stelvio , où on laisse le territoire tyrolien pour entrer sur celui de la Lombardie .

Le col de la montagne touche pour ainsi dire à des glaciers dont les cimes , couvertes de neiges éternelles, semblent se confondre avec la voûte des cieux : elles sont cependant elles-mêmes dominées par l’ Ortler-Spitz , qui, après le mont Blanc et le mont Rose, est la montagne la plus haute de l'Europe.

La cime du Stelvio est le point culminant de la route, et en même temps le passage des Alpes le plus élevé qu’on connaisse : en effet , il a 2,800 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer , tandis que celui du Grand-Saint-Bernard n’en a que 2,428. La route jusqu’à ce point a parcouru une longueur de 27,717 mètres; elle s’est élevée de 1,875 mètres au-dessus de son point de départ, et n’a présenté par conséquent, dans sa totalité, qu’une inclinaison de 6 à 7 mètres sur 100 ; sa largeur a constamment été de 7 mètres ; et partout où elle ne s’appuyait pas à la montagne , le voyageur, que le bruit des torrents et la profondeur des précipices pouvaient intimider , a été rassuré par de solides parapets en pierre et en bois. Les travaux, depuis la cime du Stelvio jusqu'au pont de Spandindig , commencés en mai 1823, ont été achevés en septembre 1825, et ont coûté 009,609 francs. Cette partie de la route cependant , quoique au moins aussi belle que tout ce qui a été fait dans le meme genre en ces derniers temps , est peu de chose en comparaison de la partie qui nous reste encore à parcourir, et où la nature offrait de bien plus grands obstacles et beaucoup plus de dangers.

On descend par de longs circuits sur le flanc opposé du Stelvio , en traversant plusieurs torrents, et l’on ne tarde pas à arriver au mont de Santa-Maria : là on domine à droite la vallée de Monastère , qui se prolonge dans le territoire des Grisons , et l’on voit plus haut , du même côté , la montagne de Braulio , du sommet de laquelle se précipitent de larges cascades à plusieurs étages , dont l’écume blanchâtre fait un contraste pittoresque avec la teinte rembrunie des rochers.

GUIDE EiN ITALIE.

C’est à l’endroit où nous sommes que le voyageur doit s’arrêter, pour contempler sur le territoire italien l’immensité et l’importance des travaux qu’exigea la route, dont il voit une grande partie se déployer à ses yeux au milieu des sinuosités d’un précipice effrayant.

Tout près de Santa- Maria on trouve une autre cantonnière et la poste. La route , construite sur la rive droite du torrent, mais à une hauteur considérable, ne tarde pas à arriver à la troisième cantonnier e : là elle s’élance au-dessus d’un ravin par le moyen d’un pont, et , forcée ensuite de s’abaisser considérablement dans un petit espace , elle se replie plusieurs fois sur elle-même. C’est un tableau vraiment magnifique que ce large chemin en zigzag, qui ofire, au milieu des scènes les plus imposantes et les plus agrestes, un des plus beaux et des plus utiles ouvrages de l’homme.

Passé une autre cantonnière , le vallon se rétrécit , et l’on ne tarde pas à arriver aux galeries du Rio de Peder : on traverse d’abord une galerie en pierre , ou paravalange , de 84 mètres de longueur, et, quelques pas plus loin, on entre sous la galerie ouverte dans le roc , l’aspect de cette galerie ressemble à celui d’une obscure caverne. On sort de cet antre froid et humide, pour traverser un autre paravalange de 66 mètres de long. Plus loin , au Ponte di Mezzo> on passe sous une autre galerie en pierre de 198 mètres de longueur; et bientôt après, avant d’entrer dans la Vallée des neiges , on en recontre une autre de 1 35 mètres.

La Vallée des neiges est un étroit ravin où l’on n’a devant soi que l’image de Thiver le plus rigoureux, même dans la saison où les plaines sont couvertes de tous les trésors de Flore et de Pomone. On y trouve une autre galerie et deux paravalanges , dont la continuation forme une ligne de 200 mètres. Le premier paravalange a 68 mètres de long, le second 67, et la galerie, qui est entre les deux, 73 : cette galerie, la plus longue qu’il y ait sur la route, n’est que faiblement éclairée ; le bruit du torrent qu’on entend mugira une profondeur considérable, le retentissement de la voûte de cette sombre caverne, agissent vivement sur l’àme du passager.

On avance ensuite dans la vallée du Diroccamento , des

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ruines , où l'on rencontre une autre ligne de paravalangee qui se prolonge de 137 mètres; le premier paravalange a 81 mètres de long; il est suivi par une voûte en pierre, longue de 27 mètres , appuyée au rocher ; et le second paravalange a 29 mètres.

Passé cet endroit , les montagnes se resserrent encore davantage, et leurs cimes rapprochées laissent à peine entrevoir la voûte des cieux. La route est d'un côté bordée par des rochers escarpés et menaçants qui surplombent au-dessus d'elle; de l’autre, elle est, pour ainsi dire, suspendue sur un abîme effrayant : l’œil n'en peut mesurer la hauteur ; l’oreille seule entend mugir dans le fond de ce gouffre les flots du torrent, et ceux d’une cascade qui s’élance en bouillonnant hors d’un large trou , percé par les mains de la nature dans le haut d'une montagne, à plus de 20 mètres d’élévation. Ces eaux réunies forment YAdda, qui , d’abord, torrent impétueux et grossi par plusieurs ruisseaux , franchit en mugissant les rochers de la gorge de Serra , et pénètre dans la Valteline. L’endroit où nous nous trouvons est le plus exposé aux dangers des avalanges.

Encore quelques centaines de pas , et le paysage va perdre un peu de l’aspect terrible qu'il a conservé jusqu'à présent; Enfin on arrive à la dernière galerie , longue de 40 mètres, passé laquelle on traverse un magnifique pont, dont l’arche en mélèze, de 26 mètres et demi d’ouverture, repose sur des culées de 13 mètres de hauteur.

On est sorti du règne de la mort, peur rentrer comme par enchantement au milieu d'une nature riante et animée. La route, tracée le long des montagnes, classez éloignée de la rive gauche de 1 ' Adda> traverse la plaine dont nous venons de parler, et ne tarde pas à aboutir à

Bormio , gros et ancien bourg , au bord du torrent Fradolfo ; il est situé sur le penchant d'une montagne dont la nudité annonce le voisinage des glaciers. Popul. 1,200 habitants.

Les environs de Bormio sont très- pittoresques et très-intéressants pour le naturaliste. Près de la grande route, un peu au-dessus de la dernière galerie que nous avons décrite , on remarque les eaux thermales de Saint-Martin > ccs

(.UIDE EN ITALIE.

bains sont très-fréquentés déjà par les habitants de la Valteline et du Tyrol. On voit dans l'église de Saint-Antoine quelques bons tableaux d 'Antoine Cenelino , natif du pays.

Au delà de Bormio , la route continue d’abord au milieu de la plaine, en passant par les villages de Tola et de ilforignone. Elle se rapproche ensuite de YAdda , et traverse ce fleuve sur un pont à un endroit appelé la Serra : deux blocs de pierre d’une hauteur considérable servent de support au pont, nommé communément le pont du Diable . Des deux côtés du chemin , les montagnes s’élèvent en forme de pyramides.

En sortant de cette gorge étroite on aboutit à Balladora , où la vallée présente une espèce d’amphithéâtre. Le bassin qu’on a sous les yeux est entouré de hautes montagnes couvertes de sapins et de mélèzes, et animé par le petit village de Sondalo , au-dessusduquel l’église paroissiale, environnée de portiques, fait un effet charmant.

Passé Balladora , le vallon se rétrécit derechef, et YAdda , tantôt à gauche, tantôt à droite de la route, roule en mugissant ses flots blanchis d’écume, entre les rochers qui semblent vouloir s’opposer à sa marche. Mais cette scène alpestre ne dure pas longtemps : à peine a-t-on laissé Tiolo , que la route, en tournant rapidement, transporte le voyageur au milieu d’une campagne fertile et bien cultivée. Une descente douce et facile conduit de Tiolo à Grosio, et l’on jouit à cet endroit d’une perspective charmante : les deux belles églises de Grosio et de Grossotto , précisément en face l’une de l’autre, et rapprochées pour ainsi dire par la route qui se prolonge de l’une à l’autre en ligne droite , le petit bois de châtaigniers qui s’étend auprès de Grossotto , le pont qui à mi-chemin traverse le torrent Novasco , les Alpes qui bornent l’horizon à droite et à gauche, tous ces objets se groupent de la manière la plus pittoresque, et offrent un paysage enchanteur. La population de Grossotto et des environs est belle et robuste; les femmes surtout se font nmarquer par leur propreté , par la fraîcheur de leur teint.

La vallée que la route parcourt jusqu’à Tirano est appelée ) ralchiosa.

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A peu de distance de Tirano, on rencontre une belle église en marbre blanc, consacrée à la Vierge. Non loin de là, on traverse sur un pont de bois le rapide torrent de Poschiavino , qui descend d’un lac voisin, et , continuant à suivre les sinuosités de 1 ' Adda , on arrive à Sondrio.

A peu près à moitié chemin , sur la droite, au milieu des vignobles qui couvrent la base des montagnes, le voyageur aperçoit le petit village de Ponte . L’église paroissiale de cet endroit possède une précieuse peinture de Luini . représentant la Vierge assise, avec l’enfant Jésus sur ses genonx, qui bénit la palme du martyre offerte à saint Maurice.

Sondrio ( Hôtel de la Poste ) , petite ville d'environ 5,000 hab. , chef-lieu de la Valteline, est délicieusement située sous un beau ciel, dans une contrée couverte de champs fertiles et de superbes prairies, au confluent de X Adda et de l’impétueux M aller o , qui descend de la vallée de Ma ienca. La Cathédrale est ornée de beaux tableaux d ePietro Legario , natif de ce lien. Au-dessus de la ville, on voit les ruines d’un château jadis considérable. On trouve à Sondrio un Collège impérial , des écoles gymnastiques et élémentaires pour les deux sexes : on y remarque aussi un joli Théâtre construit sur les dessins du chevalier Canonica , et un Hôpital élevé par la piété des habitants.

La route, en laissant Sondrio , traverse en droite ligne un assez long espace de terrain , et franchit sur des ponts de bois Y Adda, qui la coupe à trois endroits différents avant qu’elle arrive à Morbegno . Le long du chemin , le voyageur a constamment devant lui un paysage charmant, animé par des villages populeux , et qui lui parait comme découpé sur le fond des montagnes qui bornent l’horizon.

Morbegno est un bourg assez considérable , situé près de Y Adda, sur le torrent Bitto , au pied du mont Legnone. Les amateurs y verront une belle peinture à fresque de Gaudence Ferrari , dans la lunette au-dessus de la porte de l’église du couvent des Dominicains actuellement supprimé ; mais on regrette que ce tableau ait souffert des injures du temps. Ceux qui achètent volontiers le plaisir de jouir d’une belle vue par le sacrifice d’un peu de fatigue, pourront se

OJIDIi l.N ITALIE.

satisfaire en montant sur la cime du Leynone , qui a environ 2,699 mètres de hauteur perpendiculaire.

Passé Morbegno , la route se partage en deux bras : l'un, pliant à droite et traversant 1 ’Adda, conduit à Chiavenna par Verceja et Riva ; l'autre continue sur la rive gauche du fleuve. L’un et l’autre de ces deux bras sont, dans leur plus grande partie, tracés au milieu de campagnes fertiles.

En suivant la route qui se prolonge sur la gauche de \'Adda , on passe auprès du fort de Fuentes . On peut aller commodément en voiture de Colico à Lecco par la grande route construite sur les bords du lac, et qui se réunit à celle de Lecco à Milan .

ROUTE XLVÏI.

DE MILAN a VIENNE,

Par la Ponteba, 83 p. */2 , 47 1. et 67 milles aliem.

De Cassina de’ Peechi,

Collalto,

Canonica,

Ospedaletto ,

Bergamc ,

Besciutta ,

(voy. route 4 1 .)

Ponteba (milles alle-

Cavernago,

mands),

Palazzuolo ,

Tarvis,

Ospedaletto ,

Arnoldstein ,

Brescia, ( voyez

Villach ,

route 41),

Veldcn ,

De Brescia à Vicence

Klagenfurth ,

(voy. route 41) ,

S.-Veit ,

Gitadella ,

Friesach ,

Castel franco,

Neümark ,

T révise ,

Unsmark ,

Spresiano ,

Judenburg ,.

Conegliano ,

Knittenfeld ,

Salice ,

Kraubach,

Pordenonc ,

Lcoben ,

Codroipo ,

Bruck ,

Ùdine ,

Mürshoffcn ,

Krieglach, Mürrzzuschlag , Schottwien , Neukirchen ,

Neustad , Günzelsdorf, Neudorf, Vienne, *

COMMUNICATIONS

De Bergamc à Lecco, 3p.

Brescia à Mantoue, 6 Vérone à Mantoue, 3

— à Legnano, 3

— àVolargne, 1 Vs Vicence à Padoue, 2 f/4 Citadella à Padoue, 2

— à Bassano, 1

De Castelfranco à Bassano , 1

Trévise à Venise, 2 •/i

Conegliano à Ceneda, 1

UdineàPalmanuova t — à Trieste, 6

Bruck à Gratz , 3 s/4

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