‹ Guide du voyageur en ItalieChapitre 198 sur 218 · SICILE (I · texte numérisé non relu

SICILE (I

Si Rome diffère de Naples et Florence de Milan , par les mœurs, les usages et môme par le langage, la Sicile offre bien plus de différence encore avec le reste de l’Italie. Chacun a pu observer que les mœurs générales des insulaires ont quelque chose de rude, de tranché et souvent d’original que ne présentent pas celles des habitants des continents; l’observation de la Sicile donne plus de poids encore à cette vérité. La nature, dans cette intéressante contrée, a déployé toutes ses ressources ; il n’est pas jusqu’aux phénomènes les plus terribles qu’elle n’ait voulu en quelque sorte y acclimater. C’est ce qui fait de la Sicile une source inépuisable de richesses pour le naturaliste , le médecin , le géologue , le peintre, le minéralogiste, etc., etc. Mais si cette île célèbre est intéressante sous le rapport géologique, elle ne l’est pas moins si on la considère sous un point de vue historique. Suivant notre usage, nous débuterons par un aperçu des principaux événements de ses annales.

Notions historiques. — La Sicile [Sicania, Trinacria, Si cilia, Sinacria Tellus) fut aussi appelée par Homère la Terre du Soleil et Vile des Cy clopes . Les premiers habitants de cette contrée furent sans doute les farouches et cruels Lestrigons, qui y menèrent d’abord une vie sauvage et pastorale. Des Sicaniens, d’origine espagnole, des Crétois et quelques Troyens y fixèrent ensuite leur séjour. Le3 fables imaginées par les anciens sur ces premiers habitants sont assez connues, et le lecteur sait qu’il n’y a de vrai dans tous ces mensonges mythologiques que la férocité naturelle et les formes athlétiques de ces premiers habitants. Cependant les descendants des Cyclopes se civilisèrent peu à peu : de la vie pastorale ils passèrent à la vie agricole , et ce fut alors que pirit naissance le culte deCérès, qui fut institué en l’honneur de celle qui la première fit connaître la culture du blé, ou

(i) Ouvrage à consulter : Guide du voyageur en Sicile, par Karacaay, i vol. in*i« cart., Paris, L. Maison, éditeur, rue Christine 3.

peut-ctre aussi en témoignage de reconnaissance pour la Terre qui le produisait d’elle-même. Ce peuple à demi civilisé forma ainsi cette nation appelée S iranienne , du nom d’un certain Sicanus , qui, dit-on , vint s’établir dans cette île avec une troupe d’Ibères. D’autres assurent que ce nom fut adopté par des émigrés d’Espagne , qui l’avaient euxmémjs tiré d’un petit ruisseau qui se jetait dans Tibère. Quelle qu’en soit l’origine, il est certain que dès cette époque la Sicile fut appeléeîAïcama, et que les habitants, repoussés par les terribles éruptions de Y Etna , s’établirent pour la plupart sur la côte occidentale de l’île. Claudien, en parlant delà Sicile , dit dans son poème, Deraptu Proserpinœ :

Trinacria quondam

Itallæ pars una fuit : scd pontus et æstus Mutavêrc sltum : rupit confina Nerens Victor, et abscissos interluit æquore montes, etc.

( Livre i . )

On voit que ce poète admettait l’opinion qui a été adoptée par beaucoup d’autres écrivains , comme Pline , Slrabon , Justin , Diodore et autres, savoir : que la Sicile a été séparée de l’Italie par quelque grande convulsion de la nature. D’autres géologues non moins estimés considèrent au contraire le détroit de Messine comme une de ces vallées qui forment une solution de continuité entre les montagnes. Spallanzani , dans son Voyage dans les Deux- Sicile* , t. iv, va même plus loin. 11 pense qu’un jour \a Sicile se réunira encore au continent par le Peloro , partie la plus étroite du détroit. Sans pousser plus avant ces recherches géologiques, nous nous bornerons à donner ici une courte notice chronologique des événements dont cette intéressante contrée fut le théâtre. Nous passerons toutefois sur tout ce qui a rapport aux histoires grecque et romaine, parce que les faits en sont suffisamment connus, et nous nous transporterons tout d’un coup en 440, époque de l’invasion des Goths. Alors la Sicile était soumise en partie aux Vandales, état de choses qui dura jusqu’à ce que les Ostrogoths furent parvenus à détruire le royaume d ’Odoacre. Les Siciliens, se trouvant placés entre deux prétendants également terribles , cédèrent

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