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ROUTE 103. — DU CAI» FARO AU CAP PASSARO

construite. V Acradina , située à l’O. de la première, était le quartier le plus vaste. A Y Acradina faisait suite la Tica, ou la Bonne- Fortune , au delà de laquelle s’étendait JVeapoli , c’est-à-dire la Ville neuve ; enfin Fpipoli comprenait les hauteurs environnantes, et on. a quelque raison de croire que cette dernière partie était séparée de la véritable enceinte de la ville. Visitons maintenant chacune de ces parties , qui satisferont également notre curiosité.

On entre dans Syracuse , du côté de terre, en passant sur quatre ponts de bois qui réunissent de larges fossés fortifiés. Les rues sont étroites et tortueuses, mais ornées de beaux édifices. La Cathédrale , dont la façade est majestueuse, a été bâtie sur les ruines du Temple de Minerve , dont on conserve plusieurs colonnes cannelées et l’architrave. Ce fut de ce temple que, selon Cicéron , l’avare Verrès enleva les objets les plus précieux, des vases d’or, d’argent et d’ivoire, etc. La chapelle de Sainte-Lucie , qui existe dans ladite cathédrale, est tout ce qui reste de ce Temple de Diane dans lequel Archimède traça la ligne des équinoxes. Il reste aussi fort peu de traces du Temple de Junon . La Fontaine d Aréthuse , qui lit éclore dans l’imagination des poètes de si belles images , n’est plus aujourd’hui qu’un étang fétide situé près du Fortino , sur le Porto Magyiore. Près de cette fontaine s’élevait le palais de Verrès , dans le lieu où est maintenant le moderne Fortino . Dans l’église de Saint- Philippe , on montre un escalier souterrain très-profond , construit en spirale et d’une seule pièce, qui conduit dans les catacombes ou cimetières creusés dans la pierre même, et qui s’étendent en vastes circuits au-dessous de la ville.

Au S. de cette église était le Port principal , qui fut le tombeau de la puissance, de la gloire et de l’orgueil des Athéniens. Ce port avait cinq milles de circonférence , et se nommait Marmoreo à cause des somptueux édifices dont il était environné; d’un côté il était défendu par le fort Min ace , de l’autre par le promontoire Plammirio ( aujourd’hui Massa d’Olivfro), desquels il ne reste plus que le lieu où ils s’élevaient. A l’entrée du grand port, on montre quelques vestiges du 'Temple de Jupiter Olympien. Les fort iii-

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cations modernes ont fait disparaître jusqu’aux moindres traces des ouvrages grecs. Telle est aujourd’hui l’antique Ortigia , unique débris de la célèbre Syracuse.

L ’Acradina. Cette partie de la ville était la plus forte et la plus belle. Le l'ample de Jupiter , ci-dessus cité , l 'Autel de la Concorde , etc. , appartenaient à ce quartier. H y avait aussi un assez grand nombre de profonds aqueducs , dont quelques-uns servent encore à leur usage primitif.

Tica. Cette partie conserve bien peu de traces de son ancienne magnificence : on les reconnaît plus par les descriptions des historiens que par l’inspection des lieux. Cependant on y voit encore l’antique aqueduc qui dérivait du mont Giumiti (Tymbris). Neapoliy ou la faille neuve , qui est aujourd’hui en dehors de Syracuse moderne , possède plus de restes antiques que les trois précédentes parties. On y voit une grande portion du Théâtre , qui est entièrement creusé dans le vif et assez bien conservé, si l’on en excepte l’avant-scène et l’orchestre. Dans le lieu nommé la Fossa de ’ Granatiy on remarque aussi des débris intéressants de Y Amphithéâtre. Des temples de Cérès et de Proserpine il ne reste plus rien. Dans le quartier Salibra, on voit le Bain de Daphné , dans lequel l’empereur Constance trouva la mort. On appelle Tiracati un espace de terrain couvert de jardins et de ruines d’anciens aqueducs , et arrosé par le petit fleuve Pakadiso ( Fons Dianœ). Près de là sont les catacombes dites les Grottes de St- Jean, et anciennement Antrum Pelopis , dans lesquelles on voit de vastes sépulcres creusés dans la pierre ; elles sont divisées en cent corridors , dans lesquels la lumière pénètre par plusieurs ouvertures perpendiculaires pratiquées à des voûtes circulaires qu’on rencontre de distance en distance. En plusieurs endroits, les murailles sont ornées de peintures et d’inscriptions grecques. Dans ces catacombes, les divisions entre chaque famille sont ménagées avec un ordre et un goût admirables. Ce fut probablement dans ce lieu que Cicéron trouva le tombeau d’^frchimède , dont il parle dans la cinquième de ses Tusculanes . Parmi les Latomies de Syracuse , la prison dite Y Oreille de Denys conserve encore son ancienne et infâme célébrité, Elle est creusée dans la masse d’un rocher , et son

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entrée présente une vaste ouverture horizontale par laquelle peut passer une voiture. Cette entrée est d’abord découverte, puis les parois s’étendant en sinuosités imitent, pour ainsi dire, l’oreille d’un cheval. Il est probable que le besoin d’extraire des pierres pour la construction d’édifices fut la cause déterminante de l’excavation de ce rocher; mais Denys , profitant de l’opportunité du lieu , le fit servir à l’usage de prison pour les esclaves , et plus particulièrement pour ceux d’entre eux qui appartenaient à la nation athénienne. On reconnaît cela à de doubles percées dans le rocher, qui sont disposées à distance et hauteur convenables pour y enfermer les prisonniers. Ce qu’il y a de certain , c’est que la forme donnée à cette prison est véritablement le résultat de l’art , car il suffit d’en considérer la disposition. On sait que le nom à1 Oreille de Denys lui fut donné parce que ce tyran se plaisait à entendre les gémissements et les plaintes des condamnés, sans que ces malheureux soupçonnassent la trahison. La forme parabolique de la grotte est très-favorable à la répercussion du son , et on peut la considérer comme un des échos les plus remarquables. On y a fait et on y fait encore journellement de nombreuses expériences qui démontrent jusqu’à l’évidence la théorie qui a dû présider à la construction de cette prison.

Epipoli. Des cinq parties de Syracuse celle-ci est la plus élevée. Ce fut là sans doute que campa Marcellus après avoir fait d’inutiles efforts pour s’emparer de la citadelle d fEuryale; ce fut de là aussi sans doute qu’il contempla le spectacle de la destruction de Syracuse , qu’il avait ordonnée ou du moins autorisée.

Le territoire syracusain est si riche en fragments antiques de toute espèce, que, pour peu qu'on se donne de peine, on trouve des médailles, des camées, des monnaies, etc. En 1803, on découvrit une statue de Vénus Callypige , qui est peut-être celle qui, au dire d’Héliogabale , fut donnée en présent aux Syracusains, qui possédaient un temple consacré à cette déesse (1).

(t) Ouvrages à consulter sur les antiquités de Syracuse ; Viccnzo MiralîcUi, Üiacomo Bonanni Colonna. — Le Guide pour les antiquités

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Avant de quitter un lieu si célèbre sous tant de rapports f nous ferons une petite excursion dans les îles voisines. Dans le Porto May y tore , devant le promontoire Plemmirio , il y a deux petites îles appelées, l’une Castelmjccio et l’autre S.-Marciano. On présume, d’après l’opinion de Fozello et de Bonanni , que ce fut dans cette dernière que les Athéniens prirent ce trophée dont parle Thucydide dans son vne livre. On appelle aussi île dei.la Maddalenà et île des Manchisi ( Tapsus) deux péninsules attenant au continent de Syracuse : la première est située au milieu du Porto Grande , et la seconde sur la côte septentrionale de la ville. Oes deux îles ont été plusieurs fois mentionnées par les historiens grecs. Le fleuve Anapo (y/napus), qui se jette dans le bassin du port, a eu aussi de la célébrité chez les poètes. Mais ce qui eut encore plus de renommée , ce furent les vins exquis de Syracuse , dont les meilleurs sont connus sous les noms de Pestimbotta , Capriata, Calabresse et Muscat.

La route qu’il nous reste à parcourir pour arriver à notre destination , est sablonneuse , mal entretenue et presque déserte. Nous devons traverser trois neuves sur des ponts assez commodes. Le premier, qui coule à près de douze milles de Syracuse, et se nomme Cassibili (Cacyparis) , est ce même lîeuve que les Athéniens durent traverser en fuyant les Syracusains, ainsi que nous l’apprend l'hucydide. Le second, qui est à six milles plus loin, se nomme Miranda ( Erineus et aussi Orinus) , et est aussi connu par la fuite des Athéniens. Le troisième, dit Falconara (Assinarus ), fut le théâtre de la dernière défaite des Athéniens, arrivée en l’an iv de la 9lc olympiade. Aujourd’hui encore on célèbre, au mois de mai, à Syracuse , une fête populaire qui tire son origine de cette victoire.

Au delà de Falconara , on trouve la ville de

Noto [Nea et Netum ), qui donne son nom aux trois vallées que nous avons indiquées plus haut. Elle renferme

de Syracuse, par l’nl)bé Bongiovani , imprimé en mis. — Anciens monuments de Syracuse, et Tableau des choses les plus remarquables de l’ histoire de Syracuse, par Joseph Marie Capoüici , publiés en ujîi.

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environ 12,000 habitants. Ayant été détruite par le tremblement de terre de 1(>93, elle fut reconstruite sur la montagne à cinq milles de distance de son premier emplacement. La Cathédrale, le Lycée, le Palais public, le Séminaire et le Mont-de-Piété méritent d’étre visités. On y remarque aussi un musée archéologique et un cabinet numismatique fort riche, appartenant à M. le baron Astuti . Il n'y a pas longtemps qu'on a trouvé, parmi les ruines de la vieille ville, des vestiges d'un ancien Gymnase .

Nous laisserons sur notre gauche les bords dii Port de Noto ( Portus Phœnicus ) , ainsi que trois petites îles sans intérêt qu’il renferme, et, après avoir traversé le fleuve Abiso , autrement nommé Atellari ( Elorus ) , nous gravirons l'ancien promontoire Pachino, aujourd’hui Cap Passaro , et nous saluerons en passant l'ancien Porto di Pâli, auquel les anciens donnèrent les noms iVOdyssea , c'est-àdire Port d'Ulysse. Quoique ces routes soient généralement fatigantes, le voyageur trouve toujours une sorte de compensation dans cette espèce de magie qui s'attache encore à tous ces noms.

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