CONSEIL AUX VOYAGEURS
Mal de mer.— Bien que la navigation de Marseille à Nice ne soit que de quelques heures, nous recommandons au voyageur, comme le meilleur préservatif contre le mal de mer, le moyen adopté par l'administration militaire ; il consiste seulement à se serrer fortement le ventre au moyen d'une large ceinture à boucles , et à manger peu. Cette partie du corps ainsi maintenue, les elfets du roulis, seule cause du mal de mer, sont presque insensibles.
Nice [Hôtels : des Étrangers, où descendent les diligences de Turin et de Gènes; d'York, du Dauphin, des Quatrc-Nations, de France, de Londres, la Pension-Anglaise, l'hôtel du Nord, Phôtel du Midi. On trouve aussi à Nice beaucoup de pensions bourgeoises et logements garnis, mais l'usage ici n'est de louer un appartement que pour la saison, et non au mois ou la semaine , comme cela se fait dans beaucoup d'autres endroits. La dépense d'hôtel peut être évaluée de 6 à 10 fr. par jour, suivant le quartier et la beauté des appartements). Nicet st une ville d'environ 30,000 habitants, située au pied des Alpes, et adossée à un rocher au sommet duquel on voit encore les ruines d’un ancien château. On distingue la ville vieille de la nouvelle : celle-ci est tirée au cordeau , bien bâtie, et s'étend le long de la mer. On y a pratiqué une large terrasse d’où , par un temps clair , on découvre les montages de la Corse : au pied de cette terrasse est une promenade couverte, et près de là une place spacieuse. La ville vieille n'a qu’un quart de lieue dans son enceinte ; ses rues sont tortueuses , étroites, inégales et fort sombres. Elle a la forme d'un amphithéâtre, et occupe la pente occidentale du rocher. Le port a , terme moyen, 3 mètres de profondeur, ce qui suffit pour les bâtiments de 300 tonneaux : à l’entrée s’élève la statue en marbre de Charles-Albert , bon mor-
UUiDE EN ITALIE.
ceau de sculpture. On a dirigé vers ce port les eaux d'une fontaine très-abondante , avantage inappréciable pour les marins. L’église, qui porte le nom de Santa-Reparala , est l’édilice le plus remarquable de la ville vieille. Dans la nouvelle ville se trouve le théâtre , noble édifice , construit depuis peu de temps ; on y joue des pièces italiennes , et quelquefois une troupe française y joue des opéras, des comédies et des vaudevilles. Les autres établissements publics que le touriste doit visiter sont : le palais du gouverneur , Y hospice, édifice moderne ; le collège des jésuites , le couvent des dominicains, vieil édifice; la bibliothèque publique . On compte à Nice dix-sept ou dix-huit couvents des deux sexes. Le principal faubourg est celui de Saint-Jean-Baptiste. Ceux de la Poudrière et de la Croix-des-Marbres sont modernes. Le quartier de la Marine , principalement aux Ponchettes , proche la terrasse , est fort agréable : c’est là principalement que logent les étrangers qui , attirés par la douceur du climat, passent l’hiver à Nice. A la vérité, l’été y est fort chaud , mais cette chaleur est agréablement tempérée par une brise de mer qui tous les jours se lève à dix heures du matin et souille jusqu’au coucher du soleil. Aussi Yit-on longtemps dans ce pays (1).
La campagne répond parfaitement à ce qu’un ciel si beau semble promettre. C’est une plaine occupée par des coteaux derrière lesquels s’élèvent trois rangs de montagnes, dont le dernier se confond avec les Alpes. C’est à ce triple rempart , à cet abri naturel , que Nice doit l’avantage d’une si douce température. Les coteaux sont couverts de bastides * ou petites maisons peintes de différentes couleurs , qu’on aperçoit au travers du feuillage terne des oliviers. Les terres sont plantées en vignes, soutenues, d’espace en espace , par des roseaux liés à des figuiers, des amandiers, des pê-
(i) Les logements sont assez chers à Nice, surtout dans le quartier de la Croix-de-M arbre qu’aiment les Anglais. Le vin y est bon et à bon marché , les fruits y sont excellents. Un cent de citrons ou de limons coûte au plus 6 fr.
Le naturaliste a une ample moisson à faire sur les montagnes qui environnent Nice. Henri Coxe, Ptcturc of ltaly.
chers. Ajoutons des berceaux , des allées , des bosquets d’orangers , de citronniers , de cédrats , de lauriers , de myrtes et de grenadiers, qui donnent l’idée d’un printemps continuel , et contrastent agréablement avec les Alpes , souvent couvertes de neiges, qu’on découvre à deux ou trois lieues au delà , et qui terminent ce magique tableau.
La société est très-brillante à Nice , surtout pendant le séjour des étrangers. Les plaisirs du carnaval y sont presque aussi animés que dans les plus grandes villes. Il y a une galle de théâtre fort jolie , où l'on joue les opéras italiens , et où l’on donne alternativement toutes les semaines bal et concert. La langue du pays est un provençal corrompu ; mais on parle français dans tou3 les cercles.
Nice possède une église anglaise où l’on fait le service deux fois tous les dimanches.
Cafés. — Royal , — glaces à 20 c. et 40 c., — sur le Cours. Un salon est réservé pour les dames , qui peuvent s’y reposer le temps qu’elles veulent sans rien prendre. Le café du Commerce est très-fréquente.
Tables d'hôte . — La meilleure de Nice est à l'hotel des Etrangers ; il y en a une autre très-bonne aussi à la Pension Piémontaise, à 2 fr. par tète.
Bateaux à vapeur . — Pour Marseille , Gênes, Livourne, Rome, Naples, 2 fois par semaine. ( Voir Introduction, navigation à vapeur , page 54.)
Toitures de place. — Les voitures sont très-chères à Nice et peu nombreuses. Un cheval de selle se paye, pour deux heures, 5 francs. — Des omnibus font le service de Ja basse ville. Deux diligences partent tous les jours pour Turin , Gênes et la France.
Le voyageur a l’avantage de trouver à Nice beaucoup de vetturini , qui mettent quatre jours pour aller à Gènes et 8 ou 10 pour Genève. Le prix est de 20 fr. par jour (t).
(i) Le prix du volturin, en Italie, est d'ordinaire , par place, de iîi à is fr. par Jour. Quand on prend la voiture entière, il y a par Jour , et par chaque place vacante, la réduction d’à peu près \ îr. , prix de la nourriture et du logement. On fera bien de ne pas comprendre dans le traité la bonne-main ( Vuona-mano ou manda ) , et de sc réserver de la
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Consul de France. — M. le marquis de Châteaugiron. — Tout voyageur doit faire viser son passe-port : 1° au consul de son gouvernement ; 2° à la police du royaume, s'il veut continuer sa route sans entraves.
Banquier. — M. Avigdor, dont la villa ou campagne est fort belle*
Nice n’olFre aucun monument antique; mais à Cimier , Cenemanium , qui est h trois quarts de lieue au nord sur une colline, on trouve des vestiges qui indiquent une ville autrefois très-considérable. Cette ville était en effet la capitale de la province romaine des Alpes maritimes. On y voit encore des ruines de bains , de temples , et d’un amphithéâtre qui est très-reconnaissable. De cette colline enchantée, et qui surpasse tout ce que l’imagination des poètes a produit de plus séduisant, on jouit de points de vue admirables ; aussi est-elle couverte d’élégantes maisons de campagne que les étrangers se plaisent surtout à habiter. On peut à ce site charmant appliquer les vers de lady Mon tague :
Ilere summcr reigns with one etcrnale snriile ; Succeding liarvets bless the appy soit.
Pair fertile fields , to whom indulgent heaven lias every charra of every season given.
No killing cold déforma the beauteous year ,
donner suivant que l’on sera content. Cette précaution est surtout nécessaire pour les petits trajets, qui deviennent par fois d’une lenteur infinie , tandis que Tappût rémunérateur de la bonne-main vous asservit le cocher et le rend docile et complaisant. La proportion est à peu près d’un cinquième du prix convenu avec le maître votturin.
C’est un mauvais arrangement que d’avoir sa propre voiture et de charger le voiturin de fournir les chevaux. Sous le prétexte des montées ou de la pesanteur de votre carrosse il renouvelle beaucoup trop les chevaux ou les bœufs de renfort, et il revient parfois plus cher que la poste.
Cette dernière manière de voyager sera toujours préférée par les étrangers opulents, parce qu’elle est la plus rapide, et que la voiture , sorte de logis ambulant , dérange moins leurs habitudes et leur besoin confortable. ( Valéry. l’Italie confortable, i vol. in-ia, Paris, J. Renouard et coinp. )
The springlng flowers no coraming w Inter fear;
But as the parent rose dccays and dies ,
The infant budswlth brigther colours rise
And with fresh siveets > the mother’s scent supplies.
Renseignements. — On peut vivre à très-bon compte à Nice, malgré la grande affluence d’étrangers; mais il faut y avoir son ménage. Tous les comestibles y sont à bas prix , à l'exception du beurre et des œufs.
Un poulet peut coûter 1 fr. 25 c. à 1 fr. 50 c.
Un chapon gras , 2 50 à 3 »
Un dindon , 4 » à 5 »
La livre de bœuf , » 25 » »
Le veau et le mouton, » 30 à » 40
Gibier de tout genre à des prix modérés.
Le poisson de mer est abondant, varié et à bon marché. Les pâtes de Nice ont une certaine réputation, et se ven-
dent de 20 à 25 c. la livre.
Comme à Gênes, et dans les principales villes de l’Italie , les ravioli forment un mets délicat et recherché ; nous recommandons ce plat aux gourmands.
Les oranges et les citrons , ces derniers surtout, sont excellents et se vendent de 5 à G fr. le cent.
On estime surtout, en vins d’ordinaire, ceux d * Antibes, de Mariynana et de St-Tropez , qui valent de 25 à 30 c. la bouteille.
Les vins de dessert les plus estimés sont le muscat d’Aspremontet le Braquet.
On prend d’excellent café au Café Royal , sur le Cours. Prix: 15 cent, la tasse ; d’excellentes glaces à 20 et 40 cent.
Nous recommandons en toute assurance la table d’hôte de la Pension Piémontaise , et en première ligne celle de l’hôtel des Étrangers. Prix : 2 fr. 50 cent par tète , garçons compris.
Un petit logement, pour la saison d’hiver, dans le quartier de la Marine et aux Ponchettes , à l’abri du vent du nord, peut coûter de 200 à 350 francs.— Le faubourg de la Croix-de- Marbre olfre de grandes et belles maisons , avec jardins , écuries et salles de bains , pouvant loger de-
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puis 12 jusqu’à 15, 20 et 30 personnes, dans les prix de 1,200 fr. jusqu’à 8 et 9,000 fr.
Ces maisons se louent toutes meublées, même avec le linge , l’argenterie et la batterie de cuisine.
Nous ne devons point passer sous silence cet usage cruel, existant encore à Nice , qui oblige le locataire à remplacer les meubles d’un appartement dans lequel est mort un malade. Il faut donc toujours prévoir ce cas et faire ses conditions en conséquence.
Environs a visiter. — Nous indiquerons Cimier , dont nous avons parlé plus haut; la grotte de Saint- André ; le romantique vallon de Magnan ; le gallon Obscur; le monte Calvo , du sommet duquel on jouit d’un vaste panorama; Drap , renommé par son vin blanc mousseux; Ville franche , où l’on arrive en 3 heures ; Beaulieu , renommé par ses trois oliviers; St-Hospice , où le voyageur trouvera chez la cabaretière Gioanetta d’excellente bouillabaisse ; le mont Gros , dont on peut faire le tour à âne ou à cheval ; les jardins de MM. Gent et Barras .
Ouvrages à consulter . — La description la plus estimée de Nice est celle de l’Anglais Davils , qui a pour titre : Account of Nice ; — Description française de Nice, 1 vol. in-8° de 6 fr., chez tous les libraires de la ville; — David Bertolotti , Viaggio nella Liguria marittima, excellent ouvrage; — cartes et plans , chez tous les libraires de Nice.
De Nice, la route devient très-accidentée jusqu’à
Scarena, petit bourg situé sur le plateau de la montagne de ce nom. Se tournant vers le sud, le voyageur jouit d’un beau panorama.
La route qu’on suit est belle, quoique pratiquée à travers les montagnes.
On traverse
Sospello, bourg dans une situation pittoresque, arrosé par le Berseray torrent. Pop. 2,500 hab.
Ensuite Baglio , bourg avec quelques fortifications.
Puis Chiandolo, petite ville clans une jolie position.
Sans quitter les Alpes maritimes, on arrive au
Col de Tende. La ville de ce nom , située sur le bord de la Begat fut construite par Amédée IV. Bien que belle, cette
route n’est pas toujours praticable , par suite des vents violents qui souillent souvent dans cette contrée.
De là on atteint
Limone , bourg de 4,000 habitants, peuplé de muletiers et de guides pour les montagnes de l’antique Ligurie.
Robei.lante possède une manufacture de laine. Pop. 1,700 hab.
Sax-Dalmazzo est dans une belle situation , a une jolie abbaye de bénédictins , et 2,900 hab.
La contrée que uous traversons est toujours alpine jusqu’à
Cuneo ou Coni ( Cuneum ) , ( hôtel : des Trois-Nations ) , place forte , célèbre par le grand nombre de sièges qu’elle a soutenus , et par les batailles qui se sont données dans les environs; elle est située dans la plaine au confluent du Gesso avec la Stura. Ses fortifications ont été démolies par les Français en l’année 1801, après la journée de Marengo. De Cuneo à Carmagnole , un canal navigable contribue à faire fleurir le commerce de ce pays. Sa population monte au-delà de 17 mille habitants.
Centallo , joli bourg arrosé par la Grana. Cette contrée est tout à fait pittoresque. Pop. 4,000 hab.
Tout le pays que nous parcourons est riche et d’un riant aspect jusqu’à
Savigliano , jolie ville , située dans une plaine arrosée par la Grana et la Maira ; elle est bien bâtie, possède quatre églises, qu’on doit visiter, ainsi que l’arc de triomphe situé à l’extrémité de la grande rue. On trouve dans cette cité plusieurs manufactures d’étoftés de laine, soie, toile et coton. L’air qu’on y respire est d’une grande pureté, et la contrée extrêmement fertile. Pop. 17,000 hab.
Le pays continue d’offrir à l’œil du touriste des champs bien cultivés , au milieu desquels se trouve Cavalier Maggiore, qu’on traverse sans s’arrêter. Ensuite vient la petite ville de
Racconigi, entourée de murs, avec quatre portes et autant de faubourgs ; elle possède deux églises paroissiales et plusieurs établissements religieux. Le voyageur visitera avec intérêt le château , nouvellement restauré, riche d’archi-
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lecture et dont les appartements sont superbes; le parc qui entoure cette royale demeure est magnifique. Commerce : grains, fabriques de draps et papier, filature et dévidage de soie. Pop. 11,000 hab.
Carignano ( Carinianum ) , petite mais fort jolie ville , célèbre par ses manufactures de soie. Curiosités : la grande place , la cathédrale, le tombeau de Blanche de Montferrat la statue équestre de Jacques Rovana. Pop. 8,000 hab.
Après avoir quitté cette ville , le voyageur suit la vallée du Pô pendant environ deux heures , et arrive dans l’antique Taurinorum .
Turin. — Hôtels : les meilleurs sont ceux de l’Europe , place du Château; dîners à 1 h. '/-2 et à 6 h.; prix , 3 fr. ; chambre, 1 fr. 50 c., 2 et 3 fr. Feder, tenu à la française , excellente maison; dîners à 1 h. V2 et à 5 h., 3 fr.; chambre, 1 fr. 50 à 3 fr.; — de l’Univers , rues du Pô et Charles- Albçrt; — la Pension-Suisse, rue Notre-Dame-des-Anges; delà Caccia-Reale, de la Bonne-Femme, sur la place du Château. On trouve dans tous ces hôtels , et notamment dans les premiers, de vastes appartements pour les familles, des écuries et remises. On peut aussi se faire servir dans sa chambre; mais alors les prix changent, et le dîner se paye au moins 5 fr. par tête. Dans ce cas, il est utile de faire son prix d’avance.
Cafés . On en compte plus de cent à Turin ; les principaux sont : le café Saint-Charles, qui est d’une grande magniilcence; IeFiorio, fréquenté par la haute société; le Dilej,rue du Pô ; ceux de Venise , de Londres , tous deux sous les arcades de la rue du Pô; le Colosso, à l’entrée de la rue Grande- Doire; del Cambio, place Carignan, où l’on peut déjeuner à la fourchette , ainsi que presque dans tous les autres cafés de Turin. Ces établissements sont éclairés par le gaz, et généralement fort bien tenus. On y trouve quelques journaux français et anglais, mais beaucoup plus de journaux italiens. Les Débats, l’Echo Français , le Moniteur universel, le Journal des Villes et Campagnes, sont les seuls journaux français qu’on trouve et qui aient entrée à Turin.
Restaurateurs : celui de l’Univers , celui des Deux-Indes,
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Pastore; on peut y dîner confortablement pour 2 fr., 2 fr. 50 c., 3 et 4 fr.
Turin , capitale du Piémont, est une des villes les plus considérables d’Italie. Elle est située presque au pied des Alpes, dans une superbe plaine arrosée par le Pô, et au confluent de ce fleuve et de la Doire. C'était , selon Pline , la plus ancienne ville de la Ligurie. Elle avait autrefois lift rempart en terrasse , défendu par des bastions et par un large fossé ; mais une partie de ces fortifications a été détruite, et, sous le rapport de l’agrément et de la perspective, on peut dire que la ville y a gagné. Le périmètre de Turin , en deçà de la rue de circonvallation, est de 7,750 mètres, y compris la citadelle et la place d’armes ; avec les faubourgs du Pô et delà Doire, il est d’environ 11,460 mètres; sa plus grande longueur, depuis la porte du Pô jusqu’à la porte de Suz< u Suzina, peut être de 2,000 mètres, et sa plus grande . geur, depuis la porte du Palais , qu’on appelle aussi d’Italie , de J ,400 mètres. Ces quatre portes n’existent plus, elles ont disparu avec les fortifications, excepté leurs noms qui subsistent toujours , pour indiquer l’endroit où elles étaient situées.
On compte à Turin 13 places et 84 rues tirées au cordeau, qui se croisent à angles égaux et partagent la ville en 145 quartiers : c’est ce qu’on appelle le Nouveau Turin .
Places. — Parmi les treize places que renferme Turin , plusieurs sont très -remarquables , tant par leur étendue que par » • beaux édifices qui les entourent. La principale est la placi du Château (piazza Castello ), située dans le plus beau quartier de Turin. Elle tire son nom du palais qui se trouve au centre, qu’on appelle le palais Madame , et où se trouvent aujourd’hui plusieurs administrations publiques et la galerie de peinture. Au nord de cette place sont situés le Palais Royal et les résidences des secrétaires d’Etat aux départements de la guerre et de la marine, des finances, de l’artillerie et des fortifications, etc.; sur les autres côtés se trouvent le grand Théâtre et une série é’édifices d’une riche architecture et flanqués d’arcades. Les trois plus belles rues de Turin aboutissent à cette place : à l’est, c’est la rue du Pô , large, droite et ornée de jolies
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maisons avec arcades, ce qui en fait une promenade fort agréable , soit dans les grandes chaleurs , soit dans les temps de pluie; à l’ouest, est la longue rue de Dora-Grossa , également belle, mais moins large et sans arcades : c’était dans cette rue que se faisaient les courses de chevaux du temps de Napoléon ; au midi , se trouve la rue JSuova , qui traverse la place Saint-Charles et se prolonge jusqu’à la porte Neuve.
Place Saint- Charles. Elle est située entre les rue Neuve et porte Neuve : c’est la plus belle et la plus régulière des places de Turin; elle a la forme d’un carré long où aboutissent six rues. Deux palais latéraux ornent les côtés Est et Ouest, ayant de vastes portiques bien pavés et à arcades; sur l’aile méridionale s’élèvent les deux églises de Saint- Charles et S ainte- Christine , et dans le centre la statue en bronze d’Emmanuel-Philibert remettant son épée dans le fourreau. Cette belle composition est due à M. Marochetti; elle a été fondue à Parte et exposée dans la cour du Louvre. Ce monument est orné de quatre bas-reliefs allégoriques, représentant le comté de la Vallée d’Aoste, la principauté de Piémont, le comté de Nice et le duché de Savoie.
La place Victor -Emmanuel est une des plus vastes de l’Europe et d’un aspect imposant; sa forme est celle d’un carré long, ayant à une extrémité le beau pont du Pô, et à l’autre la noble rue du même nom: les édifices qui la bordent sont réguliers, d’une belle architecture, avec de jolies terrasses à leur sommet et de commodes arcades à leur base. De l’autre côté du pont s’élève majestueusement le temple de la Mère de Dieu , bâti au pied d’une verte colline couverte de jolies habitations. Cette perspective est fort belle.
La place Emmanuel-Philibert , située à l’ouest de la ville , avant le faubourg Dora ou Doira , forme un vaste octogone environné de constructions destinées aux divers marchés de la cité; la grande route qui conduit au pont de la Doire, et la route ombragée qui entoure Turin, traversent cette place en croix.
La place Carignan mérite aussi d’être mentionnée, moins pour son étendue que parce qu’elle renferme le palais de Charles-Albert, ci-devant prince de Carignan, et le théâtre de Carignan.
Il OU TE 4. — DK PARIS A TURIN PAR NICE. 113
Les autres places que le voyageur devra visiter sont : la place Caroline , au sud de la rue du Pô; la place du Palais-de-la- faille , appelée aussi piazza delV Erbe , de ce qu’on y vendait autrefois des herbes ; la place Eltsine ou Pœsana ; la place Charles-Félix et celle de la Consolata; au centre de cette dernière place s’élève une colonne surmontée d’une statue de la Vierge, érigée pour l'accomplissement d’un vœu fait lors des ravages du choléra dans cette cité.
Au sud-ouest de la ville se trouve un grand terrain quadrangulaire , appelé Champ-de-St-Secondo ou Champ-de- Marsy destiné aux évolutions militaires.
Ponts. — Turin ne renferme que deux ponts , mais tous deux remarquables. Celui du Pô est, comme nous venons de le dire, jeté sur ce fleuve à l’extrémité est de la place Victor-Emmanuel; c’est un beau pont en pierre, qui date du temps de Napoléon ; son architecture est sévère, et ses cinq arches bien coupées. Si , du pont , l’on porte ses regards sur les monts verdoyants qui, à peu de distance de la rive gauche du fleuve , forment un amphithéâtre sur lequel un grand nombre de jolies habitations ont pris place; à droite , sur le plateau , apparaît la tour octogone d’un couvent considérable de capucins; à gauche, le château de la reine; plus loin, sur une éminence, domine le dôme altier de la Superga. Des bouquets de bois çà et là couvrent les hauteurs. Cet ensemble compose une scène fort pittoresque.
Le pont de la Doive est un ouvrage des plus remarquables tant par la hardiesse que par la solidité de sa construction ; il est en pierre et d’une seule arche. Il a été construit sur les plans et sous la direction du chevalier Mosca, savant ingénieur piémontais.
Rues. — La rue du Pô et la rue Neuve sont surtout frappantes par leur longueur, par leur largeur et par la symétrie des maisons, qu’on prendrait pour des édifices publics. Les fenêtres de ces maisons ont des chambranles saillants couronnés de frontons. L’entrée forme vestibule avec des colonnes et des pilastres. Le fond de la cour, qui se voit de la rue, a toujours quelque décoration. Si toute la ville était construite avec autant de goût, Turin serait de toutes les ca~
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pitales de l’Europe la plus belle et la plus commode. Pendant la nuit on lâche une écluse qui nettoie les rues et fournit abondamment de l’eau en cas d’incendie.
La rue de la Doira-Grossa serait une des plus belles de Turin si elle avait plus de largeur. Après ces trois grandes voies viennent -celles de la Notre- Dame-des- Anges , de Charles-yJlbert , de Ste-Thérèse et St-Philippe , des Cor voyeurs f d’Angennes , de la Monnaie , etc. Ces rues sont en général ornées de jolies maisons.
Eglises. — Turin a 1 10 églises ou chapelles, la plupart enrichies de marbres , bâties dans le goût moderne , et trèsbien éclairées. La plus remarquable est celle de
Saint- Jean-Baptiste ; c’est la cathédrale. Le portail est orné de pilastres , mais d’une assez mauvaise architecture. L’intérieur de cette église n’a rien de bien frappant; on y voit néanmoins un bel autel de marbre , une vaste tribune, et un orgue chargé de dorures et de bas-reliefs qui produisent assez d’eflét. Il y a six chapelles qui n’ont aucun tableau distingué. Le plafond de la nef principale est une demivoûte peinte en blanc. A droite de la porte est un mausolée en marbre, pour une princesse de Piémont, fondatrice de l’église: elle est représentée ù genoux sur un sarcophage; six petites statues en marbre noir décorent la base. A gauche de la porte, le baptistère, fermé par une grille en fer, contient uniquement la statue de saint Jean-Baptiste , en marbre blanc. Le maître-autel est en marbre précieux. A la croix , sur la droite , dans une chapelle, sont des statues de marbre d’une grande beauté. Ste Thérèse ouvre ses vêtements pour découvrir son cœur à Dieu; elle lève sa tête au ciel, le feu de l’amour divin est allumé dans ses yeux ; chef-d’œuvre de Legros , sculpteur français. Ste Christine tient d’une main la palme du martyre, et élève l’autre main en confirmant sa foi ; par le même artiste , qui montre encore dans celle-ci beaucoup de talent. Derrière le maîtreautel , et par le moyen d’un vitrage placé à une certaine élévation , nous apercevons la chapelle du
Sàint-Suaire ; c’est comme une église h part, et certainement la plus belle de Turin ; on y monte par deux escaliers de 16 degrés chacun. Elle forme une rotonde très-
élevée, environnée de colonnes groupées, de marbre noir poli venant de Corne, dont les bases et les chapiteaux sont de marbre doré. Ces colonnes soutiennent six grandes arcades qui forment les fenêtres. La coupole qui termine cette rotonde est d’une construction fort singulière : elle se compose de plusieurs voûtes en marbre, percées à jour, placées les unes au-dessus des autres, et disposées de manière qu’elles laissent voir au sommet de l’édifice une couronne de marbre en forme d’étoile , qui semble être suspendue en l’air, quoiqu’elle repose sur ses rayons. L’autel, de marbre noir, est à deux faces , et porte une châsse carrée , environnée déglacés , laquelle renferme la relique du Saint- Suaire. Au-dessus est un groupe d’anges qui soutiennent une croix de cristal. Le pavé est de marbre bleuâtre, dans lequel sont incrustées des étoiles en bronze doré. Tout cet ensemble est d’une beauté vraiment majestueuse et bien conforme à sa destination. On sort de ce lieu avec une impression de tristesse causée par la couleur lugubre qui partout y est répandue. Cette chapelle est contiguë au palais du roi , qui de l’une de ses galeries peut y entrer de plainpied.
Parmi les autres églises de Turin qui jnéritent de fixer l’attention des curieux, oa peut citer la Consolala , très-fréquentée à cause d’une image de la Vierge, à laquelle on a beaucoup de dévotion. Cette image est placée dans une chapelle ornée de colonnes de marbre , et dont la coupole est couverte de peintures et de dorures. Le bâtiment de cette église est d’ailleurs peu régulier, et les ornements peints dans la voûte de la nef sont trop petits pour ne pas paraître confus.
Au centre de la place où se trouve cette église , s’élève , comme nous l’avons déjà dit, une colonne votive de beau granit de Bielle. Au sommet il y a la statue de la Vierge en marbre de Carrare. Sur le piédestal se lit l’inscription suivante :
Matri . a . Consul at ione