ROUIE 18.— DE PONT-DE-REAUVOISTN A TURIN
assez douce, en suivant la rive droite du torrent. Les deux parois do la montagne sont couvertes de bois et de prairies. Si i’un se retourne pour jeter un coup d’œil en arrière , on voit à ses pieds la vallée arrosée par l’Isère et que l’on vient de quitter. Ensuite on passe sous des chalets où logent de nombreux troupeaux, et en trois heures depuis Scez on arrive à Y hospice du Petil-Saint-Bernard , toujours à travers des prairies en pente douce, et sans avoir eu à franchir ni mauvais pas ni rochers escarpés ; en sorte que le Petit- Saint-Bernard est un des passages des Alpes les plus aisés , quoiqu’il ne soit guère fréquenté que par les habitants de la Tarentaise ou dn val d’Aoste.
L'hospice ou couvent du Petit-Saint-Bernard est situé dans un vallon qui a la forme d’un berceau , et s’étend du uordest au sud-ouest. Ce vallon , qui a de 000 à 800 mètres de largeur, est couvert de gazons , mais sans arbres ni arbrisseaux. Son élévation est de 2,192 mètres au-dessus de la mer. De là on va en 13 heures de marche à la cité d’Aoste.
En partant de l’hospice pour descendre dans Je val d’Aoste, on monte par une pente très-douce jusqu’au point le plus élevé du vallon , signalé par une belle colonne de marbre cipolin. Ici on voit au-dessous de soi, et à gauche, un petit lac renfermé dans un joli bassin de verdure. Après une descente d’environ trois quarts d’heure, on rencontre un plateau incliné, à l’extrémité duquel est un bois qu’on traverse ; et, à une lieue et demie de l’hospice, on passe le pont du Serrant, construit sur un torrent qui coule à plus de 33 mètres de profondeur. De ce pont on a uu point de vue aussi varié qu’agréable : on aperçoit au bas de la montagne une belle cascade qui, sortant d’un bois, traverse une prairie, et va mêler ses eaux à celles du torrent ; on découvre à sa gauche le glacier de Ruitor , l’un des plus grands qu’il y ait dans cette chaîne de montagnes , et l’on a sous ses yeux les vastes plaines du Piémont.
A une demi-lieue du pont Serrant est le village de la Tuile, où se termine la descente du Petit-Saint-Bernard . On n’entre point dans ce village, on le laisse à droite et de l’aube côté du torrent. Après avoir suivi ce torrent pendant dix minutes, on le passe pour aller côtoyer le pied d’une mon-
GUIDE EN ITALIE
tagno sur un chemin en corniche assez large et assez commode , mais fort élevé au-dessus de la Tuile. Là on voit des amas de neige qui se conservent très-longtemps, et qui forment des ponts sur le torrent. Au-dessous du village de la Barma , on repasse le torrent , on laisse à gauche sur la hauteur le village d ’Oleva, situé au pied du Cramont, et, après deux heures de marche depuis la Tuile, on arrive au bourg de Pré-St- Didier, qui est encore à 8 lieues ou 32 kil. de la cité d 'Aoste.
A une lieue et trois quarts de Pré-Saint-Didier, on passe sous l'ancien château de la Salle , remarquable par une tour ronde fort élevée, et par des murs couronnés de créneaux qui forment sa vaste enceinte. Tout près de là est le village de la Salle , qui consiste en une rue très-longue, trèsétroite et mal pavée. Ici on commence à voir des vignes élevées en treilles. On traverse ensuite un large et profond ravin creusé dans un amas de sable, de terre et de débris de montagnes, charriés et accumulés par le torrent qui y coule. A une lieue et un quart de la Salle , on quitte la rive gauche de la Doire , que l’on a constamment suivie depuis Pré-St- Didier, et Ton passe sur la rive droite.
Bientôt après la vallée se resserre ; la montagne est coupée à pic dans toute sa hauteur, et le chemin passe sur une étroite corniche qui borde un affreux précipice au fond duquel coule la rivière. Cet étroit défilé , d’autant plus important qu’il est impossible de passer de l’autre côté de la Doire, a pour défense un poste, deux ponts-levis, placés sur de profondes coupures pratiquées dans la largeur du chemin, et un corps-de-garde construit sur un rocher qui domine le passage.
A une demi-lieue plus loin, le village d * Avise, situé de l'autre côté de la Doire , présente un paysage extrêmement pittoresque , des tours et des châteaux gothiques ; sur le devant, des vignes qui s’étendent jusqu’aux bords de la rivière; sur le derrière, de beaux vergers, et, dans le lointain, la montagne qui , s’élevant avec majesté, termine cet agréable tableau. Puis on descend la longue et vilaine rue du village de Livrognc , au bas duquel on traverse le torrent qui vient de Val-di-Roma. Là on trouve une très-belle