ROUTE XIX
de GÈNES a TURIN.
Par le Grand-Saint-Bernard, 84 1. ‘/s» 2 p. */v.
Martigny,
St-Branchier,
St-Pierre,
Hospice,
Remo,
Aoste , Castiglione ,
30 V2 Donas , 3 Va î lvrée ,
Caluso , Chivasso, Settimo, Turin ,
Va
Va
COMMUNICATIONS
D’Ivrée à Biella, 3 Va I St-Maurîce à Lausanne, 7 7*
De Martigny à Sion, 4 *72 1 Dovaine à Bonneville, 3 7*
De Martigny dans le Valais, et sur le Rhône , jusqu’à Y hospice du Grand-St-Bernard , on compte 10 lieues 1/2 «u 42 kil. La route suit d’abord la valide d’Entrémont dans
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toute sa longueur. Cette vallée , située sur le revers septentrional du Grand-Sain t-Bernard , est très-intéressante pour le géologue, parce qu’elle coupe transversalement les Alpes pennines. Elle est parcourue par la Dranse, et offre les scènes alpestres les plus remarquables.
On va de Martigny à St-Pierre en 5 heures de marche : on peut faire cette partie de chemin en petit char. En partant de Martigny, on laisse à droite le chemin qui mène au col de la Forclas et à Chamouni; bientôt après on traverse le village de Bourg ; ensuite on passe par la Valette , St-Branchier , Orsières , Liddes , et Ton arrive à St-Pierre , situé au pied de la haute chaîne des Alpes, qu’on se propose de franchir. Les environs de la Vallete sont remplis de gorges épouvantables , et les chutes d’eau qu’on y voit , près du pont de bois, ont quelque chose de vraiment pittoresque. À Saint- Br anchier débouche le val de Bagnes, qui a 44 kil. de longueur ; c’est de là que sort le torrent de la Dranse. Orsières répond à l’ouverture de la vallée qui mène au col Fcrret , et de là à Courmayeur, qui est au pied méridional du mont Blanc. De Saint- Pierre on atteint l’hospice du Grand-St-Bernard au bout de troi3 heures de montée. Près de ce bourg , le torrent de la Valsorey se précipite dans une énorme cavité dont la vue est effrayante. Les voyageurs, pour contempler cette scène magnifique , descendent souvent sous les immenses voûtes formées par les rochers audessus de ces enfoncements dont l’obscurité jette d’abord dans l’âme un trouble involontaire ; mais, si l'on porte ses regards vers le peu de ciel que l’on peut découvrir au travers de quelques échappées, à l’aspect des arbustes qui pendent du haut des roches , lorsque le soleil les éclaire d’une vive lumière, on croirait que quelqu’un vient là avec un flambeau pour y chercher le voyageur qui s’égare. Tout fait illusion dans cet abîme souterrain , et, quand on en sort, le grand jour est si ardent , que la nature paraît embrasée.
A quelque distance de St-Pierre , on admire des beautés d’un autre genre : les arbres à fruits disparaissent, et l’absence de toute végétation utile , à l’entrée d’un vaste désert , frappe ceux qui pénètrent pour la première fois dans ces gorges sauvages et solitaires. Un peu plus loin, on traverse
liOLTE 19. — DE GÊNES A TL’KIN PAROLE G.-ST-llERN. 239
«ne petite plaine nommée ie Sommet-dc-Prou , au-dessns de laquelle on aperçoit un vaste glacier du milieu duquel s’élève le mont Velan , la plus haute des sommités du Grand-Saint-Bernard.
Une lieue ou 4 kil. avant d’arriver à l’hospice, on rencontre deux bâtiments dont l’architecture gothique est en harmonie avec le morne silence qui règne dans ce lieu. L’un sert de refuge aux voyageurs surpris par la nuit ou par la tourmente ; ils y trouvent du bois pour faire du feu, et quelques provisions. L’autre, adossé à une roche pyramidale, au milieu des glaces blanchâtres , et ombragé par quelques tristes mélèzes , est une chapelle où l’on dépose les cadavres de ceux qui périssent en traversant la montagne ; car, toutes les années, on trouve des individus morts de froid ou ensevelis dans les neiges des avalanches. On range leurs corps à côté les uns des autres , et, comme l’air glacial garantit de la putréfaction, les traits du visage se conservent pendant deux ou trois ans, après quoi ces mêmes corps se dessèchent et deviennent semblables à des momies.
L’Hospice (1). Une chose non moins remarquable que celles dont nous venons de parler , est l’apparition de l’hospice, qui semble toucher au ciel lorsque les sommités voisines sont voilées par d'épais brouillards. 11 est bâti dans un vallon resserré par de hautes montagnes, et occupé en partie par un petit lac. C’est là qu’on croit être au milieu d’un cirque fermé de distance en distance par des rochers de granit qui ressemblent à des pyramides ou à des mausolées d’une grandeur colossale. Des sommités couvertes de neige qui dominent cette superbe enceinte, descendent quelquefois de dangereuses avalanches.
L’hospice, qui, suivant les observations de M. de Saussure, est de 2,491 mètres au-dessus du niveau de la mer , est sans contredit l’habitation la plus élevée qu’il y ait dans tout l’ancien continent; on ne voit même aucun chalet à cette hauteur , parce que sa position est très-voisine de la région
(f) Pour la description du passage Je l’hospice du Grand-Saint-Hern;ird, voyez le Manuel du voyageur en Suisse , chez L Maison, à Paris.
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<lcs neiges et des glaces éternelles, qui refroidit nécessairement tout ce qui l’environne. Ce qui contribue encore à rendre ce séjour excessivement froid , c’est que la gorge est percée du nord-est au sud-ouest , et par conséquent dans une direction très-approchante de celle des vents du septentrion. Aussi , au fort même de l’été , y gèle-t-il presque tous les matins. On n’y jouit guère qu’environ dix ou douze fois par an d’un ciel pur et serein pendant toute une journée. Dans les mois les plus froids, le thermomètre se tient, aux environs de l’hospice, à 20 ou 22 degrés au-dessous de glace , et il y a des endroits où la neige ne fond jamais.
Cet utile établissement est administré par des religieux dont le nombre varie de 20 à 30 : il n’y en a que 10 ou 12 qui y résident. Nés pour la plupart chez les Valaisans , ils en ont le caractère aimant et les mœurs patriarcales. Les voyageurs , quel que soit leur nombre , sont pendant trois jours reçus et alimentés dans l’hospice ; s’ils ont éprouvé quelque malheur, on leur donne les secours nécessaires.
Le traitement des personnes gelées sur la montagne est très-simple ; il consiste à rétablir par degrés la circulation du sang. Une longue expérience a appris qu’il faut baigner la partie malade dans de l’eau mêlée de neige, jusqu’à ce que les chairs aient repris de la chaleur et leur couleur naturelle.
Les gorges du Grand-Saint-Bernard sont surtout périlleuses à cause des avalanches qui y tombent fréquemment. Ges éboulements étonnants partent avec la rapidité de la foudre , et il est presque impossible de les éviter. On conseille aux voyageurs d’entreprendre la montagne de grand matin , et par un temps serein ; d’abord parce que la chute des avalanches est plus fréquente lorsque la neige est un peu échauffée par les rayons du soleil , ou ramollie par la pluie , et ensuite parce que l’air est ordinairement plus tranquille le matin que le reste de la journée.
De l’hospice , on descend en G ou 7 heures par la Vault- Pennine à la cité d'^oste. La route est fatigante , parce que la pente de la montagne est beaucoup plus rapide que du coté du Valais. On trouve la frontière du Piémont entre le