‹ Guide du voyageur en ItalieChapitre 99 sur 218 · DE MILAN A BOLOGNE · texte numérisé non relu

DE MILAN A BOLOGNE

venue de Joseph II à Parme; le grand hôpital de la Miséricorde; la grande place du Palais Ducal, plantée de platanes et d’acacias, avec des sièges, et qui présente ainsi une promenade fort agréable ; le Manège , la Giara , lieu commode pour le marché public , et près duquel sont les boucheries; enfin, hors de la ville, le cimetière public, appelé la Villetta , et le superbe pont qui traverse le Taro , construit il n’y a pas longtemps par l'ingénieur Coconcelli : ce pont est formé de 20 arches qui ont 24 mètres de corde sur 6 mètres 00 centimètres de rayon , avec des pieds-droits de 3 mètres; la longueur totale du pont est d’environ 600 mètres sur 8 de largeur, y compris les deux trottoirs.

Parmi les établissements publies, nous indiquerons encore à l’étranger le palais de V Évêché, la bibliothèque du College des théologiens , ouverte à certains jours; différents collèges et autres établissements non moins utiles à l’humanité qu’honorables pour la ville qui les a fondés. En 1843, on a découvert à Parme les restes d’un beau théâtre romain.

Citadelle. — La citadelle de Parme est régulière, mais en trop mauvais état pour être susceptible d’une grande résistance : aussi entre cette citadelle et la ville a-t-on fait une promenade avec des allées d’arbres, qui a près de 585 mètres de long, et qui se joint à une autre promenade, laquelle conduit à la porte St- Michel. Hors des portes de la ville , est une maison de délices de la duchesse actuelle, située sur une hauteur, dans une position charmante, qui porte le nom de Casino de * Boschi . À 9 milles ( 16 kit. V4) hors de la porte qui conduit à Casai- Mag giore , on rencontre un autre château royal de plaisance , appelé Colorno.

La ville de Parme a produit dans tous les temps des hommes célèbres : c’était la patrie de Cassius , l’un des principaux chefs de la conspiration contre César ; d’un autre Cassius , poète, dont parle Horace; de Macrobe , etc. Parmi les modernes, on y compte quantité de poètes et autres écrivains distingués.

Séjour. — Le séjour de Parme est très-agréable, et l’air y est pur; cependant , quoique le climat y soit tempéré, l’élévation du sol et le voisinage des Apennins sont cause qu’on y éprouve quelquefois des hivers rigoureux. Le territoire

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parmesan a été toujours renommé pour ses nombreux troupeaux et la beauté des laines qu’on en retire : c’est ce qui a fait dire au poète Martial :

Tondet et innumeros Gallica Parma greges.

La soie est aujourd’hui la principale richesse de ce pays : elle se vend en trame et en organsin. Les Parmesans ne récoltent pas toujours assez de blé pour leur consommation ; mais ils ont des objets d’échange, des salines considérables, des mines de fer, de cuivre, de vitriol, et des eaux médicinales. Les habitants de Parme sont en général instruits , polis et allables. Pop. 3(1,000 hab.

Livres a consulter. Guida del Forestière al Ducale Museo d'Anlichita di Parmat par Pietro de Lama. Parma, , Carmignani , 1824 , in-8°. — Servitore di Parmo , par Afüo da Busseto. — Storia délia Scultura , du chevalier Cicognara. — Indicazione di alcune celebri Pitlure di Parma , 1 809.

De Parme on peut, en passant par Colorno , maison de campagne délicieuse, et pqr Casal-Maggiore , joli bourg à deux postes de Parme, aller à Bozzolo , et de là à Mantoue ; de Casal-Maggiore à Bozzolo on 'compte une poste et demie.

On va aussi de Parme à Mantoue en prenant par Sorbolo , où l’on passe le pont d’Enza ; Brescello , Guastalla , etc. De Parme à Brescello on compte deux postes, et une seulement de Brescello à Guastalla. On voit toujours la même plaine, dont la beauté semble croître avec la fertilité à mesure qu’on avance. Ce sont des prairies délicieuses, toutes bordées de haies vives , toutes parsemées de vigoureux arbres enlacés de ceps d’une végétation non moins florissante. L’épais ombrage qu’ils répandent et de nombreux canaux d’irrigation entretiennent partout, avec la verdure et la fraîcheur, un printemps presque éternel. On trouve à chaque pas de jolis hameaux entourés de toulfes d’arbres.

Rf.gcio ( Regium Lepidi), ( hôtels : la Poste, le Lis ), sur le Grostolo et le canal de Tassonc , au milieu d’un district fertile et délicieux, est une ville qui renferme 19 mille hab.

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On peut donner un coup d’œil à la Cathédrale , où se trouvent à l’entrée les deux belles statues d’Adam et Ève, et, dans l’intérieur , le superbe mausolée de l'évêque Rangoni , par Prosper Sparo. Il faut voir aussi Y église de Notre- Dame > dite de la Giara , où est un Christ de Guerchin ; on peut aussi voir la chapelle de la Mort , très-remarquable par les peintures qu’on y conserve. Les habitants de Reggio ont de l’esprit et du courage; ils sont adonnés au commerce, qui se soutient au moyen d’une foire qui s’y tient au printemps. On montre aux étrangers une prétendue ligure de Brennus , dans un bas-relief antique, à l’extrémité d’une rue, qui n’est pas cependant un morceau d’antiquité bien remarquable. On prétend que Reggio, plutôt que Scandiano, est la patrie du fameux Louis Arioste , né en 1474. On doit visiter le musée d’histoire naturelle du célèbre Spallanzani, acquis par le gouvernement pour servir à l’instruction publique.

Entre Reggio et Modène , le chemin passe à une lieue de Corrège , jolie petite ville de 4,000 habitants , avec une belle Cathédrale , le Palais des anciens princes, un séminaire et une Bibliothèque ; mais plus connue pour avoir donné la naissance et le nom au fameux Antoine Allegri. Après Bubiera , vieux château fortifié, on passe la Secchia , où l’on voit quelques débris d’un ancien pont romain.

Dans toute la riante plaine de la Lombardie, rien n’est aussi bien planté , aussi bien cultivé , aussi bien bâti que le petit État de Modène. La route est bordée par des files de grands arbres enlacés de guirlandes de vignes qui offrent un spectacle vraiment enchanteur.

Modène ( hôtels : St-Marc , d’Italie) est une ville de 27 mille habitants, située dans une plaine agréable, entre la Secchia et le Panaro. Cette ville est très-ancienne; elle était une des plus belles colonies des Romains.

La ville de Modène est très-bien bâtie; des portiques qui régnent le long des rues mettent à l’abri du soleil et de la pluie, ce qui est fort commode pour les gens de pied : la grande rue, strada Maestra , est décorée de beaux édifices.

Palais.— Le palais ducal , d’une architecture à la fois élégante et majestueuse , est d’autant plus remarquable , qu’il

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est isolé, situé sur une grande place et dans le quartier & plus fréquenté de la ville. La cour est vaste et environnée de colonnades qui produisent un grand ellèt. L’escalier, le salon principal, les appartements , un cabinet revêtu de glaces et de dorures, tout annonce la magnificence et répond à l’idée que l’extérieur a pu donner des décorations du dedans. Ce palais renfermait jadis des richesses d’un autre genre; c’était une prodigieuse quantité de tableaux des plus grands maîtres de l’art ,* mais une partie de ces tableaux fut vendue au roi de Pologne. Cependant la galerie qui existe aujourd’hui renferme encore de grandes richesses en tableaux de grands maîtres de l’école italienne. Cette galerie n’est point publique. On visitera la Casa delta Carilà , où sont rassemblées beaucoup d’antiquités décrites par D. Celestino Cadevoni (1); les archives de la cathédrale, où sont rassemblés des documents de haut prix.

Monuments religieux. — Quoique la ville deModène n’ait qu’une population de 27 mille âmes , on y compte 51 églises ou chapelles , qui n’ont cependant rien de bien remarquable. La Cathédrale est d’un assez mauvais gothique : elle reuferme néanmoins un tableau qui mérite d’étre vu ; c’est une copie de celui du Guide, représentant le I\'unc dimitlis . La tour de cette église, appelée la Guirlandina , est de forme carrée, isolée, tout en marbre, et l’une des plus élevées d’Italie : c’est au bas de cette tour qu’on conserve le vieux seau de bois qui fut un des trophées que les Modénois enlevèrent sur les Bolonais , et qui a fait le sujet de la Secchia Jiapita , poème héroï-comique du célèbre Tassoni. L* Église San-Giorgio a un défaut, c’est d’étre trop jolie; elle a presque l’air d’une salle de bal. Les autres églises deModène sont, comme la plupart de celles d'Italie, riches d’ornements, de tableaux , de colonnades de marbres de différentes espèces; mais le grand, le majestueux, le sublime ne s’y montrent que rarement.

La bibliothèque contient environ 100 mille volumes, parmi lesquels est une suite d’éditions très-rares. Les manuscrits

(i) Voyez, Museo fapidario Modcnese , de M. Malmuso. Modèuc , i«ïO. — Oglio J. l’rcgi, del Reaîc Palazzo, Modènc, mi.

sont au nombre de 3,000; parmi ces derniers on cite un évangile du vin* ou du ix° siècle, et un recueil de poésies provençales du xm* siècle , de Ferrari de Ferrare , etc.

Le cabinet des médailles, annexé à la bibliothèque, contient une collection fort riche de médailles grecques, sans les 26.000 médailles antiques. L’ Université est assez renommée. Il y a aussi à Modène un Collège où Ton élève la jeune noblesse. Le Théâtre est bien décoré ; il ressemble en quelque sorte aux amphithéâtres des anciens. La Citadelle n’est plus rien; on la fait servir aujourd’hui à des objets plus utiles : on y a établi des manufactures de draps grossiers , des toileries, des cordcries, où sont employés un nombre* considérable de condamnés. La seule promenade de la ville, comme dans presque toute l’Italie, est la Slrada del Corso , ou le rempart. U Hôpital des Enfants- Trouvés et celui des Malades sont deux édifices modernes et assez beaux.

Modène est la résidence du duc, le siège des tribunaux supérieurs et de toutes les administrations civiles et militaires.

Le canal artificiel qui de Modène va au Panaro, et de cette rivière au Pô, établissant une communication avec la mer Adriatique , est très-avantageux à cette ville , qui , ù cause de sa localité, est devenue un entrepôt des plus importants.

Sous le sol de Modène est un bassin souterrain rempli d’une eau aussi saine que pure , et qui est la source des puits qu’on trouve en très-grand nombre dans la ville et dans les environs; ces puits n’éprouvent aucune diminution, pas meme dans les plus grandes sécheresses. Le réservoir de l’eau est à plus de 36 mètres sous terre, et il' fait les fonctions d'un vaste puits artésien , car il alimente d’une manière naturelle toutes les fontaines de la ville.

Moeurs. — On a dit que les habitants deModène sont trèsgais , et même un peu pantomimes ; qu’ils aiment beaucoup le plaisir, et qu’ils sont bons maris, quoique leurs femmes passent pour être assez coquettes.

A Modène, les personnes d’un certain rang s’habillent comme en France; les bourgeoises portent le zendado , espèce de voile qu’elles laissent flotter, et quelquefois entr’ou-

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vert de manière qu’on puisse voir leur figure. Les paysannes ont sur leur tête des mouchoirs de mousseline.

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