ROUTE XXXVIII
de MILAN A BOLOGNE,
Par Plaisance, 18 p. V2» 37 1.
Marignano,
Lodi,
Casai- Pusterlengo, Plaisance,
Firenzuola,
Borgo-San-Donnino,
Castei-Guelfo,
1 p. V2 î Parme,
1 xp+ Saint-Hilaire,
1 V2 Reggio,
2 Rubiera,
2 Modène,
1 La Samoggia , 1 Pologne,
La partie du Milanais qu’on traverse en prenant la route de Bologne est très-riche et de la plus grande fertilité: partout des champs, des canaux d'arrosage , des haies vives, des treillages vigoureux, des arbres de toute espèce; aucune jachère ne frappe la vue. La route est superbe; de nombreux et beaux villages ajoutent à la beauté de la campagne.
C’est particulièrement depuis Lodi jusqu’à Plaisance que l’on voit ces vastes prairies où se fabrique le fromage de Parmesan. La race des vaches y est en général belle ; elles sont presque toutes tachées de noir et de blanc. C’est là qu’on entend pour la première fois le chant rauque de la cigale, dont plusieurs poètes anciens ont fait un grand éloge.
Hors de Cas air Pusterlengo à Mariano , on trouve une route de poste qui conduit à Mantoue par Crémone. C’est la grande route de Milan à Venise . A l’est de Lodi* est une autre route qui , par Crème , Brescia et Vérone , mène à Venise. Il y en a aussi une troisième qui mène à Pâme.
En poursuivant par Casal-Pusterlengo , on ne rencontre rien qui mérite d’être observé; mais le chemin jusqu’à Plaisance est commode , et toujours au milieu d’un pays riche et fertile.
La Rossa , petit village peu éloigné de Plaisance, situé
CUlirE En itaue.
presque sur les bords du Pô, est aux contins de la Lombardie autrichienne.
Plaisance {hôtels : St-Marc, d’Italie, la Croix-Blanche) est très-agréablement située sur la rive droite du Pô, dont les eaux jaunâtres ont beaucoup de ressemblance avec celles du fleuve qui arrose la Touraine» Elle est enceinte de remparts qui servent aujourd’hui de promenade. Toutes les habitations, les églises et les palais, qui sont, assure-t-on, au nombre de cent , sont en briques. Lorsqu’on parcourt Plaisance, on se croirait plutôt dans les détours d’une citadelle du moyen-âge que dans les rues d’une ville. Le dehors des maisons est grave jusqu’à inspirer de la tristesse , et le peu d’habitants qu’on y rencontre donne à quelques quartiers l’aspect d’une ville dépeuplée. La grande place est le seul endroit où l’on trouve un peu de vie et de mouvement. Là est le palais ducal, fort simple; en face la Podesteria (mairie), monument gothique assez singulier, et aux extrémités duquel on voit les deux statues équestres de Rannucolo et ôl Alexandre Farnèse. Les têtes sont passables; mais le reste, et surtout les chevaux, sont très-mauvais, ainsi que les bas-reliefs et les ornements qui sont sur les piédestaux.
Monuments religieux.— -La Cathédrale q st d’architecture gothique et n’a rien de remarquable. Son intérieur est orné d’une foule de peintures assez médiocres, et ce n’est que dans la coupole que l’on trouve des ouvrages de Guerchin et des figures de Louis Carrache. 11 est extrêmement difficile , pour ne pas dire impossible, de jouir des détails de celte coupole , même avec une lorgnette. On fait voir encore dans cette église deux tableaux, l’un du chevalier Landi , représentant Jésus sur le Calvaire; l’autre, de. M. Cammucini, la Présentation au temple : le premier est fort de couleur et d’expression, et pauvre de dessin; l’autre offre une ordonnance de composition belle et simple, une couleur vraie quoiqu’un peu grêle, et fait honneur à l’école moderne d’Italie. Les autres églises sont : Saint-François , édifice noble et simple; laMadonna délia Campagna , d’un style remarquable, et renfermant de belles peintures de P or de noue et de Sogliano ; Saint-Giovanni, avec deux tableaux
de grande dimension , dont l’un est de Lundi , et l’autre de Cammucini ; Y église $t-Sixte, belle architecture. Eli général , les églises de Plaisance , brillantes de ce luxe dont on est si prodigue en Italie, fourmillent d’ornements de mauvais goût et de tableaux assez médiocres. C’est l’architecture extérieure qui frappe d’étonnement.
Hors la porte San-Lazaro on va voir le beau collège Albcroni , à un mille, et le beau pont sur la Trebbia , de 22 arches. Le palais Farnèse , de l’autre côté du Pô, est un monument massif qu’on prendrait pour une prison ruinée *. ce monument n’a jamais été achevé. Pop. 30,000 habitants.
La route que nous suivons en quittant Plaisance est l’ancienne voie Emilia , construite environ 600 ans après la fondation de Rome, par Émilius Lépidus. Toute la route , jusqu’à Rorgo-San-Donnino, est couverte de beaux villages.
Borgo-San-Donnino est un petit endroit où l’on remarque un hôpital magnifique et des habitations qui passeraient pour des monuments dans une ville de France. L’auberge est vaste et spacieuse , et ornée de peintures à fresque et d’arabesques charmantes.
Avant d’entrer à Parme , on traverse , sur le Tare , un pont magnifique que Marie-Louise a fait construire. Il est en ligne droite, percé de 20 arches, entre lesquelles on a pratiqué 18 grands yeux pour offrir moins de résistance au torrent. A chaque extrémité du pont sont deux escaliers majestueux qui conduisent au bord de l’eau. Le travail souterrain est fort beau.
Parme (hôtels : la Poste, le Paon, l’Écrevisse) est en général bien bâtie : ses rues sont droites , larges et décorées de beaux édifices; elle est en outre pourvue de fontaines et d’aqueducs pour la conduite des eaux. Mais les principaux objets pour lesquels les étrangers s’v arrêtent ordinairement, sont les chefs-d’œuvre de trois peintres célèbres, savoir : du Corre'ge , du Parmigianino et de Lan franco , qui ont enrichi de leurs ouvrages la plupart des églises et des bâtiments publics et particuliers de cette ville.
Monuments religieux.— La cathédrale, il Otmmo, est un
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vaste édifice de style gothique , remarquable par sa coupole, dont les peintures, quoiqu'un peu dégradées, passent pour le plus bel ouvrage du Corrége : elles représentent Y Assomption de la Vierge au milieu des anges et des saints ; la chaleur de l'imagination et la hardiesse des raccourcis y sont portées au plus haut point. On voit dans la même église les tombeaux du célèbre Adéodal Turchi , évêque de Parme; de Jean-Baptiste Bodoni , qui le premier porta en Italie le mécanisme de l'art typographique à un haut degré de perfection , et d' Ange Mazza , le chantre de l’harmonie, mort en 1817 dans sa soixante-seizième année. On y remarque aussi un mausolée consacré à la mémoire de Pétrarque, qui fut longtemps archidiacre de la caihédrale. Du reste, ce temple, ainsi que le vaste souterrain décoré de colonnes, qui est au-dessous , sont en outre ornés de sculptures, de tableaux et d'autres fresques de grand prix. Le Baptistère , à côté de la cathédrale, est un riche édifice octogone construit en 1190, tout en marbre de Vérone, par Antelami , sculpteur et architecte; dans l’intérieur on voit plusieurs colonnes précieuses, deux entre autres de granit oriental, diverses peintures antiques qui ne sont pas sans mérite, et un tableau de Lan franco, représentant Si Octave tombant de cheval ; la grande cuve de J’eau bénite, au milieu du temple, est d’un seul morceau de marbre véronais du xmf siècle. St-Jgan-I.'Ëvangéliste, ancienne église des Bénédictins , placée à l'extrémité du faubourg de Iliolo , est enrichie de bons tableaux parmi lesquels on distingue une belle copie du St Jérôme ù u Corrége , faite par Aretusi , et une autre copie de la fameuse Nuit du même peintre , tableau qui est maintenant dans la galerie royale de Dresde. Les superbes peintures de la coupole de cette église, représentant J.-C. montant au ciel , sont pleines de hardiesse et d'expression , et d’une rare beauté de composition et de coloris; ce fut le premier grand ouvrage du Corrége , qui les exécuta à l'âge de 20 ans. Le même artiste peignit en clair-obscur les ornements qui décorent la voûte du sanctuaire, et donna les dessins des figures et des enfants en bas-relief qui embellissent la frise de la corniche , ainsi que les candélabres que l'on voit sur les chapiteaux des pilastres tout le long de
l’église. Les arcades des chapelles du Si-Crucifix et de Ste- Gertrude sont enrichies de fresques du Parmigianino. Dans une lunette, au-dessus d’une petite porte qui conduit au couvent attenant à l’église, on admire un St Jean évangéliste du Corrige', et, dans le couvent, on pourra voir, en face de la porte du réfectoire d’hiver, dans une espèce de niche , un joli groupe de petits enfants du même peintre, fresque malheureusement très-endommagée. On remarquera en outre, dans un corridor du couvent dont nous parlons , quatre belles statues en stuc , modelées par le célèbre Antoine Begarelli de Modène. L’église des Nouvelles Capucines fut élevée en 1569 sur un dessin de Jean- François Testa. Cette petite église est riche et élégante, et couronnée d’une coupole dans laquelle Jean-Baptiste Tinti peignit, nvec la grâce qui lui était ordinaire, Y Assomption de la Vierge. L’église des Capucins, qui appartenait aux Templiers, possède une Conception de J. -B. Piazetta , deux beaux tableaux de Lionel Spada , qui sont dans le chœur , représentant deux miracles de St Félix ; deux tableaux d’Annibal Caracci , grand imitateur de Ja nature, dont le sujet est Si Louis et S te Élisabeth , et plusieurs autres morceaux dignes de l’attention des amateurs. L’Annonciade est une église d’une forme assez singulière, qui se compose de dix chapelles en ovale dirigées vers le même centre : on y remarque une Annonciation du Corrége, peinte ù fresque, et qu’on y a transportée en sciant le mur, mais qui est trèsendommagée. L’église de l’ancien couvent de St-Paul sert maintenant à l’usage de la cour, et est dédiée à St I,ouis. Dans . une des chambres du couvent actuellement supprimé, i 'amateur pourra voir la fameuse fresque du Corrige, représentant le Triomphe de Diane, avec divers petits Génies qui portent des instruments de chasse, et autour du tableau des compartiments en clair-obscur d’un effet surprenant. L’église de Sainte-Thérèse est entièrement peinte à fresque par Ga léotti ; ces peintures représentent les fastes de la sainte titulaire, et montrent le génie plein de feu de l’artiste qui les exécuta. La Ma donna della Stëccata, attribuée au Bramante, mais construite réellement, en 1G39, par l’architecte Jean-François Z accagna, est la plus belle église de Parme .
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Cependant les marbres et les dorures qui l’enrichissent cèdent au nombre et à la beauté des peintures à fresque et à l’huile dont elle est décorée : on admire , entre autres ouv rages d 'Anselmi, de Jérôme Mazzola , de Tiarini , de Sojaro , de Franceschini , et d’autres peintres célèbres, trois Sibylles sous l’orgue, et sous une arcade voisine un Moïse y avec un Adam et Eve en clair-obscur, peints par le Parmigianino . L’église de la Trinita-Vecchia possède aussi de belles fresques, une entre autres qui représente St Rock et St Antoine de Padoue , et une S te Vierye en adoration devant l’enfant Jésus , avec St Jean-Baptiste et St François , de J. -B, Srotti , surnommé Molosso. On voit en outre dans cette même église diverses inscriptions en l’honneur de plusieurs hommes, illustres. 11 serait trop long de nous arrêter aux autres églises de Parme y mais nous pouvons assurer qu’elles présenteront toutes aux yeux de l’amateur plus ou moins d’objets dignes de son attention.
Palais. — Le palais Far nés e , autrement dit. la Pilottay est un assemblage de grandes masses de bâtiments qui attendent encore la inain de l’architecte ; mais, lorsqu’il sera terminé, il pourra être compté parmi les beaux édifices de Parme . On y voit V Académie des beaux-arts, à laquelle la France a rendu différents tableaux du Corrègey qu’elle lui avait enlevés : tels sont la Madone de V Ecuelle y une Descente de Croix , le Martyre de St Placide , tous ouvrages du Corrège , et le chef-d’œuvre de ce peintre divin , le précieux tableau représentant la Vierge'et V Enfant Jésus avec sainte Marie- Madeleine , saint Jérôme et deux anges : rien n’approche de la beauté du coloris de cet ouvrage admirable. On remarque dans le même endroit d'autres superbes tableaux de Raphaël , du Parmigianino , de J'rancia , de Lanfranco , des Mazzola y des Caracci , du Schidone y du Conegliano , éé Anselmi , du GuercinOy de Rondani , du chev. del Cairoy d ' Amidanoy du Procaccinit du Cignani , de YEspagnolet , etc.; plusieurs statues anciennes de grand prix , entre autres un Hercule et un Bac chus en basalte de grandeur colossale, et d’autres tableaux d’auteurs modernes , couronnés à l’exposition qui a lieu toutes les années dans cet etablissement. Au fond de la
galerie de r Académie des beaux-arts , s’élève une statue colossale en marbre représentant Marie-Louise, par Canova.
Au massif palais Farnèse est adossé un édifice d’une grande simplicité , c’est la demeure de Marie- Louise. L’une des salles de ce palais renferme le riche berceau de son 111s, la toilette et les meubles magnifiques qui furent donnés par la ville de Paris à l’épouse de Napoléon. Le Musée , contigu à l’Académie, est riche en bronzes, en inscriptions, etc., monuments trouvés la plupart dans le Plaisantin , en fouillant auprès de Velleja ; on y remarque surtout la fameuse Table Trajane . La Bibliothèque publique , en face de l’Académie, occupe deux vastes galeries qui se suivent, et contiennent plus de 80 mille volumes et 4,000 manuscrits, outre une bonne fresque du Corrège. Parme a aussi une Université établie dans un ancien collège des Jésuites , et qui s’honore d’avoir possédé des savants distingués : on y trouve réunis un amphithéâtre anatomique, un laboratoire de chimie, un cabinet d’histoire naturelle, un observatoire pour l’astronomie et un cabinet de physique ; elle est fréquentée par environ 500 étudiants. Le jardin botanique est établi dans un autre quartier. Le collège de Sainte-Catherine, ou des Nobles y est dans son genre un des plus beaux établissements qu’on puisse voir : on y remarque de bonnes peintures de Lan franco , de Lionel Spada , de Fr. String a , et de Bibiena , un petit théâtre , et un plan de fortification d’attaque et de défense , exécuté en relief sur une longueur de plus de IG mètres , par l’ingénieur Parcher d’ A ub encourt , directeur des plans de la galerie du Louvre
à Paris.
Théâtre. — Le théâtre Farnèse, dans le palais du même nom, est un des plus beaux qu’il y ait en Italie. Il a 315 mètres de long, 30 de large , et l’avant-scène est décorée de colonnes corinthiennes de 20 mètres de hauteur ; il peut contenir environ neuf mille personnes. Le plan en a été tracé avec beaucoup d’intelligence par l’architecte J. B. Aleotliy sous le règne du duc Ranuce Farnèse /; et il n’a pas le défaut ordinaire des autres théâtres d’Italie , où une partie des spectateurs est condamnée â ne rien voir : le pourtour delà salle, qui est de forme semi-circulaire, a 14 rangs
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de gradins à la manière des amphithéâtres romains ; de sorte que non-seulement tout le monde y peut jouir du spectacle, mais du fond même du théâtre on entend parfaitement tes sons les plus faibles comme les plus aigus. Il existe un autre théâtre moins grand près du Palais Ducal; et la munificence de S. M. Marie-Louise, duchesse actuelle de Parme , à laquelle ces États sont redevables de deux ponts magnifiques sur Je Taro et sur la Trebbia , a voulu orner sa capitale d’un troisième théâtre qui , sous tous les rapports , est un des plus élégants d’Italie : ce bel éditice a été achevé sur les dessins et par les soins du célèbre architecte JYicolas Bettoli de Panne : le chevalier Paul Toschi , graveur et directeur de l’Académie des beaux-arts, co a surveillé les ouvrages de peinture et les ornements intérieurs.
L’amateur visitera encore avec plaisir les édifices suivants, savoir : le palais Sanvilale , qui contient une riche collection de dessins du Parmigianino , une galerie de tableaux des meilleurs peintres anciens et modernes, et une belle bibliothèque, outre un petit théâtre construit en bois, qui sert à l’usage du public, mais qui n’est pas ouvert tous les jours; le collège Lalalla , orné de fresques de Gambara ; le palais Pallaviciniy qui possède des peintures superbes de Galeottif du Tempestay etc. ; le Palais Ducal , appelé aussi Palazzo Giardino , dans l’intérieur duquel on admire des stucs , des tapisseries de la fabrique des Gobelins, et une chambre enrichie de fresques d'Augustin Caracci et de Cignani; Je délicieux jardin contigu , qui est tous les jours ouvert au publie. Comme ouvrages d’architecture, nous citerons lé palais Corradi , élevé sur les dessins de Rosselti ; la petite et élégante maison Cusani de Vignola , gâtée cependant par Je temps et par les réparations qu’on y a faites; le palais Poldi , ou du Duc Grillo , tout en bossage, mais encore imparfait; la porte de Sl-Michely attribuée à Sammicheli-r Yarc de triomphe à un demi-mille hors de la ville , appelé Portone di S.-Lazaro; la façade de Y église de la Madone des Grâces ; le palais de la Commune , construit d’après les dessins de ,/,-ZL Magnani ; celui du Gouvernement , sur la grande place, qui est elle-même décorée d’un monument en marbre, élevé pour perpétuer la mémoire de la