‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 34 sur 95 · IL. A. ROCA · texte numérisé non relu

IL. A. ROCA

9 Ml. d'ArgelèS; '.'.) kil. de Céret, 33 Ml. de Perpignan.

Une route large, bien entretenue relie Sureda et LaRoca (1,168 hab.)

'1 ne reste que des ruines du vieux Château féodal c l'ù appartint à Pons Hug, comte d'Empurias, petit- ' us et héritier d'Alamanda de La Roca et de Ramon (1 ° Vila de Muls (1253).

A l'origine, cette seigneurie ne comprenait guère lue des manses dispersées et un certain nombre de Petits hameaux. Mais une population importante s'é-

tait ensuite groupée sous les murs du château seigneurial et était parvenue à se mettre à l'abri derrière les murs d'une calera, c'est-à-dire d'une enceinte fortifiée qui embrassait tout le village. Ici, comme ailleurs , l'entretien des fortifications communales était à la charge des habitants écrasés déjà par d'autres contributions (*).

C'est dans le château de La Roca que se réfugia le premier roi de Majorque quand Pierre III, son frère, vint avec une poignée de chevaliers le surprendre dans Perpignan pour l'empêcher de se liguer contrelui avec Philippe-le-Hardi (1285).

L'église du village avait été fortifiée au Moyen-Age et était reliée aux murailles du château. Le retable du maître-autel, tout en bois doré et sculpté, est fort beau. Les cloches sont de 1407, 1426 et 1439.

Sur la montagne, à un quart de lieue du Roc nu Midi (879 m. d'altitude), on trouve un beau dolmen connu dans le pays sous le nom de Balma del Moro (Dalle du Maure). Une source jaillit tout près de ce monument mégalithique où l'on arrive par une pente douce, recouverte d'un beau pavé en grandes dalles que la mousse et le gazon cachent toute l'année.

Dans les environs, le pâtre montrera au touriste deux ou trois grottes qui ont été longtemps, dit-il. habitées par les fées.

De la place où s'élève la Balma del Moro la vue se repose agréablement sur la plaine du Roussillon.

Toute cette partie de l'Albera ( ! ) est encore assez

(1) Voyez B. Alart, Privilèges et Titres etc., première partie, pages 20S-206.

(2) On dit aussi les Albèrts, en français.

bien boisée et le botaniste pourra herboriser à son ais e dans une belle forêt de hêtres et de chênesverts.

A un quart-d'heure au sud du village jaillit une source appelée Font del Aram (Fontaine du Cuivre). ^ e au est de la même famille que celle de la Font Agra de Sureda. Sa température est de 15°62. Elle SUr git de la montagne qui forme la rive gauche de la riv ière en cet endroit. Elle est moins abondante que Ce Ue de Sureda : seulement on voit, çà et là, plu- Sle urs écoulements qui, réunis, donneraient encore ^" e quantité d'eau assez considérable.

Le site est délicieux et on y vient de tous côtés à a belle saison. D'ailleurs, tout le vallon est couvert arbousiers, de châtaigniers, de peupliers, de vignes Rivages qui s'entrelacent avec les clématites et les 'erres pour tapisser les escarpements, pour ainsi dire Slls pendus au-dessus du torrent.

kil. fi'Argelès, 18 kil. de Ciret, 20 kil. de Perpignan.

Nous descendons à Saint-Genis par un chemin "ge et facile (4 kil.), laissant à notre droite l'ermi

lar

a ge de Notre-Dame de Tanya. Nous apercevons Jle ntôt un massif de pins parasols du plus bel aspect ^ des touffes de lièges, puis les premières maisons f e Saint-Genis-des-Foretowes.

Le village est un des points les plus agréables de c ette magnifique vallée du Tech. Il doit son nom aux s ources nombreuses qui jaillissent dans ses environs

jusqu'au pied de ses premières maisons.

Lne abbaye de Bénédictins existait du temps des

Carolingiens à Saint-Genis-des-Fontaines , SanetuS Genesius de Fonlanis. Il fut fondé par un homme religieux nommé Sentimirns. C'est ce que constate un diplôme accordé en 819 par Louis-le-Débonnaire à Assaricus, abbé du nouveau monastère.

En 888, il se tint dans cette abbaye un synode où furent cités Selve et Hermemire qui s'étaient injustement emparés des églises d'Urgell et de Gerona, absolument comme Udalgar le fil des biens du chapitre d'Elne.

On raconte que le monastère de Saint-Genis fut détruit par les Normands et reconstruit en 981, sous le gouvernement et .avec l'aide de Gausfred, premier comte de Roussillon. En l'an 1000, on y tint un nouveau synode ou concile provincial présidé par Aymeric, archevêque de Narbonne. En 1507, le pape Jules II, à la prière du cardinal Bernardin, ordonna que l'abbaye de Saint-Genis serait unie à celle de Montscrrat, en Catalogne, et qu'à l'avenir elle serait gouvernée par des abbés nommés pour trois ans. conformément à la règle de la congrégation de Valladolid. Ce système d'administration dura jusqu'en 1659, époque où le Roussillon ayant été cédé à la France par le traité des Pyrénées, l'abbé de Saint-Genis, institué par l'abbé de Montserrai. fixa sa résidence au monastère de ce nom, laissant le gouvernement de l'abbaye à un vicaire. Cet état de choses persista jusqu'en 1684. Peu après elle fut définitivement réunie à celle de Monserrat (*).

(1J Pour quelques établissements religieux du diocèse d'Elne, voyez les Noies du tome iv de l'Histoire générale de Languedoc, édition Privât, Toulouse 1876 et suiv.

Les moines de Saint-Genis ayant nommé un abbé sa us le consentement de leur supérieur de Montserrat, le grand-conseil cassa l'élection (1724). De Plus, ce grand-conseil reconnut à l'abbé du Montserrât le droit de nommer, tous les trois ans, les alj l>és de Saint-Genis, pourvu qu'ils fussent français et choisis parmi les religieux profès de l'abbaye.

L'église de l'ancien monastère existe encore et Sei 't à la commune pour les besoins du culte. C'est Ul » des plus beaux spécimens de notre architecture r °niane.

Le linteau de la porte surtout est remarquable. C'est un monolithe de 2 m 20 de longueur sur m 70 de largeur moyenne. La différence de hauteur entre 'es deux extrémités de la pierre est très-sensible à ' eeil ; la pierre a donc la forme d'un quadrilatère Régulier. Au centre est assis Dieu le Fils, barbu, P'eds-nus, couronné du nimbe crucifère, bénissant ( 'e la main droite et la main gauche appuyée sur un hvre fermé que soutient le genou. L'auréole perlée c hh l'environne est formée par deux cercles inégaux lui se coupent et sont raccordés aux points d'intersection par une touffe de feuillage. Deux anges agenouillés la soutiennent. De chaque côté sont trois ar cades en plein-cintre logeant des personnages tètes-nues et drapés dans des robes aux larges plis. Une guirlande de feuillages courants encadre tout le Su jet. Immédiatement au-dessus de la bordure supé- Vl eure se développe, sur deux lignes, une inscription ( l u i est interrompue au milieu par le grand cercle de l'auréole qui touche à cette bordure. L'inscription est gravée en creux tandis que tout le reste est en ''elief plat de l'époque.

La voici :

3fc-

Anno viDEsmo (pour t^enmoj qvarto, régnante

ROBERTO REGE, WIUEU1VS GRATIA DEI ABA (pour (Mas) ISTA OPERA FIERI JVSSIT IN ONORE (pour honore) SANCTI

GENEsn ove (pour quem) vocant fontanas, c'est-à-dire, l'an 24 du roi Robert, Guillaume par la grâce de Dieu abbé a fait faire cet ouvrage en F honneur de Saint-Genis qu'on appelle les Fontaines.

C'est donc à l'année 1019 ou 1020 que remonte la construction de la porte actuelle de l'église de Saint- Genis.

A droite et à gauche de cette même porte, dans le revêtement du mur, sont encastrées plusieurs pierres dont l'mscription constate des obiit.

L'église a la forme d'une croix ; sa nef unique est terminée par une abside à chevet hémisphérique flanquée clans chaque transept d'une abside secondaire.

^ A droite, en entrant, on voit le bénitier qui, à l'instar de celui de Saint-André, se compose d'un fût de colonne fiché en terre et d'un joli chapiteau roman sur lequel repose la cuvette.

On remarquera, appendu au mur de gauche, un tableau aux couleurs sombres représentant Notre- Dame de Montserrat avec cette légende latine : In monte Serrato sedet.

Le Cloître de la vieille abbaye bénédictine existe encore mais il est défiguré et occupé par des constructions modernes. Les arcades des galeries sud-est et nord ont été murées; de la galerie ouest, il ne reste que trois arcades dont une donne accès dans le préau.

Dans la galerie du sud qui sert aujourd'hui de cave à huile, nous avons pu lire, à la lueur d'une

9Mt*

lampe, et grâce à la complaisance du propriétaire, trois inscriptions dont l'une, l'épitaphe de l'abbé Gausbert mort en 1234, ne comprend pas moins de dix-neuf vers hexamètres. On remarquera dans la même galerie une tombe qui, dit-on, n'a jamais été ouverte. C'est le sarcophage de Guillaume II, rhbê du monastère.

Le clocher abbatial couronne le centre de l'église, à la rencontre de la nef, de l'abside et des transepts. L'une des cloches porte la date de 1451.

Le territoire de Saint-Gews est très- fertile. 11 peut, sans tenir compte des nombreuses sources qui jaillissent de tous côtés, il peut puiser encore au Canal de FAlbera, au Canal de Palan et à la rivière de La Roca. Le blé, le seigle, tous les légumes du Pays y -viennent avec facilité. La vigne y donne un Vin excellent et les oliviers une huile de premier choix.

Au sortir de Saint-Genis nous reprenons la route départementale que nous avons quittée à Saint- André, e t nous nous dirigeons vers le Volô en infléchissant vers les montagnes de l'Albera.

Nous voyons à notre gauche (2 kil.) Vilallonga- Déls-Monts et plus loin (2 kil. de la route) Montesqui'u avec les ruines de son château.

On verra au cimetière de Montesqui'u la pierre bimulaire d'un certain Pierre Bergonyas qui ressemble tout-à-fait à celle de Pierre Casells qui est au Volô.

Non loin de Vilallonga-dels-Monts (Villelonguedes montagnes) est un endroit qu'on appelle le Vilar. Des chanoines réguliers de Saint-Augustin y avaient fondé de bonne heure un monastère dont le chef porta le titre de Prévôt. A l'ombre de ce monastère

avait pris naissance un hameau qui, jusqu'à l'abolition des lois féodales, avait eu son seigneur particulier avec toute justice : c'était le Prévôt de N D dé Vilar.

Le Pic Saint-Christophe s'élève au-dessus de Montesqm'u : son altitude est de 1001 mètres. De ce point la vue s'étend sur. tout l'Ampurda et embrasse toute la plaine du Roussillon avec ses villages, ses chemins de fer, ses routes, ses rivières bordées d'arbres et de prairies, ses jardins, ses vignes semées sur les coteaux et ses montagnes.

Le Pic Saint-Christophe est dominé par le Pic de VAuretta (1030 m. d'alt.) et par le Pic Néulos (neigeux) qui est à 1357 m. d'altitude. C'est le point culminant de l'Albera. Quant au Pic des Trois-Termes, au nord du Pic de l'Aurella et au sommet du Coll de VOullat (frontière d'Espagne), il offre un des sites les plus imposants des Pyrénées orientales.

On voit, en effet, de là, les trois chaînons de l'Albera, séparés par des vallées remplies d'arbres, rayonner vers trois points de l'horizon. Au N. le Bois noir, peuplé de taureaux sauvages, cache l'origine du vallon de La Roca, au-delà duquel s'étendent les plaines du Roussillon ; à l'O. le Ravin de Rom se dirige du côté du Pertus et des Cluses ; au S. le Llobregat descend vers la Jonquera. Plus loin apparaissent les campagnes de la Catalogne; à l'E. s'arrondissent les rivages de la mer en deux arcs immenses ; à gauche, le golfe du Lyon, à droite, celui de Rosas.

La route départementale rejoint la route d'Espagne à quelques minutes du Pont du Volé.

Page 1