‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 6 sur 95 · LECTOR ORA PRO ME · texte numérisé non relu

LECTOR ORA PRO ME

L'an du Seigneur 1385 est mort le noble seigneur de So, chevalier et vicomte d'Evol. Que son âme repose en paix; Amen. G lecteur prie pour moi !

Non loin de l'ancienne Université, à l'E. et sur un bastion, le plus élevé et le mieux fortifié de la place, se trouve I'Église Saint- Jacques. Elle est précédée d'un terrain vague qui a longtemps servi de cimetière. Comme bien d'autres, ce cimetière était entouré de niches ogivales qui servaient de sépultures aux principaux citoyens. De ces niches, il n'en reste que deux et l'une contient aujourd'hui une grossière statue de saint Jacques portant la gourde. C'est en cet endroit que le notaire Pasqual vit, pendant le siège de 1642, des soldats allâmes brouter l'herbe comme de vils animaux.

Il est question de l'église Sant-Jaume, ainsi qu'on l'appelle en catalan, dès l'année 1244. Probablement elle fut construite par l'ordre du roi Jacques 1" d'Aragon, comme l'indique son vocable.

Au point de vue architectonique, elle n'offre rien de particulier, sinon qu'elle se compose de deux

(1) Les ruines du château d'Évol sont à 3 kil. d'Oleta, dans le troisième arrondissement. Voyez plus loin : De Yillefraiiche à Mont-Louis.

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parties de style différent. L'une, l'église primitive, de style gothique ou ogival, l'autre qui est l'ancienne chapelle de la Saneh, de style roman.

^ Le maître autel de l'église proprement dite n'offre rien de particulier. Dans le transept de droite, la Chapelle de la Vierge possède un beau rétable du xv e siècle bien supérieur, pour l'exécution, à celui de l'autel Saint-Pierre qu'on voit à l'église S'Jean. La statue de la Vierge est placée dans la niche centrale qu'entourent des tableaux dorés de pleinrelief, sous dais à jour, relatifs à la vie de la mère de Jésus-Christ. Dans cette même partie du transept, à l'autel du Rosaire, on voit un autre retaille formé de hauts-reliefs en bois peint et doré.

Dans le transept de gauche nous trouvons une Cène de Gamelin et, dans la chapelle des Ames du Purgatoire, Le supplice des Machabées, d'un autre peintre languedocien qui travailla beaucoup en Roussillon, Rieudemont.

Au fond de l'église est suspendu le beau tableau dit de la Trinité qui a jadis appartenu à la chapelle de La Loge de Mer. Il fut transporté à Saint-Jacques lorsque la Loge fut convertie en salle de spectacle (1752). Il est peint en détrempe et porte la date de 1489. On y voit la Loge de Mer telle qu'elle était au xv c siècle, époque où la partie qui touche l'Hôtel de Ville n'existait pas encore. Dans les nuages apparaît un prélat qui bénit une flotille. Ce prélat est apparemment Saint-Olaguer, archevêque de Tarragone et évêque de Barcelone, que les marins catalans invoquaient autrefois contre les Maures dont il passait pour être la terreur. Le sujet qui est au-dessus repi'ésente Dieu le père soutenant une

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croix en forme de T à laquelle est attaché Dieu le fils.

La chapelle consacrée au Sang de N. S. était entretenue par la Confreria de la Sanch ou de la Santa Sagrada. Dans cette chapelle, bénie le 17 mars 1742 par l'évêque d'Elne Jean Llanta, se voient deux tableaux, deux descentes de croix copiées l'une d'après Rembrandt, l'autre d'après Jouvenet.

De cette chapelle partait autrefois, le Jeudi-Saint, à 9 heures du soir, la procession des Flagellants. On stationnait au milieu des rues pour boire et pour manger et on se livrait à des exercices chorégraphiques si désordonnés, que le Conseil Souverain rendit, en 1777, un arrêté pour faire cesser cette espèce de bacchanale.

Le clocher de Saint-Jacques brûla en 1S45. On le répara quelques années après. En 1846 on le reconstruisit à neuf en le portant à la même hauteur, Cassini l'ayant pris pour un des points de sa triangulation.

De l'église Saint-Jacques nous passons sur la Place du Puig (podium, sommet, hauteur), par la rue Porte de Garni.

L'un des côtés de cette place' est occupé par la caserne Saint-Jacques, laquelle fut construite en 1686 et peut contenir 1.000 hommes environ.

C'est sur la Place du Puig que s'ouvrent tous les ans, au mois de juillet et le jour de Saint-Christophe, les Danses Patronales de Perpignan. Elles ne diffèrent guère plus de celles qu'on exécute dans les autres villes du Midi : les antiques Balls, les Sardanas et les Seguedillas ont émigré dans nos montagnes avec les Juglars qui les jouaient. Peut-être il sera donné

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au touriste de les retrouver un jour de festa major (fête locale) en Cerdagne ou en Vallespir. Céret et Ille possèdent encore des Copias de Juglars.

L'orchestre des Juglars se compose d'un certain nombre d'anciens et grands hautbois, d'une cornemuse (borassa), d'un flageolet (flabiol) très aigu, à trois trous, dont joue le chef d'orchestre, et d'un tambourin (tambori) qui sert à celui-ci pour marquer la cadence. La cornemuse s'est longtemps appelée Borassa d'En Paziols. Par dérision, on lui avait aussi appliqué les noms do Sach dels gemechs (sac des soupirs) et de Criatura verda (l'Enfant vert, à cause de la manière dont se tient la cornemuse, ordinairement recouverte d'un drap vert).

Le mot juglars (jocislœ, joculatores) qu'on donne aux musiciens catalans, on l'appliquait anciennement aux jongleurs ou bateleurs populaires qui erraient de ville en ville et de château en château. Joueurs d'instruments, ils ajoutaient à leur profession de chanteurs et de musiciens, le talent de faire des tours de passe-passe. On est étonné que cette dénomination de jongleur, tombée dans le mépris public dès le temps de Philippe-Auguste, se soit conservée en bonne part chez nos populations.

La sardana et la seguedilla étaient de sortes de chansons dont les Juglars prenaient l'air pour en faire la musique du bail qui était la danse. L'une de ces seguedillas, la Bepa, se chante encore dans les

rues.

Aliont os la Bepa

Que ne triguitant?

Es a la rivera

Ranta '1 damantal ; Où, donc est Joséphine qu'elle tarde tant avenir ? elle est allée laver son tablier à la rivière.

Lo bail, qu'il serait trop long de décrire n'est, au fond, qu'une pastorale mimée; c'est un dépit amoureux à la façon de celui qu'a écrit Molière, avec les paroles en moins et les camadas (sauts) en plus. A un certain moment le danseur qui a fait la paix avec sa compagne, la prend, la soulève sur sa main, droite et la présente à la foule. En ce moment la borassa fait un point d'orgue.

Ordinairement la série des balls s'ouvrait par le contrepas. C'est un balancement grave et mélancolique exécuté par une file de danseurs se tenant par la main. Il se termine par un air vif et très animé sur lequel les danseurs, après s'être séparés, exécutent Yespardanyela ou les aletas qui consistent en un rapide battement du talon autour du cou-de-pied. Les femmes ordinairement no prennent point part au contrepas.

Au coin de la rue d'En Cake qui débouche sur la Place du Puig, on apercevra, encastré dans le mur d'une maison, un tableau de haut-relief bien exécuté et d'un bon style représentant des voyageurs à genoux devant la Sainte- Vierge et portant l'inscription suivante en caractères gothiques :

Lespital dels Uxedors fet lany MCCCCLXVIIII, l'hôpital des tisserands, construit l'an 1469.

On avait lu d'abord dels leprosos au lieu dels Uxedors. Mais la Léproserie qui avait donné son nom au Puig, Puig des Lépreux était au pied de la hauteur, dans le quartier où fut bâti plus tard le couvent de Saint-Dominique. Elle fut démolie en 1537 parce qu'elle gênait les fortifications de la ville et transportée sur un autre point, par ordre de Charles-Quint. Au Puig Saint-Jacques était YAl-Jaïma ou Quartier

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