A.BBAYE I>E SAINT-MICHEL-DE-CUSA
11 y avait, à l'endroit qu'on appelle aujourd'hui les Grâus d'Oleta, un monastère du nom de Saint-André d'Exalada. Ce monastère fut détruit en 878 par u»e catastrophe inexpliquée. Quelques moines seulement échappèrent au désastre.
On croit communément que ce sont eux qui vinrent fonder le monastère de Saint-Michel de Cuxa. H n'en est rien cependant. La vallée de Cuxa possédait, dès 866, un monastère ou plutôt une communauté sous le nom de Saint-Germain, et ce lieu de Saint- Germain ou de Cuxa appartenait à Saint-André d'Exalada. Il faisait partie du domaine ou, pour parler le langage des cénobites primitifs, de la mandre d'Exalada qui était la maison mère, ou la laure. Après la destruction de Saint-André, les moines survivants vinrent rejoindre leurs confrères de Saint-Germain de Cuxa. Quelque temps après, cette dernière maison comptait un personnel de cinquante moines.
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Le testament de l'abbé Protasius, mort sans doute en 879. constate qu'il y avait à Cuxa une biblio- Stèque de trente volumes : c'était beaucoup pour Un e époque si barbare et si reculée.
Ce monastère devint, d'ailleurs, un des plus florissants du pays. L'abbé jouissait des honneurs épisi c opaux avec juridiction quasi épiscopale sur une Quinzaine de paroisses dont il était en même temps Se igneur temporel. Il avait un revenu de 10,000 li- Vl '«s environ. Les places monacales valurent jusqu'à 500 livres, et la plupart des moines étaient Pourvus en outre d'offices claustraux qui rapportent depuis 300 jusqu'à 3,000 livres.
Cette abbaye de Cuxa acquit une si haute réputation de sainteté que plusieurs personnages distingués tinrent y prendre l'habit monastique, entre autres s aint Romuald et Pierre Orseolo qui avait été doge » e Venise.
La situation du monastère est charmante : il est Placé au sommet d'une petite colline au pied de laquelle murmurent les eaux d'un humble torrent ( [U' alimentent les neiges du Canigô : c'est la Binreta °U petite rivière. De tous côtés s'élèvent en amphithéâtre des collines qui s'ouvrent vers l'ouest pour laisser apercevoir, dans toute leifr majesté, les larges flancs et les hautes cimes du Canigô. Personne ne savait choisir un emplacement mieux que les moines. La vie a, pour ainsi dire, disparu de ce délicieux valion où la foule des religieux s'agitait autrefois. De vieux arbres qui ont sans doute abrité les anciens habitants de ces lieux jettent encore vers les deux leurs bras verdoyants. Leur ombre couvre le gazon, mais le moine ne va plus s'y reposer.
^ Vers 1774 le Camérier de l'abbaye, Dom Thomas Saleta, écrivait : « Le monastère de Saint-Michel de Cuxa consiste en une église assez vaste avec une sacristie, une salle capitulaire, une salle pour la bit>li°' thèque des archives et deux grands clochers tout attenant. — Le cloître carré, fort vaste, dont les quatre ailes sont couvertes, la maison abbatiale et son jardin attenant. — Treize maisons affectées au* douze offices et à l'organiste, ayant pour la plupart des jardins, ce qui forme en tout un enclos considérable entouré d'une haute muraille, où l'on « e peut entrer que par deux portes, dont l'une est appelée Porte de l'Abbaye et l'autre la Porte du Monastère (*). »
Cette belle abbaye de Cuxa, cet admirable monument roman est en ruines et il est bien difficile de reconnaître l'ancienne distribution de tous les bâtiments.
La porte principale de l'enceinte a conservé de curieux débris. Elle représente, sur les montants — l'arceau qu'ils supportaient a disparu, — saint Pierre et saint Paul d'un côté et de l'autre un hibou, des lions et des animaux fantastiques. Ces sculptures, notamment celles des deux saints, ont un singulier air de famille avec le style bizantin et semblent remonter, au moins, au xi e siècle.
La cour est toute jonchée de débris. On passe dans le cloître ou plutôt sur son emplacement, car il n'en reste que 9 arcades. Elles sont en plein-cintre avec de magnifiques chapitaux de marbre rose. On »
H) Livres de Comptes, cité pai- M. Ernest Delamont, Histoire de '» Ville de Prades.
bâilleurs déjà vu une partie de ce cloitre à l'établissent des bains de Prades. On remarquera ici l'un fe chapiteaux qui représente trois hommes bizarrement accroupis, les mains posées sur les genoux, apportant avec effort le poids de la corniche.
te cloitre fut apparemment construit au xi e et 1111 Mi e siècles.
* Derrière le cloitre est l'église avec transept et nef a cinq arcades. Le chœur est de style ogival ; tout le ''este est en plein-cintre. Cette partie du monastère, c omme le cloitre, est dans un état déplorable. On a essayé cependant de refaire une partie de la toiture. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, l'église avait deux clochers. L'un d'eux s'écroula en 1839. Celui qui reste Penche sensiblement du côté de Taurinya. On rapporte que l'architecte s'en étant aperçu, un profond désespoir s'empara de lui. Il quitta aussitôt le pays °u on ne le revit jamais plus.
La porte de la maison abbatiale est bien conservée. Elle est en marbre blanc, couverte de sculptures d'une exécution remarquable.
Un peu au-dessus de l'abbaye ou verra la chapelle ( iui fut, dit-on, bâtie sur l'emplacement de la cellule d'Orseolo, le doge de Venise devenu moine de Saint- Michel. On raconte qu'une nuit, l'abbé ayant fermé 'a porte du monastère, Orseolo, qui revenait de sa cellule, ne put entrer. Il se mit en prières. Aussitôt a Pparurent deux anges avec une échelle qu'ils dressèrent contre le mur d'enceinte. Ce que voyant, Orseolo l'enjamba et il rentra ainsi au couvent par escalade. La légende ne dit pas si l'abbé punit une Pareille licence. D'ailleurs Orseolo n'était qu'un bien
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ramce coupable, si on le compare à certains de ses collègues du xvm siècle.
Le relâchement de la discipline, dans les monastères de Tordre de Saint-Benoit auquel appartenait Cuxa, était grand en Roussillon à cette époque. L" Conseil Souverain de la province avait été forcé. en 1728, de renouveler une demande qui avait déjà été faite lors de la réunion du Roussillon à la France- Ce conseil voulait donc que les moines bénédictins fussent séparés des congrégations de Tarragone et de Valladolid pour être unis à ceux de Saint-Maur, afin que les visiteurs français pussent y provoquer un" réforme.
La conclusion de cette affaire éprouvant à Rome des retards par l'opposition du conseil ecclésiastique, le cardinal de Polignac fut chargé de déclarer ad pape, de la part du roi, «que si Sa Sainteté ne pourvoyait pas au rétablissement de la décence dans les monastères, S. M. serait clans la nécessité d'y pouvoir elle-même. »
11 est fort curieux de voir que, pendant que la cour souveraine de Roussillon poursuivait le rétablissement de la décence chez les Bénédictins, son premier président à mortier, M. de Copons, donnait luimême sujet à des plaintes de la part des religieux de Saint-Michel de Cuxa. En effet, en 1728, trois de ces religieux adressaient une plainte au roi pour faire réprimer la conduite scandaleuse des femmes de service de madame de Copons ('), laquelle venait tous les ans, avec sa famille, passer l'été à l'abbave « bien
(1) L'abbé était M. de Copons, son beau-frère.
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pie l'entrée des monastères de Saint-Benoit fut interdite aux femmes par les lois canoniques. »
Cette aifaire nous en remet une autre en mémoire, n °n moins scandaleuse et beaucoup moins connue. ^ est un exemple frappant du relâchement des mœurs dans les monastères de femmes, quelques années av ant l'époque dont nous venons de parler.
Les évêques de Perpignan, s'appuyant sur les Conswtutions de Catalogne qui accordaient aux évêques Ur >e juridiction immense, prétendaient que la connaissance de tous les crimes, sans exception, commis Par des ecclésiastiques , devait exclusivement leur appartenir. Le Conseil Souverain, surtout en la personne du procureur-général de Calvo et dans l'intei'êt de l'autorité royale et delà justice, leur contestait cette prérogative.
De là , publications de mémoires dans lesquels chaque partie récriminait contre l'autre, dénonçait Se s scandales et signalait ses turpitudes. A en croire l'évèque de Perpignan, il n'y avait rien de plus diss olu que les officiers du Conseil Souverain et, pour appuyer son dire, il affirme que, pendant un carnaval, deux jeunes magistrats de cette cour avaient ''■'Irait dun couvent (*), pour les conduire au bal, faux religieuses qui furent reconnues malgré les soins Qu'elles avaient pris pour se déguiser. Le procureurgénéral assurait de son côté qu'il riy avait pas de Pays où il y eût autant de prêtres qu'en Boussillon et °ù ils fussent plus corrompus.
Au-dessus de la vallée de Cuxa s'ouvre celle de *aurinya, une des plus agréables de la contrée que
(1) L'évêque ne eite pas le couvent.
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nous parcourons. On y trouve la Fontaine de FltujelU' remarquable par la grande abondance de ses eaux- Cette vallée expire au pied même du Canigô.
A une faible distance du Taurinya, vers l'est, s'élève la chapelle de Saint-Etienne, sur la cime d'un roc escarpé qui porte le nom de Boc del Mon.
Tout près de la chapelle existait, au Moyen-Age, un château de Saint-Estève, Caslrum sancti Stephard- C'est là que fut tenu, en 865, le plaid dans lequel l'abbé de La Grasse prouva qu'il était le légitime propriétaire de Prada et de son territoire.
Au-dessous de l'endroit où était le château est le village de Clara (locus de Clarano) qui apparaît dès 879 dans nos vieux documents, comme une dépendance de l'abbaye de Cuxa. — Le hameau de Villerach est une annexe de la commune de Clara dont la population peut être évaluée à 289 habitants.
En face de Codalet, sur la rive gauche de la Rivereta, on trouvera la chapelle de Saint-Jean de Dosserons qu'on voit quelquefois désignée sous le nom de Sant-Johan del Pla de Sirach. Le lieu de Sirach, qui est une annexe de Ria, est à une faible distance de l'ermitage.
La Grotte de Sirach n'est pas aussi facile à parcourir que celles de Fulla et de Villefranche et n'offre pas les mêmes curiosités.
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