‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 68 sur 95 · ET DE · texte numérisé non relu

ET DE

QTJERANÇA

A partir de Fontpedrosa la vallée de la Tet est très-resserrée : la plaine n'est qu'un long et étroit ruban de prairies. L'homme fait ici des efforts inouïs pour empiéter sur les flancs escarpés des deux rives et faire monter la culture sur les pentes qui descendent à pic.

Le hameau de Saint-Thomas, annexe de Fontpedrosa, est situé à l'entrée de la Vallée de Prats d ë Balaguer, sur un joli plateau bien cultivé. Il est dominé par une haute montagne couverte d'une épaisse forêt de pins et de sapins à l'aspect morne.

Prats est plus haut. On voit tout près du hameau une ancienne tour dont les habitants attribuent la construction aux Sarrasins.

Si l'on veut aller aux Etangs de Querança, on doit suivre un chemin de chèvres qui est comme suspendu au-dessus du torrent de Balaguer. Après deux lieues de marche ont atteint le vaste plateau (ÏAsiiiet, couvert de verdure, et la fontaine iïAycheques.k partir de ce point, le chemin traverse de larges éboulis de rochers granitiques, au milieu d'un terrain schisteux. Dans cette région croit en abondance le Molopospermum cicutarium, appelé Coscoll en catalan. Le Roc del Buch (Rocher de la Ruche d'abeilles) et le Roc del Puig Ameller dominent la vallée de Balaguer. I e chemin devient très-difficile et la Coma de TretHp ouvre sa gueule profonde pour recevoir les eaux qui se précipitent avec fureur dans cette immense cuve- On continue à monter, en obliquant à gauche et

'aissant à droite le Coll de Nou Fonts, le Pic el la Fosse du Géant pour gagner le Pic de la Vaca qui est u une faible distance des trois étangs de Qukramja , 0ri gine de la rivière du même nom.

Ces étangs,, comme ceux de Nohedes, ont été entourés jusqu'à nos jours d'un prestige superstitieux : 0l i les supposait un lieu de réunion des fées et un Pâtre avait vu un jour leur chœur indompté sauter de vallée en vallée et de pic en pic.

A droite et à gauche des lacs, s'élèvent le Coll de p rats (2844 m. d'alt.) et le Coll del Geganl (2881 m. dalt.). Cette région est froide, sans aucune espèce de culture , mais la flore y est nombreuse et variée.

C'est à 3 kilomètres au-dessous des étangs, à la «auteur du Coll Milja, que leurs eaux se réunissent Pour former la rivière de Querança qui, en cet ensuit, est profondément encaissée. Plus bas. elle offre u u aspect effrayant et ce n'est qu'avec la plus grande difficulté qu'on peut en suivre le cours, longue chute d'eau à travers des rochers roulés. La Vallée de Que- Sança est peut-être la plus retirée et la plus solitaire de nos Pyrénées orientales.

Les arbres, les noisetiers principalement, se suspendent au-dessus de l'eau et s'attachent aux parois de cette entaille gigantesque. Quelquefois on réussit a descendre sur le lit de la rivière ; mais alors on doit sauter de pierre en pierre ou passer sur des tr oncs d'arbres écorchés qui gisent çà et là, entre les Mocs polis et glissants. Les parois sont deux murailles extrêmement élevées, distantes de quelques •Hêtres seulement. On arrive à Thuès après des difficultés inouïes et que peut seul surmonter un corps Jeune et vigoureux.

•■Pif

Dans ses Privilèges et Titres OM. B. Alart cite une charte de 1253 par laquelle le roi d'Aragon confirme aux Templiers du Mas Déu une donation de droits de pacage dans une partie délimitée de la vallée de Qverança ou Cherança, donation qui leur avait été faite, sous le règne d'Alphonse, par l'abbé du Cuxa. Cette vallée était en pariage entre le domaine royal et cette abbaye, et le roi, par sa confirmation ou concession, ne faisait que donner au Temple sa part des tasques ou autres droits qui lui appartenaient sur les pacages de la vallée. Ces droits furent plus tard l'occasion de longs procès qui ont duré presque jusqu'à nos jours.

A partir de Saint-Thomas la route nationale s'élève par une suite de lacets qui embrassent plusieurs fois la montagne de leurs replis, appuyés à chaque détour sur des plates formes soutenues elles-mêmes par des murailles, ce qui leur donne l'air de forts retranchés. Elle décrit une courbe au-dessus de L a Cassanya, traverse la Tet sur un pont, au pied de Fetges, et gravit, par une longue pente, le rocher de Mont-Louis.

(1) Première partie, pages 203-204.

cm

b^Ciit»

Page 1