DE VILLEFRANCHE A MONT-LOUIS
Se,
ùinya. — Excursion à la Font de Coms. — Jujols. — Fla<;a. — «arinyans. — Junoet. — La Guardia. — Les Horls. — Les tours ? e la Bastida. — Oleta. — La Vicomte d'Evol. — Excursion aux *"tangs ou Gorchs de Nohedes. — D'Oleta à Formiguera. — La *Wlée de Nyer. — Nyer. — Manlet. — Établissement thermal des " r aus de Canavelles.— Établissement thermal des Graus d'Oleta. ~"Cana\elles.— Le Tourniquet d'Oleta. — Saint- André d'Exalada. "~ Histoire de cette abbaye. — Thués. — Liai'. — Le Plateau des ^ l 'insades. — Les forêts de Cancalles et de Glavera. — Font- Bedrosa. — Situation de ce village. — Saint-Thomas. — Prats de élaguer. — Les vallées de Prats et de Querança. — Les Étangs '''' Querança. — La Cassanya. — Fetges.
Revenus à Villefranche , nous reprenons la route "tonale 116 qui franchit la ïet au pied même des Sparts de cette petite place de guerre. A 2 kilomètres, nous voyons, perché sur les escarpements ,,e la montagne, l'ermitage de N. D. de Vie (La Mare ile Déu de Vida), connu aussi anciennement sous le ll °m de Saint-Pierre de la Roca.
Nous arrivons bientôt à
SEUDINYA f
S kil. d'Olela, 11 de Prades, 54 de Perpignan.
Ce village (575 hab.) se compose de deux parties, ' e Bac et le Sola, réunies par un pont ogival très ail cien, réparé dans ces derniers temps. L'église pos-
sède un beau reliquaire en vermeil et un tableau du xiv e siècle, peint sur bois. Ce tableau représente Saint-Côme et Saint-Damien à genoux, devant un prince qu'entourent un page et des officiers : un petit démon, qui voltige dans le haut, allonge un croc de 1er et cherche à saisir le chapeau du prince.
Au Moyen-Age, la communauté de Serdinya, composée du village de ce nom et des hameaux de Flaçâ, Marinyans, Juncet et La Guardia, appartenait au domaine royal et formait une circonscription territoriale qui portait le nom de Sajonia de Gonflent.
De Serdinya nous montons à la Font de Cous, station botanique fort remarquable (S h.). Nous pa s ' sons à Juncet où nous commençons à gravir la montagne par un chemin assez commode. A notre gauche, dans le lointain, s'ouvre l'étroite et pittoresque vallée de la Tet; plus près, le village de Jujols (152 liai)-) se montre sur les flancs d'une colline. Nous voici à Flaça où coule un filet d'eau excellente. Nous montons toujours en nous dirigeant vers le nord-est. La pente devient très-rapide; le pays est aride, et c'est à peine si l'on aperçoit quelques lambeaux de terrain cultivé. Nous passons à côté du Roc del Muix et, un quart de lieue après, nous atteignons la région des pins et La Collada de la Font de Coms. Il faut visiter ici les nouvelles carrières de marbre rouge découvertes par M. Curière, de Serdinya. Ce marbre est très-beau, plus beau que celui de Villefranche.
La Collada a été très-boisée ; mais la hache est venue jusqu'ici (près de 1900 m. d'alt.) porter ses ravages. Le sol est jonché de cadavres de pins coupés et desséchés. Quelques-uns s'enfoncent encore dans la terre par de telles attaches qu'on n'a pas pu les arracher.
La Collada traversée, nous suivons à gauche un Petit sentier qui descend sur le flanc opposé de la Montagne. Nous ne tardons pas à apercevoir les 8 r ands rochers qui dominent la Fontaine de Coms, 0u croit VAlysmim pyrenaicum, une plante très rare.
Pour revenir à Serdinya, nous suivons, jusqu'à ^laçâ, le. chemin que nous avons pris en montant. AFlaçâ nous nous dirigeons vers Test pour aller visiter l'église abandonnée et lézardée de Marinyans. Cette église possède un tableau du xiv" siècle, qui Porte, sur la bordure du cadre, l'inscription suivante : Marcus Pelasci prepositus hu/jus loci me fecil fari, MCCCXXXI1.
Au-dessous de Marinyans se trouve le hameau de La Guardia que nous avons déjà mentionné. Audessus se voient les Horts, autre petit hameau. Matioyans, La Guardia, les Horts et .luncet sont quatre annexes de la commune de Serdinya.
Un peu plus en amont de Juncet, la montagne de la rive droite, s'éloigne de la rivière pour former un Vaste entonnoir d'où sortent deux, tours rondes élevées et isolées au milieu de champs cultivés : ce sont les tours de La Bastida. Aux jours de grande crue, la rivière dévore ces rivages avec avidité, et le temps M'est pas loin peut-être où elle emportera ces deux témoins muets d'un âge qui n'est plus.
11 est probable que le château de La Bastida, dont nous voyons les restes, se composait de quatre tours reliées par de fortes murailles crénelées, avec chemin de ronde et appartements intérieurs. C'était une résidence du vicomte d'Evol. En 1550 une forge y l'ut établie.
JhEiËGK
PVHHHBBHBHi
OLETA 1S Ml. de Prudes, 59 de Perpignan.
Oleta ou ^ifeta est chef-lieu de canton.
Il est formé d'une longue rue qui est la route nationale. Les maisons s'adossent, à droite, contre les rochers de la montagne ; à gauche, elles ont sous leurs pieds les eaux brillantes de la Tet que viennent rejoindre, au bout du village, les rivières d'Evol et de Cabrils.
Oleta était le chef-lieu de la Vicomte d'Evol dont le titulaire était un des hauts barons de la Cerdagne. On a vu, dans la cour du Musée de Perpignan, la dalle funéraire de Bertrand de So, l'un de ces barons. Les ruines du château d'Evol sont à 3 kilomètres environ d'Olela ; on y va par un sentier qui remonte le cours de la petite rivière du même nom- D'Evol, on va facilement aux Etangs de Nohedes (4 heures). Ces étangs ou gorchs sont distingués par
les noms d'ETANGBLEU, d'ETANG ÉTOILE et d'ETANGNOIR,
à cause des reflets particuliers' de leurs eaux, selon la position d'où on les examine; soit qu'elles reflètent l'azur du ciel, soit qu'elles présentent une scintillation, comme les étoiles, ou qu'enfin elles aient une teinte noire qui vient de leur profondeur dans l'enfoncement présumé d'un ancien cratère. Ces étangs sont compris dans un vaste entonnoir dont les flancs sont couverts de pins sombres et de touffes vigoureuses.
A côte de l'Etang étoile, il y a un amas extraordinaire de gros blocs de pierres dont on ne peut concevoir la présence que par un cataclysme qui remonte sans doute à plusieurs milliers d'années.
IMÊtl
uacr.^u:
Les tètes chauves de la montagne et les colonnes de pins se mirent dans les eaux de ces étangs qui dorment, en attendant qu'une tempête les agite violemment. Dans le lointain , du côté du Coll Perlus et du mont Cornai, s'étalent dévastes tapisde verditreoù se voient quelques jassas et des troupeaux. Plus haut, les bois de pins apparaissent comme vêtus d'une vapeur blanchâtre. Du côté de la montagne de Madrés et du Gapcir, des pans de neige s'étendent comme de vastes taches blanches ineffaçables.
Les Etangs ou Gorchs de Nohedes ont été de tout temps un lieu redouté des paysans de ces montagnes, et quelques-uns ne s'en approchent qu'avec la plus grande' réserve. Ils se gardent bien surtout d'y jeter des pierres, car ils sont persuadés que l'orage en sortirait aussitôt.
L'Etang bleu est la première source de la rivière de Cabrils; de l'Etang noir sort la rivière d'Evol.
Dansla valléede cette dernière se trouvent quelques oiseaux assez rares, tels que le Turdus saxatilis ou Merle de' roche (Passerat de las rojas, en catalan) et le Saxieola cachinnans ou Traquet rieur (Passerat cul blanc, en catalan).
D'Oleta se détache un chemin étroit, pierreux et difficile qui mène, par Aygmtebia, Ralléu et le Coll de Créus (1712 m. d'alt.), à Formiguera, en Gapcir. A un quart de lieue environ d'Oleta, on aperçoit le village d'ÛRELLA (Locus de Auréliano).
Nous continuons à suivre la rive gauche de la Tel. La pente de la route se prononce de plus en plus et la vallée se resserre singulièrement. Sur la rive opposée nous voyons les petits villages de Souanyas et de Mamans.
Nous voici en face de la Vallée de Nyer qui s'étend jusqu'au Co'.l de la Madona (20 kil. environ), passage qu'on franchit, à 2714 m. d'alt., pour aller au village espagnol de Sel-Cams et à l'ermitage de Nastra-Senyora-de-Calllur. — Nous avons déjà signalé le chemin qui, remontant cette vallée, conduit à la vaste prairie du Camp Magre, aux Exquerdes de Roja et à la Coma del Tech, au pied de la montagne de Costabona.
La belle et fraîche vallée de Nyer ne compte que deux centres de population, Nyer et Mantet. Le premier est un charmant petit village de 500 habitants, placé à l'entrée de la gorge, dans une position délicieuse. 11 est dominé par un vieux castel, ancienne résidence de la famille de Banyuls.
Les lianes de la vallée de la Tet se relèvent à partir du point où nous sommes ; ils se rapprochent, se réunissent presque et forment un véritable barrage- Il y a seulement, à gauche de la route, une fissure circulaire d'environ cent mètres de hauteur dont les faces, parallèles et perpendiculaires, sont éloignées l'une de l'autre de six à huit mètres. Au fond coule la rivière.
Là, est le petit établissement thermal des GraUS de Ganavelles dont les eaux sont sulfureuses, alcalines naturelles. Le chemin qui conduit à cet établissement se détache de la route nationale au pied même du tunnel qu'on a dû percer pour donner passage à la route.
Ce tunnel débouche dans un espace en forme d'entonnoir d'un aspect imposant. L'ancienne route, bien avant d'arriver en cet endroit, gravissait la montagne, en se dirigeant vers le village de CaNA-
velles (249 hab.), perché comme un nid d'aigle, puis '^descendait par une pente très-rapide pour rejointe le bord de la Tet. Elle suivait une espèce d'eseaker eiizigs-zags, pavé, divisé en gradins ou marches iUfraus; du latin gracias), et on appelait cet endroit 'es Gratis ou Tourniquet d"Oleta. C'est à côté des braus qu'on voit les ruines antiques du monastère fe Saint-André d'Exalada {').
SAINT-ANDRÉ D'EXALADA
Cette abbaye avait été bâtie avant 840 puisqu'il en es t fait mention dans une charte de cette année-là. •delbert en fut le premier abbé et Commendatus lui s Uccéda en 854. C'est en ce temps que six ecclésiastiques du diocèse d'Urgell vinrent se retirer à Exa- * a da, se donnant corps et biens à ce monastère.
Dans la charte où est consignée cette donation s Pontanée, il n'est pas fait mention d'abbé en activé. « Ce qui porterait à présumer que Commendatu s , déjà décédé , sa maison avait déchu jusqu'à 'IUelque espèce d'abandon car, d'après un diplôme de Charles-le-Chauve, les solitaires survenus à l'asile d'Exalada y acquirent, de leur pécule, un lieu propre a <i service de Dieu, où ils bâtirent un monastère en 'honneur de Sain t- André , de Saint-Pierre et de Saint-Thomas. Or, comme il en existait un déjà depuis quatorze ans, il est à croire que ce fut, de la Part des nouveaux venus Urgellois, une reprise de
•U) On a souvent traduit le mot catalan exalada par exhalaison, ""peur, tandis qu'il signifie éboulcment.
fondation et, pour ainsi dire, une fondation nouvelle (}). »
Les religieux de Saint-André d'Exalada se consacrèrent à la vie pastorale. Witiza, qui était abl^ vers 864 acquit, avec ses confrères, des possessions à Err, à Canavelles, à Mazunculas (Munclas , p 1 '''* d'Ayguatebia), à Llar, à Sauto. En 871, Charles-lc Chauve confirma la fondation de Saint-André et la prit sous sa protection ( '-). Outre les possession 3 que nous venons de mentionner, le monastère avaità la même époque, des biens sur le territoire àe Cuxa, Godalet, Marians et autres lieux.
Baluze attribue la ruine de ce monastère à un e espèce de déluge arrivé en 878. Quelques moi' nés qui avaient survécu à cette terrible catastrophe, tirent rétablir les titres qui attestaient lci»' s possessions ; mais ils renoncèrent à relever les bâti' ments et vinrent se fixer à Saint-Germain où étaient déjà plusieurs de leurs confrères. Ils élevèrent aloi' s à Saint-Germain un véritable monastère qui devin 1 Saint-Michel de Cuxa ( s ).
11 ne reste rien de l'abbaye d'Exalada, ou à p eU près, et l'on peut dire d'elle ce que Virgile disait à e Troie :
Tota teguntur Pergama dumetis ; etiam periere ruinae.
(1) De Saint-Malo, Publicaleur du 2i septembre 1836.
{%) Marca hispanica, col. 360.
(3) Voyez plus haut, Environs de Proies, dans le Chapitre IV e *' la deuxième partie.
LES GRAUS D'OLETA.
De l'endroit où était Exalada on voit poindre, sur a rive opposée, la blanche façade de l'Etablissement ftermal des Graus d'Oleta. Les sources qui l'alimen- ^"t sont divisées en 3 groupes : de Saint- André "■Exalada et de la Cascade, situées dans la gorge 1 En Fayet. — Toutefois on n'utilise guère que les ea ux du premier groupe. Les principales sources du § r oupe Saint-Akdré, sont : S. Saint-André N° 1 ( 7s ° c.) S. de la Grotte N" 2 bis, S. Saint-Louis N° 3. Sources de la roule N° 3 bis. Les Buvettes principales So «t : B. Sédative, où l'on descend par un escalier •* e onze marches ; B. Saint-André, B. de l'Hortel Wu Jardinet) B, Chaude, B, Douce.
La température des eaux, varie de 27° à 78° , suivant le s sources. La source de la Cascade est l'une des plus <: Wdes parmi toutes les eaux sulfureuses alcalines dl U\londe.
Les Graus d'Oleta sont très fréquentés par les ^'sonnes qui sont atteintes de maladies des voies binaires, ou d'affections de l'appareil respiratoire. Ils constituent d'ailleurs aujourd'hui un des plus beaux et ablissements thermaux du département.
# La maison d'habitation, très vaste, élevée à trois t!t ages, est bâtie sur le roc. Sur le devant, au rez- ^-chaussée, il y a une terrasse d'où la vue se porte ^rle Tourniquet, Canavelles et Thuès. La maison est a 10 mètres au-dessus du lit de la Tet.
Les Thermes sont sous la terrasse et communiquent av ec la maison par deux escaliers : l'un intérieur, ''autre extérieur. Ils se composent de deux galeries
n^CHw""
superposées en amphithéâtre, servant de promenoiH ayant vue sur la vallée, comme la terrasse.
Les environs sont très-pittoresques et le touriste ne manquera pas de s'arrêter ici pour visiter les vi lages à" 'En et d'Entre-VaUs et le vallon d'En F«F où jaillissent les eaux sulfureuses sur une surface d'environ 15 hectares avec des différences de nivefl» de plus de 100 mètres.
L'altitude, au pont des Grâus, n'est que de 690 mitres; à Mont-Louis, c'est-à-dire à 16 kilomètres pl u& loin, elle esta 1603, d'où il résulte qu'aux Sources de' Grâus on n'est pas à la moitié de la hauteur <l lU existe entre la mer et Mont-Louis. Aussi est-ce à p» 1 "' tir de l'endroit où nous sommes que la route mont 6 régulièrement.
A côté du Pont des Grâus on verra une belle caS" cade produite par les eaux sulfureuses qu'on n l'H' lise pas. A partir de ce point jusqu'à Thuès, la rou' l> ' est fort agréable. Le côté gauche est couvert d'&0 belle végétation ; à droite, et à 10 mètres de pi' ' fondeur, la Tet roule ses eaux à travers les caillot dont la plupart sont descendus de la montagne <' 1 Canavelles, qui constitue ici la berge de la rive giU' che de la rivière. Cette montagne est droite, haute* perpendiculaire presque, et ne présente qu'une suT' face aride couverte de débris pierreux facilement efl' traînés par les pluies. Elle contient quelques gi se " ments de cuivre.
A Thuès (anciennement Tobes), nous repassons si» la rive gauche de la Tet. Le village est à l'entrée o" la vallée de Querança, dans un petit bassin où st/ montrent quelques arbres et que dominent de grands pics à la cime boisée. Au sommet de la vallée s '
'CXj*¥*fWï**ïC~ r y^7rr; z. ?\*
trouvent les étangs de Querança où nous conduirons te touriste, en remontant la vallée de Prats de Balaguer.
De Thuès on peut monter à Llaiî, petit village d'où on gagne facilement le plateau des Llansades (2000 (Tait.) situé entre le pic de Fignema, la forêt de Cancailles et la forêt de Clavera dont les lianes occidentaux arrivent jusqu'à LaLlagona. Un chemin ( l«i vient d'Oleta et qui est, en quelque sorte, parall«le à la route nationale et à la Tôt, passe au défilé ( tes Llansades et rejoint, à La Llagona, la route de ^Ont-Louis à Formiguera.
FONTPEDROSA
',) Ml. de Mont -Louis, 20 de Pradcs, 70 de Perpignan.
C'est un village de 700 habitants environ. Les •ûaisons s'adossent à la montagne, les unes au-dessus des autres, assises par gradins, comme pour regarder dans la vallée. Des bois qui tapissent la rive droite, s'échappe un joli petit torrent qui jette l'eau dans la rivière en une cascade écumeuse et blanche: Voilà bien l'eau des montagnes, limpide et transparente comme l'air. Pour atteindre les hauteurs boisées, on remonte le long d'un sentier rocailleux en «'accrochant aux tiges des arbustes et aux pointes des rochers.
La montagne qui domine Fontpedrosa est complètement nue, et il serait à désirer que ses escarpements fussent reboisés, car ce n'est pas une simple épée de Damoclès qui est suspendue sur la tête du village, mais bien une effrayante masse de cailloux et de rochers qui peuvent l'engloutir d'un moment à l'autre.
VALLEES T>B PRATS-DE-BALAGUEB