‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 72 sur 95 · MUR · texte numérisé non relu

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bord d'un petit torrent, et il est dominé de tous côtés par les pins de la forêt. Son nom lui vient d'une fontaine (font) qui sort du mur même de l'église et du grand nombre de pèlerins (romèu) qui accoururent dès la première époque de sa fondation. L'Oratoire ou Miranda est à quelques pas de l'église et du corps de logis.

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11 y a, sur l'origine de cet ermitage, une vieille tradition qui se retrouve plusieurs fois, du pied des Pyrénées aux bords du Tage. Elle raconte qu'au temps de l'invasion des Maures en Espagne , les Chrétiens cachèrent les cloches et les images peintes ou sculptées de la Vierge afin de les préserver de la profanation des infidèles. Plus tard, en labourant la terre, on retrouva ces objets sacrés ( x ).

Un bouvier d'Odellô gardait son troupeau dans la forêt. Il avait plusieurs fois remarqué la persistance d'un de ses taureaux à se diriger du côté d'une fontaine. Il eut un jour l'idée de bien examiner cet endroit que l'animal ne cessait pas <le lui indiquer. Il ne tarda pas à reconnaître une statue de la Vierge, enfouie parmi les herbes et les ronces. Transporté de joie, il courut à Odellô avertir ses amis et le curé. On alla chercher l'image miraculeuse et on éleva une chapelle en cet endroit : il serait difficile d'assigner à ces événements une époque précise.

La légende de Font-Roméu se trouve rappelée en quelque mots dans cette strophe des Goigs :

Miracle certamon gran

Fonch quant un toro salvatge

Prop de la font pasturant,

Descubri vostra imatge

Que essent aixi trobada,

Alabaren tots à Déu.

(1) Nous avons vu cette légende à Planés et à l'Ermitage-du- Coral. Nous la retrouverons à Casas de Pena.

On reconnaît facilement que la partie la plus ancienne de la chapelle de Font-Roméu est ce qu'on appelle aujourd'hui le Camarill. L'autre partie remonte à 168'0 et à 1683. En 1741 on construisit les contre-forts entre lesquels jaillit la fontaine.

Les corps de logis qui servent de logement au curé d'Odellô, au Paborde et aux visiteurs, ont été successivement construits en 1733, 1752 et 1774. Tous ces locaux, convenablement meublés, sont ordinairement retenus par les familles qui viennent passer une partie de l'été à Font-Roméu, et surtout par les pèlerins de la plaine qui veulent séjourner quelques jours à l'ermitage, à l'occasion de la fête du 8 septembre.

On remarquera dans la chapelle une grande quantité d'ex-volo.

Le retable du maître-autel est éblouissant de dorures, de fleurs et de figurines : sur l'une des moulures est représentée la découverte de la Vierge de Font-Roméu. La belle statue en marbre blanc, par Oliva, n'est pas le moindre ornement de ce splendide retable.

Les deux petites chapelles qui imitent le transept sont aussi fort riches.

Mais prenons un des escaliers en marbre rouge qui s'ouvrent dans ces deux chapelles et montons au Camarill. Il serait difficile de trouver quelque chose de plus doré, de plus éblouissant que ce petit sanctuaire. Quel luxe ! quelle richesse ! La statue de la Vierge est littéralement couverte d'argent et d'or, des pieds jusqu'à la tête. Epingles, bagues, montres sont suspendues à sa robe qui a l'air d'un somptueux étalage de bijoutier.

Qui a peint ces fresques si délicates et si fraîches des murailles et du dôme? On l'ignore; mais on connaît le nom de l'artiste qui a sculpté les jolis médaillons qu'on voit au sommet des deux entrées du Camarill : c'est Pierre Sunyer , de Prades , mort le 29 septembre 1704 , comme le témoigne la pierre tumulaire placée en face de la porte latérale de la chapelle.

L'eau de la fontaine est glacée et délicieuse. Elle sort du maître-autel. De l'auge, où elle se déverse par trois tuyaux en fer, elle est conduite, au moyen d'un canal souterrain, dans une piscine dont l'entrée est située en face de la grande croix.

Les Goigs attribuent à cette eau une vertu miraculeuse :

Naix d'esta capella santa A baix de rostre altar, Una font freda que espanta, Formant un bany singular Que es medeeina probada, Feu mar fan corn se dëu.

Le 2 juillet les habitants d'Odellô emportent à l'église de leur commune la statue de la Vierge et la remontent à l'ermitage le jour de la Trinité.

Le Paborde, — marguiller qui prend soin de la chapelle, — vient à Font-Roméu à Pentecôte, et ne quitte l'ermitage qu'au mois de novembre. Les pèlerins et les touristes sont donc sûrs d'y trouver bonne table et bon gîte entre ces deux époques de l'année.

Comme à Saint-Ferréol, près de Céret, il y a, à Font-Roméu, foire et danses le jour de la fête. Jadis, ces danses de Font-Roméu étaient une des curiosités du pays à cause du grand nombre de danseurs et de l'originalité de leurs costumes. Les Cerdagnoles sur-

tout s'y faisaient remarquer avec leurs réseaux de soie sur ]a tête, leur joli fichu de mousseline, brochée, leurs longues pendeloques brillantes de pierreries, et ce charmant corset de velours qui serrait leur taille fine et délicate. Tout cela disparait, s'en va de jour en jour.

On monte à l'Oratoire ou Mirandu, construit sur un entassement de roches granitiques. Le coup-d'œil est splendidc. Les ennemis des points de vue ne doivent pas venir ici. Pour nous, c'est un spectacle indicible. L'œil se promène sur les deux Cerdagnes, vaste bassin semé d'arbres et de prairies, circonscrit de tous côtés par les monts Pyrénéens, masses énormes qui constamment assiègent les yeux, quand on voyage dans ce pays fortuné. En été le ciel ressemble ici à un dôme de lapis-lazuli, et cette immense voûte repose sur les montagnes. La grande âme végétale de la création palpite sous les rayons de ce soleil généreux. Les villages de la Cerdagne apparaissent sur le dos des ondulations du terrain, entourés de prairies splendides et étincelantes. A gauche Planés , Saint-Pierre-dels-Forcats, La Perche et Bolquera ; en face Eyna, Vedrinyans, Err, Sainte-Léocadie, Nahuja, Palâu ; à droite Caldegas, Hix, Saint-Pierre-de- Sedret, Puigcerda et la cime des montagnes d'Urgell qui, à cette distance, semblent enveloppées d'un voile azuré , aérien , délicat comme une gaze de femme ; puis les montagnes de Querol, les sombres sommets du Carlit ; derrière soi la Tâussa, les Cortals et La Llagona. «Pour qu'un paysage soit beau, a dit Taine, il faut que toutes les parties impriment une idée commune et concourent à produire une même sensation. » C'est bien ce qui arrive ici. Toutes les parties composent un tout par leur harmonie et s'ac-

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cordent pour faire sur nous une impression unique, le contentement.

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