PLANÉS
Planés est encore plus petit, mais beaucoup plus connu à cause de son éuuse d'une forme singulière.
Le plan de ce monument est un triangle équilatéral dans lequel se trouve inscrit un cercle dont le diamètre est celui de la coupole qui le couronne. Le milieu de chacune des faces du triangle sert de centre à un cercle de même diamètre que celui de la coupole, et la circonférence do ces cercles passant par le centre du premier, rentre ainsi dans une portion de la circonférence des deux autres. La partie de la circonférence de ces cercles fictifs qui se trouve
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en dehors du triangle, y forme un rond-point, ce qui donne ainsi trois absides à cette église.
La forme bizarre de ce monument fit croire aux uns que c'était une ancienne mosquée, aux autres que c'était un tombeau arabe. M. Henry partagea ce dernier avis. On sait que Munuza, gouverneur de ces pays pour Abd-Er-Rhaman s'était révolté et avait épousé la fille du roi d'Aquitaine, Lampégie. Poursuivis par les troupes de l'émir, Munuza et Lampégie s'arrêtèrent, dit-on, à Planés, vaincus par la fatigue. Munuza fut décapité et enterré à Planés : de là le monument qui nous occupe.
Cependant le Comité historique des arts et monuments reconnut, dans l'église |de Planés, une de ces constructions chrétiennes dont les analogues se rencontrent sur divers points de la France. Mais les constructions signalées par le Comité sont des chapelles funéraires élevées dans les cimetières de grands monastères comme à Montmorillon, à Fonteyrault, à Chambon. Or, il n'a jamais existé d'abbaye à Planés. Comment donc avoir choisi ce site, au milieu des montagnes, loin de tout centre de population, pour y construire un édifice qui s'éloigne autant du plan ordinaire de nos églises ? (*)
C'est en effet assez singulier, mais il n'en est pas moins vrai que ce monument n'a rien d'arabe et que l'examen de ses bâtisses doit en faire rapporter la construction au xin" siècle. Il est même probable que les trois absides sont la traduction symbolique et naturelle de l'idée de la Trinité. C'est pour tra-
(1) Henry, Hisl. du Roussillon, t.Icli. 2 etc., et Notes manuscrites.
duire cette idée que les architectes basques donnaient trois pointes aux clochers.
Une particularité fort remarquable c'est que, dans l'église de Vilallonga-de-la-Salanca, on voit une tombe sur la pierre de laquelle on a sculpté en relief un triangle flanqué de ronds-points, le tout exactement semblable au plan de l'église de Planés. A l'angle inférieur du triangle est figuré un trou circulaire, à travers lequel semble passer une courroie qui suspend un écu portant une plante de millet, armes parlantes du nommé Bérenger Amyll, sacristain de cette église, et mort le 20 septembre 1449, ainsi que le dit l'inscription (') .
M. le curé de Planés montrera aux touristes une petite cassolette en cuivre qui fut trouvée dans la montagne, en un endroit où les Chrétiens avaient caché l'image de la Vierge pour la soustraire à la profanation des Musulmans. La cloche a, dit-on, la propriété de faire cesser la stérilité chez les femmes qui la font tinter. Cette histoire vaut juste autant que celle de YOlla de Nuria.
Nous conseillons au naturaliste d'explorer avec soin Saint-Pierre-dels-Forcats, Planés, la molle ou montagne de Planés et les vallons environnants. Il y fera une ample moisson de plantes aussi rares que curieuses. Les lieux sont d'ailleurs charmants, frais, verdoyants, semés de sources limpides.
fo^t-roméu.
Deux chemins s'offrent au touriste pour aller de Mont-Louis à Font-Roméu : celui de Bolquera et celui
(1) De Bonncfoy, Epigraphie Roussillonnalse.
de la rive droite de la ïet. Nous prendrons ce dernier.
Nous sortons de Mont-Louis par la Porte de Secours, laissant à droite la route du Capcir. et nous gravissons directement les escarpements de la rive droite de la rivière.
Nous atteignons bientôt les premiers arbres de la forêt de Font-Roméu. Tout ici est calme; on marche silencieusement entre les colonnades des pins dont le morne feuillage arrête les rayons ardents du soleil,
lbanl obscuri sola sub nocte per -timbras.
Quelques-uns de ces arbres sont lisses et droits comme le mât d'un navire. On en voit de tout petits, qui ont deux ou trois ans, dont la tige géométrique commence à jeter des branches horizontales. Les mousses d'une teinte verte et fraîche abondent dans certains endroits de la forêt. Si on leur met le pied dessus, l'eau en jaillit avec une espèce de grincement : ce sont les éponges des forêts.
Les bords du chemin sont semés de grosses pierres sur lesquelles on a eu la bonne idée de peindre en noir les sigles F. R (Font-Roméu) avec des flèches qui indiquent la direction.
Cependant, si le touriste est seul, il doit faire la plus grande attention, car, dans certains endroits de la forêt, aux environs des Estanyols par exemple, ilpourrait facilement s'égarer. Arrivé sur un plateau couvert de joncs et de pierres, il aura soin de se tenir sur le côté gauche et de bien suivre les pierres marquées F. R. Il arrivera à l'ermitage après 8 kilomètres de marche.
Cet ermitage célèbre est sur un plateau étroit, au