‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 74 sur 95 · EE — CM · texte numérisé non relu

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au sud, il est déjà considérable. Mais aussitôt qu'il pleut ou que les neiges fondent, il devient énorme. Alors les eaux bondissent avec violence, échevelées, hurlantes, en délire; elles se froissent aux rochers, fendent la vallée à tire-d'aile emportant les arbres, les pierres et quelquefois des prairies entières ( ! ).

De sa source à la mer, la Tet (Tais ou Ruscino) parcourt 112 kilomètres, savoir : 20 du Puig-Peric à Mont-Louis; 17 de Mont-Louis aux Grâus d'Oleta; 18 des Grâus à Prades ; 43 de Prades à Perpignan ; 14 de Perpignan à la mer. Elle coupe le département dans sa plus grande longueur.

Plus de cent canaux servant à l'irrigation et à la mise en mouvement d'usines telles que moulins, forges, papeteries, puisent leurs eaux à la Tet. Les surfaces arrosées par les canaux sont évaluées à plus de 12000 hectares dont 10S15 appartenant au seul canal de Corbera dont la prise est au-dessous de Vinça.

Les eaux de la Tet, sont, à l'origine, d'une grande limpidité ; elles ne sont point blanchâtres, troubles, et diffèrent ainsi de celles de la plupart des rivières des Alpes. C'est qu'elles sont presque toutes fournies par des sources. Ce n'est, en effet, qu'au commencement de l'été que descendent les eaux qui proviennent de la fonte des neiges et des rares glaciers de la montagne. Il faut ajouter encore que les neiges et les glaciers des Pyrénées orientales, contrairement à ceux des Alpes, sont rarement en-

(1) La même chose peut se dire d'ailleurs du Tech et de l'Agli et, il y a déjà près de deux mille ans, Pomponius Mêla écrivait au sujet de ces rivières : Parvà flumina, ubi crevtre persœva, petites rivières qui deviennent terribles aussitôt qu'elles grossissent.

caisses et exposés à recevoir des éboulements de terre ou de pierre, ce qui fait que les eaux qu'ils produisent ue sont point salies de substances étrangères ( 1 ).

La Coma de la Tet, formée par les flancs des deux montagnes de Carlit et du Puig Peric, est très-large et renferme d'excellents pâturages où les bergers du ■Capcir et delà Cerdagne conduisent leurs troupeaux. La température de cette région est froide, et, pour la visiter, il faut attendre juin , juillet et août. Les isards, qui aiment la région des glaciers, parcourent la Coma en grand nombre. Cet animal est d'une agilité surprenante, et on le voit sauter de rocher en rocher et franchir les précipices comme ferait un oiseau.

On trouvera, dans YHistoire naturelle des Pyrénées- Orientales, la liste et la description des plantes et des insectes qu'on rencontre dans la Coma. Parmi ces derniers nous avons particulièrement remarqué le Cicindele sylvatique brun, avec bandes de points blancs. Ce joli petit animal cherche à mordre quand on le saisit, mais sans pouvoir entamer la peau. Il répand une forte odeur de rose et de jacinthe, bientôt mêlée d'une odeur acre, due à une salive brune qu'il dégorge. Les cicindèles dévorent une foule d'insectes nuisibles et concourent à la protection de nos forêts; Linnée les appelle les Tigres des insectes.

Vers l'extrémité inférieure de la Coma de la Tet, sont entassés des blocs granitiques qui ont l'air de mastodontes de pierre. C'est sans doute une secousse de la montagne qui les a jetés là. Ils s'appuient les uns contre les autres et présentent une barrière

(1) Charpentier, Constitution géognosdque des Pyrénées.

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énorme aux eaux de la Tet qu'ils forcent à faire un grand détour.

Dans la partie la plus rapprochée de la rivière, ces grands rochers sont couverts de neige et communiquent avec l'autre rive par un pont de glace où les bergers font passer leurs troupeaux.

Au-dessous de ce pont, s'ouvre une vallée trèslarge, de forme elliptique, au milieu de laquelle s'étendent les nappes de la Grande Bullosa, traversée par la Tet, dont les flots se mélangent difficilement avec celles de cette espèce d'étang, d'une couleur verdâtre. Ici la rive gauche de la vallée est formée par les contreforts du Puig-Peric qui sont trèsboisés. La rive droite est formée par la montagne de Garlit qui est, au contraire, dépourvue d'arbres et très-nue.

A l'entrée de la Grande Bullosa, on aperçoit cinq petits torrents qui descendent de cette montagne. C'est le trop plein d'un groupe de petits lacs, les Lacs de Carlit. Le plus considérable est YEslamj llarch (Etang long), de forme ellipsoïde. C'est vers son extrémité méridionale que vit, dans l'eau, une plante très-rare, de la famille des crucifères, qu'on n'avait trouvée qu'en Norwège, la Subularia aquatica, de Linnée.

Le Pic de Carlit est le plus élevé des Pyrénées orientales, car il est à 2921 mètres d'altitude, tandis que le Canigô n'est qu'à 2785.

Le spectacle dont on jouit du sommet de Carlit est merveilleux. On voit un très-vaste horizon de montagnes, de lacs, de pâturages et de déserts pierreux. Voici aunord le PicPeric etleRocdeskards quimontrent leurs sommets parsemés détaches déneige ; plus

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près s'étale la Grande Bullom, auprès de laquelle commence la Coma de la Tel ; au sud se montre le Pla de Bonus Hores, la vallée d'Angostrina et le magnifique Riverai. A nos pieds les étangs sont parsemés sur un large plateau granitique qui, vu d'en haut, a tout l'air d'un gouffre immense.

Si nous portons nos yeux derrière nous, nous voyons les étangs de Lanoz et les montagnes d'Andorre, derrière lesquelles le soleil se couche.

Les beaux et vastes pâturages de Carlit nourrissent de nombreux troupeaux qu'on aperçoit dispersés de tous côtés.

Les droits de pasquier à Carlit appartenaient originairement aux comtes ou souverains de la Cerdagne. Les comtes de Cerdagne inféodèrent ces pasquiers aux seigneurs de Paracols, de Rodez ou de Domanova, tandis qu'ils inféodaient ceux de Lanoz aux seigneurs d'Enveig. « Les droits dont ces seigneurs étaient possesseurs et qu'ils tenaient d'ailleurs en fief pour le roi d'Aragon ou le comte de Cerdagne, ne pouvaient être perçus que sur les bestiaux étrangers qui, de temps immémorial , venaient pacager dans ces parages pendant l'été, comme cela se pratique encore aujourd'hui. Les concessions particulières qu'ils pouvaient en faire se bornaient donc à donner à certaines maisons religieuses le droit exclusif de faire pacager leurs troupeaux dans certains quartiers des pasquiers de Carlit ou de Lanoz, sans être soumis aux redevances que payaient tous les troupeaux étrangers. Mais le droit exclusif accordé à ces maisons religieuses ne concernait que les autres troupeaux étrangers, sans porter aucune atteinte au droit antérieur et incontesté reconnu aux habitants du voisinage, d'user libre-

ment, comme par le passé, de leur droit de pâturage dans les mêmes quartiers auxquels s'appliquait la concession. Ces actes ne l'ont donc que constater, en faveur des habitants d'Angostrina, d'Enveig et autres communautés de la Cerdagne, voisins des pasquiers de Carlit, leurs antiques droits d'usage reconnus pa r la loi des Wisigoths et confirmés par les Usages de Barcelone ( a ). »

Redescendons à la Grande Bullosa et suivons If cours de la Tet. A une faible distance nous longeons le vallon de la Petite Bullosa et nous arrivons à l a gorge du Mal Pas, endroit bien nommé, car il est à peu près infranchissable. La Tet présente ici un aspect fort curieux; ses eaux passent, en effet, dans une large crevasse où les pins et les noisetiers sauvages confondent leurs feuillages et forment comme un dôme impénétrable aux rayons du soleil.

Nous quittons les bords de la Tet pour aller faire un détour, et nous venons les rejoindre au Forât d g la Ximeneya (Trou de la Cheminée), où la Tet s'échappe de cette singulière prison pour débouche 1 " dans le Pla dels Abellaners, vallon très-étendu que la rivière traverse dans toute sa longueur.

Nous renonçons encore à suivre le cours de la Tet ; nous nous dirigeons à droite pour gagner le Rirent de Carlit et contourner l'étang de Paradelles et les contreforts du Roc de la Calm. Durant ce trajet, nous visitons une singulière contrée, espèce de vallée couverte d'une végétation luxuriante et d'une forêt qui s'élance, pour ainsi dire, entre des masses entassées sans ordre, déchirées par des crevasses profondes.

(1) Alart, Privilèges et Titres etc. première partie, p. 157.

Au Pin de Barrés nous rejoignons la rive droite de k Tet. Ce Pla est une immense prairie que ferment à son extrémité méridionale les contre-forts de la montagne des Angles et les derniers rameaux de la Montagne de Bolquera.

Du Pla de Barrés à Mont-Louis, le trajet est de 'rois quarts de lieue environ.

Nous avons à peine besoin de dire que l'excursion aux sources de la Tet exige deux jours et une nuit. On se reposera dans une des jassas des Bullosas ou de la Vallée de Vall Maran. Les bergers se font un Plaisir de recevoir les touristes qui osent s'engager dans ce pays.

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11 n'y a guère plus d'une lieue et demie de Mont- Louis à Eyna. On suit la route nationale jusqu'à La Perche où l'on prend, à gauche, le chemin d'Eyna. Le village (233 habitants) est adossé au pied de la montagne et au midi, à l'entrée de la vallée du même nom. De vastes prairies entourent les maisons.

LA. VALLÉE D'EÏNA.

La Vallée d'Eyna est une station botanique célèbre et les plus grands naturalistes y sont venus herboriser. Mais personne ne l'a explorée comme le regretté Companyo qui donne, dans son Histoire naturelle du département des Pyrénés-Orientales , une description complète de la vallée et de ses richesses botaniques.

« En sortant du village, on côtoie la rivière sur la rive gauche : sur ce point la vallée est très-rétrécie.

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Cette montagne calcaire est très-escarpée, d'une hauteur prodigieuse, et très-peu boisée. Les roches en sont déchirées et tonnent des excavations qui sont hors de la portée de l'homme : l'aigle et le vautour y élèvent leurs familles.

« A une lieue d'Eyna, sur la rive gauche de la rivière, se trouve un four à chaux : Ici la Vallée commence à s'élargir. En face du four à chaux, de l'autre côté de la rivière, est une jmsa appelée Orri d' Arattoù se retirent les bestiaux de la contrée; c'est là que l'on commence à trouver, sous les pierres des environs, le Carabw pmctatoauratus.

« La vallée s'étend, les pelouses, augmentent, les arbres deviennent plus rares, et, après une heure de marche, on arrive à Y Orri de Doit.

« La vallée prend plus d'extension; ce n'est plus qu'une prairie immense, et l'œil ne découvre point d'arbres sur les pointes éloignées. On ne tarde pas à arriver à la cascade à côté de laquelle est un tertre élevé d'où sort une fontaine dont l'eau est glacée. Les environs du tertre fournissent quelques bonnes plantes. Ici, le Carabus pyreneus commence à se trouver : les neiges sont très-près. Dès qu'on est monté au-dessus de ce tertre et qu'on a tourné une butte qui le couvre, on aperçoit cette vaste conque et les immenses pelouses qui couvrent la vallée d'Eyna.

« Les sommets très-escarpées de cette vallée sont recouverts de neige : celui qui se dessine dans le centre conduit à la Collada de Nuria. On prend cette montée lorsqu'on veut franchir le col, comme étant celle qui offre le moins de difficultés; car les autres buttes sont d'une pente si rapide, et couverts de-

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houîis schisteux qu'il serait impossible de pouvoir les gravir.

« Le centre de cette immense vallée est appelé Pla <fe la Beguda : des fontaines d'eau glacée y abondent et forment ensemble le commencement de la rivière d'Eyna. C'est à cet endroit qu'on s'arrête pour se reposer avant de franchir la Collada de Nuria. Pour arriver au sommet, il faut encore marcher une heure et demie, la plupart du temps parmi les éboulis des schistes, qui ne sont pas faciles à gravir. On y trouve plusieurs plantes intéressantes telles que Ranunculvs parnassifoliiis , papacer pyrenatemn , Senecio tourneforiii, Cerastiitmpyrenaïcum, Angélica scabra.

« Du sommet de cette montagne, on voit l'ermitage de Noire-Dame de Nuria, situé sur les terres d'Espagne, où l'on peut aller coucher : le trajet se l'ait en trois quarts d'heure. Les alentours de la chapelle et les bois qui l'environnent donnent de bonnes plantes ('). »

De Nuria on va facilement à la Coma de la Vaca (vallon de la Vache) et aux étangs de Querança que nous connaissons déjà.

Le naturaliste ne peut pas parcourir la vallée d'Eyna en une journée. Nous l'engageons donc vivement à passer la nuit à la jassa d'Orri de Bail, ou à la Jassa d'En Dalmau avec les bergers. Le lendemain •soir il trouvera toujours un gite à Nuria.

VOlla de Nuria, si célèbre dans la Catalogne, le Roussillon et la Cerdagne, est une espèce de mar-

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(tj Hitt. Nul. des Pyr.-Or. t. i p. 93-97.

mite dans laquelle les femmes stériles enfoncent la tête pour réciter des paler. La tête retirée, la stérilité cesse.

Les Goigs le disent formellement :

En una freda montanya, En lo bisbat de Urgeil Esta sempre aparellada Pera donarnos remey :

Y dur fitts à las casadas Que no poden infantar.

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