‹ Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées-OrientalesChapitre 75 sur 95 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LE CAPCIR.

La LIagona. — Sou église. — Les peintures de l'église. — La Sublime Majesté. — Les Cortals. — Légende de Perpigne. — Le Col de la Quillane. — Le Col de Castello. - Le Pont de Conangles. — Le Roc d'Aude. — Le Pic d'Aude. — La Rivière d'Aude. -Les Angles. — La Forêt de la Mata. - Matamala. - Formiguera.— Son église.— Le portail de l'église. — L'ancien château. — Créu. — Le Col de Créu. — Real et Odello. — Fontrabiosa. — Sposolla. — Puig-Baladds. — La Vallée de Galba. — L'Etang du Diable. - Les Etangs de Camporclls. - Le Capcir en biv'er. - Anciennes coutumes du Capcir.

Le nom de Capcir (*) ne se trouve pas dans les documents avant la fin du xnr siècle et, dans un acte du xi' siècle, le Pays de Capcir s'appelle La Montagne d'Aude. Il est compris déjà à cette époque dans le Pays de Razes ou Pagus reddemis.

Nous sortons de Mont-Louis par la Porte de Secours et nous descendons pour aller passer la Tet sur une belle chaussée et un beau pont récemment construits. Nous montons les escarpements de la rive gauche et quelques instants après, nous arrivons au village de LaLlagona (Locus de Leguna).

(1) La partie haute de cette vallée atacine ou, si l'on veut, notre Capcir, fait face au Nord et a le vent de Cers fCircius; en tête (caput) ; ce qui laisserait à conjecturer si les mots Caput et Cireii ne se seraient point combinés dans la langue romane pour former l'appellation Capcir ou Capcm-, car les anciennes chartes nomment cette petite eontrée lé pays de Capcerio ou de Capcirio.

XjA. jllagona.

L'église de La Llagona, qui date de l'époque romane, est bâtie sur le roc vif. A côté, on voit les restes d'une construction militaire du Moyen-Age. A droite du maître-autel, qui est de 1743, on verra la chapelle de Saint-Antoine pt à gauche celle de Nostra Senyora del Rosir avec cinq jolis petits tableaux. Sur les murs de la nef sont suspendues sept peintures sur bois qui sont certainement fort anciennes et fort curieuses. Dans la sacristie est un Christ en bois très-ancien aussi et non moins curieux. C'est une Sublime Majesté, fabriquée, dit-on, à Lueques. Le Christ qui était à l'Exposition de l'art rétrospectif, au Trocadéro (1878), ressemble tout-à-fait à celui de La Llagona.

Ce petit village (455 hab.) est à 1688 mètres audessus du niveau de la mer; c'est assez dire qu'il Y fait très-froid. Le hameau des Cortals, qui est un peu plus loin, est à 1750 mètres d'altitude : c'est le lieu habité le plus élevé du midi de la France. On pourrait presque dire de cette région ce qu'on dit du triste Val d'Avers (Suisse), que l'année s y compose de neuf mois d'hiver et de trois mois de froid.

Le hameau a'es Cortals est dominé par le pic de Là Taussa (2088 m. d'alt.) qui fait partie de la forêt de Clavera.

Une légende rapporte que Perpigne était un bouvier des Cortals. Peu satisfait de la vie triste et monotone qu'on mène en cet endroit, il résolut de changer de pays et descendit le cours de la Tet. Arrivé aux plaines que traverse la rivière vers son embouchure dans la mer, il fît, comme Romulus sur

Mt^£^.-&***Jm^ï

les bords du Tibre, un sillon circulaire avec sa charrue. Il donna son nom à cet endroit où s'éleva bientôt une ville florissante, Perpignan.

Reprenons la route 118. Nous montons de 1688 à 1719 mètres, puis, au Col de la Quillane, à 171 5. A partir de ce point nous redescendons et, au col de Castéllo, nous sommes à 1712; demie-heure après, au Pont de Conangles, nous nous trouvons à 1514 seulement.

La route, depuis les environs de La Llagona, passe au milieu des pins qui enfoncent leurs racines dans un terrain pierreux et souvent raviné avec violence, à droite surtout.

Le Pont de Conangles est en bois ; il est jeté sur l'Aude qui, en cet endroit, n'est encore qu'un modeste ruisseau.

Un géant altéré le boirait d'une haleine :

Le Nain vert Obéron jouant au bord des îlots, Sauterait par dessus sans mouiller ses grelots (l).

On le voit descendre des hauteurs du Roc d'Aude (2377 m. d'alt.) et du Pic d'Aude (2328 m. d'alt.) que les neiges blanchissent toute l'année.

Nous laissons à notre gauche le village des Angles (§74) ( s ) et nous entrons dans la forêt de la Mata. Cette forêt s'est bien éclaircie depuis un siècle. Elle a été dévastée et même brûlée en quelques endroits. Les paysans , en général , n'aiment pas les forêts , surtout quand elles appartiennent à l'État. Ils ne voient que leur intérêt immédiat et n'aperçoivent

(1) Hégésippe Moreau, La Vuulzie.

(ï) Naouo (Paul), mort arclievèquo d'Avignon en 1848, était né •lux Angles en 1791.

Page 1