SAINT-PAUL-DE-FENOUILLÈDES
41 kil. de Perpignan.
Huit kilomètres séparent Mauri de Saint-Paul qui est le chef-lieu du canton et qui compte 2390 habitants environ. Il est situé sur la rive gauche de l'Agli et sur la pente de deux collines, Saint-Pierre et le Pech.
Saint-Paul n'est pas précisément une commune riche ; mais il y règne une aisance, une heureuse médiocrité qui met l'habitant à l'abri de la misère. Ceci est vrai aussi pour le reste des communes du canton, sauf Mauri peut-être. C'est que celle-ci a eu le bonheur de voir ses vignes prospérer continuellement; tandis que Saint-Paul, qui est déjà un peu plus élevé et soumis à des influences météorologiques différentes, n'a pas été heureux de ce côté- là.
Nous sommes ici dans un pays mixte, de transition, si l'on veut : Ce n'est pas tout à fait la montagne, ce n'est pas tout à fait la plaine. Le blé, le seigle, les haricots, les pommes de terre, l'olivier, la vigne forment des cultures étendues ; mais le rendement est souvent faible. Les terres arrosables des bords de l'Agli et de la Boulzane donnent les premiers produits indiqués ci-dessus ; le vin et l'huile se récoltent sur les coteaux arides et chauds du Falgueira (falguiero, fougère commune) de Roco- Roujo de Crozilles ou Crousilles et un peu sur le Bac de Sans-Breseh.
Il n'y a rien de bien remarquable à Saint-Paul.
On peut toutefois examiner ses anciens remparts
qui étaient percés de quatre portes principales dont il ne reste qu'une seule, celle du Tarie ; son église de Saint-Pierre et les restes de l'antique abbaye de Sainl-Paul-de-Fenouillèdes,
On lit dans YHistoire générale de Languedoc ( l ) que cette abbaye était bâtie dans un lieu anciennement appelé Monisaten, au confluent de l'Agli et de la Boussone (aujourd'hui la Boulzane). Comme le coniluent de ces deux rivières est à un quart de lieue en aval de Saint-Paul, quelques personnes se figurent que notre abbaye était effectivement à l'entrée de la gorge de La Fo. 11 n'en est rien cependant. Les dépendances de l'abbaye, son territoire devaient s'étendre jusque là; mais le monastère était bien à l'endroit qu'occupe ce qu'on appelle le Chapitre. Rien n'est venu nous éclairer sur l'époque précise de la fondation du monastère et sur la signification du mot Monisaten qui semble étranger à la langue du pays.
Il n'est pas question de l'abbaye de Saint-Paul-de- Fenouillèdes, dans les documents que nous possédons, avant l'année 965, époque où Sunifred la dota. ( 8 )
Elle donna naissance à Saint-Paul qui devint
(1) Tome m, Livre xn et Tome m, Livre xm, p. 225 de l'édition Privât, Voyez aassiMarca Hispanica col. 954, une charte tirée du
Cartuaire de l'Abbaye de Cuxa (an 1000) où on lit ces mots :
dono monasterium meum vocàbulo Monisaten, quod est in honore Saneti Pauli Apostoli, in Provincia Gociœ, in comitatu Famiolilense, in diocesi Narbonœ ecclesiœ etc.
(2) Histoire générale de Languedoc, Livre xn, eh. lïxiii, édition Privât; Marca Hispanica, col. 886.
en peu de temps le lieu le plus important du Pays de Fenouillèdes.
Cette abbaye fut unie à celle de Saint-Michel de Cuxa en Fan 1000 par Bernard, comte de Besalu et de Fenouillèdes afin, dit l'acte, démettre m terme au relâchement qui s'était introduit dans ce monastère. Cetacte est souscrit par les vicomtes Pierre et Arnaud. Le premier était vraisemblablement le même que Pierre I qui vivait en 1017.
L'abbaye de Saint-Paul fut érigée en collégiale en 1318 par le pape Jean XXII, Tannée même où ce pape supprimait l'abbaye carolingienne d'Alet pour y établir un chapitre et un siège épiscopal.
Le Chapitre de Saint-Paul, dirigé par un doyen, fut chargé, de concert avec le chapitre d'Alet, d'élire l'évêque du diocèse, droit qui lui fut enlevé par le pape Clément VI.
Outre le doyen, il y avait deux autres dignitaires, un sacristain chargé de la paroisse, et un préchantre Il y avait de plus douze chanoines et trente cleiniprébendés. L'évêque d'Alet et le chapitre de Saint- Paul nommaient concurremment le doyen : l'évêque seul nommait le sacristain et le préchantre. Pour la collation des canonicats, les onze premiers étaient successivement conférés par l'évêque et par le chapitre et le douzième toujours par celui-ci, sur la présentation d'un chanoine désigné ; il en était de même pour les semi-prébendés.
Parmi les doyens du chapitre de Saint-Paul de Fenouillèdes, il faut mentionner Arnaud de Verdale. docteur en droit (vers 1336), qui fut chargé de plusieurs différentes missions par le pape. En 1337, il fonda le collège de son nom à Toulouse. Plus tard.
il devint évêque de Maguelone. Gérant de Massot, vicaire-général d'Hélie dePompadour, évêque d'Alet, avait été doyen du même chapitre, vers 1458 ( ] ).
Pas plus que les moines de l'ancienne abbaye, les chanoines du chapitre de Saint-Paul, ne brillaient en général parla pureté des mœurs. Nicolas Pavillon, qui occupa le siège épiscopal d'Alet pendant une grande partie du xvir siècle, eut toutes les peines du monde à maintenir le bon ordre parmi eux. C'est ainsi que pendant un séjour qu'il fit à Saint-Paul, il se vit obligé de l'aire arrêter un des chanoines. Ce chanoine, homme de condition, avait, au vu et au su de tout le monde, des fréquentations scandaleuses avec une femme dont le mari s'était, pour cette raison, retiré à Carcassonne, lieu de sa naissance. Un gentilhomme nommé M. d'Axat, ami du chanoine, ayant appris qu'il était prisonnier, vint le soir, avec une troupe de gens armés, investir la maison où il était enfermé et où logeait M. Pavillon, sur la Placette. M. d'Axat et ses gens, pleins de vin, crièrent toute la nuit comme des furieux pour se faire rendre le prisonnier. Ils se mirent enfin en devoir de briser les portes et même de les brûler, en vomissant contre l 'évêque les injures les plus grossières.
Comme M. d'Alet était seigneur de Saint-Paul, il pouvait aisément repousser cette troupe insolente et perdre sans ressource le gentilhomme qui la commandait. Mais il ordonna à ses gens de rester en repos. Cependant le matin arriva et nos tapageurs se retirèrent. Alors M. d'Axat étant enfin rentré en lui-
(1) Histoire générale de Languedoc, tome iv, deuxième partie, note cxlviii ajoutée par les nouveaux éditeurs (édition Privât, 1872 et suiv.).
même et considérant qu'elles pourraient être les suites de ces violences, envoya quelqu'un témoigner de son repentir à l'évêque et l'assurer qu'il était prêt à subir la pénitence qu'il lui voudrait imposer; car la coutume était établie de recevoir de l'évêque la pénitence publique, pour les péchés publics. M. d'Alet reçut M. d'Axat avec douceur. Il lui fit demander pardon, un jour de dimanche, devant le peuple assemblé, du scandale qu'il avait causé et lui prescrivit, à haute voix, les jeûnes, les aumôues et les prières qu'il devait faire pour obtenir la rémission de son crime et pour être en état de recevoir l'absolution (*).
Beaucoup de personnes croient qu'il y a eu à Saint-Paul un évêché, parce qu'on appelle Abescat (éyêché) la maison de la Placelle où se passa la scène que nous venons de rapporter. Cette maison servait tout simplement d'habitation à quelques chanoines et à l'évêque d'Alet , lorsque celui-ci venait séjourner à Saint-Paul.
En 1016 le comte Bernard demanda au pape la création d'un nouvel évêché dans ses états et il proposa pour siège de cet évêché, Saint-Genis de Besalu et Saint-Paul de Fenouillèdes : mais c'est Saint-Genis qui fut choisi.
L'église du chapitre de Saint-Paul existe encore : mais les transformations que les propriétaires lui ont fait subir depuis la Révolution, époque où les chanoines en furent chassés, la rendent méconnaissable. Les moulures des chapelles ont été respectées en
(1) Vie de Monsieur Pavillon,, èvêque d'Alet, Utrecht 1739 sans nom d'auteur.
grande partie ; celles de l'abside ont été arrachées et jetées aux quatre vents.
Du cloitre primitif , on ne voit que trois galeries en partie murées. La quatrième a été démolie.
La salle capitulaire et le réfectoire, de style ogival, ont aussi disparu sous le marteau des maçons. On a remplacé toute cette architecture vive et élancée, pleine de souvenirs, par une maison à la moderne, c'est-à-dire sans aucune espèce de caractère.
Le cloître était petit, sans arcades et sans voûtes : ce qui en reste donne bien une idée de ce que furent les abris des premiers cénobites, la plupart du temps pauvres et ne vivant que du faible revenu d'un terrain défriché à grand peine.
L'église de Saint-Paul est sous l'invocation de Saint-Pierre. Elle fut commencée en 1313, s'il faut en croire l'inscription suivante qui se lit au-dessus de la porte sud (aujourd'hui fermée) :
ANNO DOMINI MCCCXIII II IDVS MADII
■'VIT INCEP TA ECCLESIA SAIMCTI