CHAPITRE
PERPIGNAN" (SUUe)
La Place do la Loge. — Le Consulat -de -Mer. — La Loge de Mer.
— Description des deux façades. — Inscription.— Théâtre-de -la- Loge.— L'ancienne Comédie de Perpignan.— L'Hôtel-de-Ville.
— Histoire de sa construction. — La Salle Saint-Jean. — La Salle consulaire— Le Plafond. — Armes do la ville de Perpignan.— La Ma armada. —Rue des Fabriques d'En Nadal et d'En Nebot.
— La Fabrication des draps à Perpignan pendant le Moyen-Age.
— Les Pareurs.— Les étoffes de soie.— L'ancien Palais' de Justice.
— La Place La Borie. — La Préfecture. — L'Ancienne rue de la OaUimarirt.— La Placido la République. -Les Jcsuitesà Perpignan.
— Le Théâtre municipal. — La Halle au Blé. — Les Égouts de la ville. — La Poissonnerie.— La Place Neuve.— La rue des Augustins.— L'ancien Hôtel de la Monnaie. — L'église Saint-Mathieu.— Décoration de cette église — Lo Pont d'En Baslil. — ha Porte de Malloles. — L'Hospice Saint-Jean. — L'Hôpital militaire.— Le couvent des Dames enseignantes. — La Porte et la Caserne Saint-Martin. — La Merci. — La Place Arago. — Le Collège. — Le Palais de Justice. — Lo Portai de la Sal. — La rue de l'Ange. —La rue Mi-illy. — L'ancienne Maison du Temple— La Préfecture.
— Le Castillet. — Le Faubourg Notre-Dame. — Les Gitanos.— L'ancien Cours Jallais. — La Pépinière. — Los Platanes.
La Place de la Loge (') est l'endroit le plus fréquenté de la ville. L'une de ses faces est occupée par de beaux cafés, et l'autre par trois monuments dont nous ferons la description et l'histoire.
Le premier de ces monuments fait angle avec la
(1) En catalan, on dit tout simplement La Lloljà, La Loge.
rue des Marchands : c'est l'ancienne Loge (') qui correspond à notre Bonne ou à notre Tribunal de commerce. La Logo de Perpignan prit, comme celle de Barcelone, le nom de Loge de Mer, parce que c'était principalement par mer que se faisait le commerce du pays.
Le tribunal qui siégeait à la Loge de Mer prenait le nom de Consulat de Meii. Ce tribunal de commerce se composait de deux consuls, d'un assesseur et d'un juge d'appel, auxquels on adjoignit, en 1729, un troisième consul, pris dans le corps des marchands, et deux conseillers.
L'étage unique (la salle Arago actuelle) était consacré aux consuls de mer. au greffe et aux archives de ce tribunal qui avait été institué à Perpignan par le roi Jean I er , en 1388, à l'imitation de ceux déjà ctiblis à Valence, à Majorque et à Barcelone. Dans la salle basse du monument se réunissaient 1rs négociants.
La construction de la Loge de Mer fut autorisée par lettres patentes du roi Martin du 20 septembre 1397. Par ces lettres, le prince permettait de prendre sur les fonds de l'impariage ( ! ) une somme de 1,000 florins d'or d'Aragon, applicable à l'achat des maisons sur l'emplacement desquelles sciai! bâtie la Loge de Mer et aux frais de la construction.
(1) tes loges du genre de. celle-ci sont d'origine italienne (loggia). Biles. furent établies dans les places maritimes do l' Aragon longtemps avant de l'être dans celles de la Castillo. En espagnol ou les appelait Lonja.
(2) Ou del parialge; impôt qui frappait d'un droit toutes les marchandises à l'entrée et à la sortie du Roussillon.
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L'hôtel bâti sous le roi Martin ne consistait que dans la partie du monument qui présente, sur la Place de la Loge, les deux arcades voisines de l'angle. Les deux autres arcades et toute la partie du monument (fui leur correspond, furent ajoutées sous Charles-Quint, enlSiO; cela ressort d'une inscription catalane enfermée dans un cartouche en relief qu'on voit entre les ogives des deux portes :
Régnant gloriosament en
Spanya Caries Quint
Emperador de Roma y esmt
Gonsols de mur los honorables
Honorai Forner barges y Fronces
Maies meraider forte fêta
Aguesta ultra pari lany
De la salât chrestiasta 1340, Régnant glorieusement en Espagne Charles-Quint, empereur de Rome, et étant consuls de mer les honorables Honoré Forner, bourgeois, et François Mates, marchand, a été faite cette autre partie, Fan de la rédemption chrétienne 1540.
Il est à remarquer que, dans tout ce qui tient à l'ornementation , la partie la plus ancienne de la Loge est la mieux conservée, à raison du meilleur choix de la pierre. Le gothique fleuri qui fait le caractère de ce monument, se ressent du voisinage de l'Espagne où l'architecture arabe avait fait école.
Le style architectonique varie sur les deux faces du monument.
Du côté de la Place de la Loge, quatre grandes arcades ogivales dont l'archivolte est accompagnée de crosses d'acanthe épineuse, se terminen t au claveau
par un bouquet et forment, au rez-de-chaussée, quatre vastes portes.
L'étage unique qui surmonte la salle basse est éclairé par cinq groupes de fenêtres, géminées, placées à une grande hauteur au-dessus du plancher et réunies deux à deux par un appui commun, orné de rameaux de chêne. La partie supérieure de ces fenêtres dont l'amortissement à contre-courbure se termine au claveau par un bouquet, est garnie de meneaux descendant en cul-de-lampe terminé par une tête humaine et formant une double arcade à chaque fenêtre. Les pieds-droits en sont accompagnés de clochetons, le tout reposant sur un fond en larges cannelures.
Sur l'autre face du monument, on voyait, il n'y a pas bien longtemps encore, au rez-de-chaussée, deux immenses ouvertures ogivales, séparées par un pilier et sans autre ornement qu'un rameau de chêne serpentant sur les impostes. Mais les fenêtres de l'étage supérieur qui portent aussi sur un appui orné do rameaux de chêne kvec figures d'homme, et d'animaux, existent toujours. Elles sont quadrilatérales et leur ouverture est partagée en trois parties par des doubles meneaux, minces et délicats dans l'une où le double montant ne présente qu'une demicolonnette adossée, plus épais dans l'autre où les deux montants offrent un groupe de trois demicolonnettes adossées. Ces colonnettes supportent, dans l'une et l'autre fenêtre, une découpure flamboyante qui occupe le tiers supérieur de l'ouverture, ornement aussi rare dans les fenêtres quadrilatérales que le sont ces fenêtres elles-mêmes dans le style ogival.
Entre les deux ogives du rez-de-chaussée, on remarquait une grande pierre sculptée représentant Saint-Jean-Baptiste au milieu d'un encadrement fleurdelisé. Ce sont les armes do Perpignan sons Louis XI, mais non les armes légales de la ville de Perpignan. — Cet écusson de l'occupation française du \v° siècle a disparu comme l'ornementation des deux portes. D'ailleurs, tout ce beau monument de l'ancienne Loge de Mer a été dégradé à diverses époques.
11 était terminé par une balustrade en pierres découpées à jour. Après avoir été détruite presque complètement , elle fut refaite à neuf par les soins du baron Guiraud de Saint-Marsal, maire de Perpignan (1842) (>)
L'acrotère qui forme l'angle de cette jolie balustrade présente sur ses deux faces deux génies artistement sculptés, soutenant un écu. L'exécution ferme et hardie des différentes figures indique l'œuvre d'un artiste do talent du xv e siècle. L'acrotère supporte une girouette en forme de navire comme on en faisait alors. Ce sont les mêmes mâts, les mêmes hunes en corbeilles et le même gréement , le tout en bois et en fer.
En 1752, la salle du rez-de-chaussée fut convertie en théâtre, et, pour rendre ce changement moins onéreux à la ville. M. de Mailly fit abandon du droit de sacade qui lui revenait et qui se montait à la somme de 3(50 livres. On abattit, à cette époque, un beau plancher et la Chapelle dont le retable était formé par le curieux tableau de la Trinité qui est à
Voyez au Musée les restes do la balustrade primitive.
Saint-Jacques. L'intérieur do la Loge de Mer fut tellement défiguré qu'un contemporain assure qu'on ne 'pouvait plus se faire nue idée de ce qu'elle avait été auparavant.
Quelque temps après, on étendit le long de l'édifice un balcon qui fit suite à celui de l'Hôtel-de-Ville. (') Du haut do ce nouveau balcon, la noblesse du Roussillon put voir les danses catalanes qui se tinrent sur la Place, le jour de l'arrivée du marquis de Paulmi, ministre d'Etat de Louis XV.
Avant 1752, époque où on créa le Théâtre de la Loge, Perpignan possédait une salle de spectacles située dans la rue de Y Ancienne Comédie qui débouche dans la rue de la Main do fer. Cette maison était connue anciennement sous le nom do Casa de las Coinedias. C'est là qu'on dut jouer, en 1543, une tragédie latine, composée par un nommé Satorres de Balaguer et dont le sujet était la levée du siège de Perpignan par le Dauphin, fils de François I er .
Quant aux Mystères, ces longs drames religieux du .Moyen-Age qui avaient pris naissance dans les anciennes cérémonies ecclésiastiques et dans la liturgie figurée de l'époque, peu de pays en ont eu le goût comme le Roussillon. Les principales communes jouaient, tous les ans, un des nombreux mystères que les prêtres ou les laïques composaient.
Le théâtre contemporain, dont il faut d'ailleurs chercher l'origine dans lesMystères, n'a pas tout-à-fait complètement détrôné ceux-ci dans notre département, puisqu'on y joue encore quelquefois La Presa
(I) ils ont disparu tous les deux depuis une quarantaine d'années.
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(W Jïort (L'arrestation de Jésus-Christ au Jardin des Oliviers) et Joseph vendu par ses frères. Naturellement ces mystères sont en catalan.
L"Hôtel-de-Ville est contigu à la Loge de Mer. Dès le xm° siècle il existait déjà, sans doute, à la même place , un Môtel-de- Ville proportionné à la population de Perpignan. L'étendue et l'importance de la ville ayant doublé depuis, notre monument reçuttrn premier agrandissement en 1315, un second en 1368 et un troisième en 1402. Nous considérons comme appartenant aux premières années du xrv e siècle, la double arcade en plein-cintre qui sert d'entrée et que sépare un pilier carré, court et lourd, posé sur un soubassement. Les arcades et les piliers de, même genre qui sont dans le vestibule doivent dater de la même époque, à laquelle il faut attribuer aussi les corbeaux avec mascarons qui supportent les lambourdes du plancher de l'étage supérieur.
L'agrandissement qui eut lieu en 1368 se lit par l'acquisition d'une vaste maison sise derrière l'Hôtelde-Ville qu'on fit alors communiquer avec la rue de la Galliiiaria, aujourd'hui de la Barre.
Sous Charles-Quint on avait commencé des travaux qui devaient donner à l'édifice une galerie couverte; mais l'exécution du plan n'eut lieu que sur une des faces de la cour.
Une nouvelle restauration de l'Hôtel-de-Ville date de 1692 et 1693 : c'est alors que fut construit le grand escalier.
En 1602, on avait établi dans la Salle Saint-Jean, une chapelle qui fut consacrée par l'évêque d'Elne sous l'invocation de Saint-Jean et de la Sainte- Vierge. Un bref du pape du 3 avril 1727 attacha des
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indulgences à cette chapelle en faveur de ceux qui y entendraient la messe dévotement.
Cette salle Saint-Jean, refaite de nos jours, porte le nom de Salle des Mariages. Elle n'a conservé de l'ornementation du Moyen-Age que son plafond, lequel est fort beau, sans égaler, toutefois, celui que nous verrons dans la Salle Consulaire qui est audessous.
Celle-ci n'offre plus l'aspect qu'on lui voyait à l'époque de nos libertés communales ; mais le plafond a été bien conservé. Il est à compartiments, profonds, exécutés de main de maître, d'après un plan qui dénote un goût exquis chez son auteur. On ne saurait rien voir de mieux pensé et de mieux fait dans ce genre. Ce plafond est certainement une des choses remarquables de Perpignan.
Au fond de la salle, s'élevait un dais sous lequel siégeaient les Consuls, privilège qui avait été accordé à la ville sous la domination aragonaise et que la France lui avait conservé. Sous ce même dais siégeaient les rois d'Aragon lorsqu'ils venaient visiter leur très fidèle ville de Perpignan, comme ils appelaient la capitale du Roussillon.
Au-dessus de la porte d'entrée se voit un écusson qui a la prétention de représenter les Armes de la ville de Perpignan. 11 est aussi fantastique, aussi faux que ceux qu'on a peints sur les vitraux de l'église Saint-Jean et delà salle Arago.
L'écu de la salle consulaire a un champ de gueules à trois pals d'or au lieu d'un champ d'or à quatre pals de gueules. De plus, le Saint-Jean qui surcharge l'écu losange tient la bannière de la main droite et l'agneau sur le bras gauche, alors queles monnaies et les des-
sins du temps représentent Saint-Jean debout, vu de face, tenant sur la main ou dans le bras gauche l'agneau pascal porte-bannière qu'il indique de la main droite. Le costume de Saint-Jean doit être une simple peau de mouton ; c'est celui que lui attribuent, en effet, les monnaies et les méreaux du Moyen-Age.
L'écu perpignanais date de l'an 1400 et c'est le roi Martin qui l'octroya aux consuls et aux prud'hommes de Perpignan. La charte du roi Martin ( ; ) parle, à la vérité, d'un sceau plus ancien ; mais elle n'en décrit point le type qui était peut-être la seule image de Saint-Jean, patron de la commune, dans un écu losange.
Sous la domination française, pendant le règne de Louis XI, les pals de gueules d'Aragon firent place à un semis de fleurs de lys et l'écu prit la forme carrée, ce qui semblerait indiquer que Louis XI, après la capitulation de Perpignan, avait voulu priver cette ville de son témoignage de virginité, le losange étant le signe des places fortes qui n'ont jamais été prises.
Après le retour du Roussillon à l'Aragon, Perpignan reprit le sceau de 1400. Mais après l'annexion de 1651) et sur la demande des consuls, Louis XIV autorisa (10 septembre 1681) la répudiation des barres rouges de l'écu aragonais, pour leur substituer encore le semis de fleurs de lys qu'on voit quelquefois, notamment sur les beaux vitraux de la cathédrale.
Il est temps qu'on fasse revivre les armes de 1400.
C'est à l'Hotel-de- Ville que se déployait, à l'occasion, l'étendard de la Main armée ou Ma armada
(i) Livre Ses Provisions, f« 208.
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dont nous parlerons à propos de la charte communale (*).
En l'ace de ce monument sont deux rues dont le nom de Fabriques d'En Nadal et de Fabrique* d'En, Nebot ( 8 ) rappellent la fabrication des draps qui a été si florissante à Perpignan du xu° au xvi siècle.
On ne comprendrait pas comment la consommation pouvait contrebalancer la production, si on ne savait que l'exportation se faisait avec un placement avantageux, principalement dans le Levant au moyen des navires que le commerce maritime de la ville envoyait aux Échelles.
De nombreuses pragmatiques et ordonnances royales attestent la sollicitude des rois de Majorque et d'Aragon pour cette importante industrie. Les ouvriers de Perpignan étaient surtout d'excellents paveurs, c'est-à-dire qu'ils apprêtaient les draps beaucoup mieux que les ouvriers étrangers , et plusieurs villes du Nord de la France envoyaient leurs draps à Perpignan pour y être parés.
L'industrie de la soie était aussi répandue en Roussillon où l'on fabriquait même des draps d'or.
Beaucoup d'autres industries de Perpignan étaient en grande réputation. Ainsi, au xv e siècle, nous trouvons des demandes de nombreuses paires de gants de peau de chevreau garnis de franges de soie de diverses couleurs , pour la reine d'Aragon. La reine Marie, femme d'Alphonse V, se faisait envoyer de Perpignan diverses productions de l'industrie locale, eu crfévrerie, surtout. 11 n'est pas jusqu'à
(1) Voyez l'Histoire Ce la ville de Perpignan, chapitre quatrième.
(2) Et non pas Naabol.
des peignes en corne que cette reine ne fasse venir <ïc la capitale du Roussillon.
Les guerres de Louis IX et de Jean d'Aragon, et celles de François I er et de .Charles-Quint, portèrent un coup mortel à la prospérité de Perpignan.
La Place de la Loge n'a pas cessé d'être l'endroit le plus animé de Perpignan. L'Hôtel-de-Yille et la Loge-de-Mer en ont toujours l'ait un centre politique et commercial. Si la Bourse n'existe plus, il reste encore FHôtel-de- Ville et, de plus, il y a les cafés qui sont de véritables bourses où se traitent un grand nombre d'affaires commerciales.
Ce qu'on nomme maintenant Y Ancien Palais de Justice est l'Hôtel de la Députalion locale, bâti, selon M. Henry, en 1448. Après la réunion du Roussillon à la France, il devint le palais du Conseil souverain de la province et, plus tard, le tribunal de première instance de Perpignan. — Notons ici que le député local était chargé de recouvrer les droits d'entrée et de sortie au nom de la Généralité de Catalogne.
La façade de Y Ancien Palais de Justice présente trois belles croisées à trois fenêtres, séparées par ces élégantes colonnettes qui sont l'une des décorations obligées de l'architecture catalane. La porte est remarquable : elle est à plein-cintre et formée par d'énormes voussoirs admirablement appareillés ; elle offre un aspect de force qu'on rencontre rarement. 11 est à désirer que ce monument soit conservé, car c'est un modèle de belle architecture catalane du xv e siècle.
En sortant de la rue de la Loge nous entrons dans la Place la Borie d'où nous apercevons à notre droite La Préfecture, ancien local de Y Intendance
rff Roussillon. C'est là qu'était installé, pendant la Révolution-, le Directoire, du département.
La première rue que nous trouvons, à gauche delà Place La Borie, est la rue de la Barre dont les maisons ont conservé l'avancement si commun au Moyen-Age.
Ainsi que bous l'avons déjà marqué, cette rue a longtemps porté le nom de Carrer de la Gallinaria (Rue des Coqs). Là se tenait le marché quotidien ; là avaient leurs tables, les bouchers, les boulangers
là
aussi se
et autres marchands de comestibles faisait la vente des esclaves.
Le premier des calendes du mois de mars 1291), un habitant de Campredon vint à Perpignan, avec procuration du chevalier Pons de Castellart, pour vendre un de ses esclaves sarrasins, nommé Azmet. Conduit à la Place du Marché (rue de la Gallinaria, par conséquent), cet esclave fut exposé en vente à la table d'un marchand, nommé Pierre Ripariu, et acheté par le précepteur de la commande™ du Mas Déu. de l'ordre du Temple, au prix de 11 livres 10 sous malgonais (875 francs, environ) ('). Les esclaves sarrasins abondaient dans Perpignan. On trouve des ordonnances qui défendent aux fabricants de drap de s'en servir dans les ateliers, sous peine de se les voir confisquer. Ceux des sarrasins qui s'étaient rendus coupables de crimes entraînant la peine capitale, étaient brûlés sur la grève de la ïet. Mais le bailli de Perpignan pouvait arrêter le supplice au moment même de l'exécution, en faisant passer le patient sous la main du fisc.
(1) Henry. Notes manuscrites.
Dans le voisinage de la Barre nous trouvons la Place de la République autrefois dite Place des Jésuites, Place royale, Pince impériale ou de Napoléon.
Cette belle Place et le Théâtre municipal qui en occupe une des faces faisaient partie du Collège des Jésuites. Le local des classes forme actuellement le Théâtre : le parterre et l'orchestre constituaient la cour du Collège dont la construction avait une grande analogie avec celle de l'Université.
Les Jésuites ne vivaient pas en bonne harmonie avec les professeurs de ce dernier établissement. Dès son institution, l'Université de Perpignan eut •les écoles où on enseignait les éléments de la langue latine ; elle en fut dépouillée, vers le milieu du xvn e siècle, par l'usurpation des Jésuites qui avaient créé des classes de rhétorique, d'humanité et de grammaire. Cependant elle conserva la prééminence et la juridiction dans les écoles des disciples de Loyola. Après leur expulsion du royaume (1762), l'Université rentra dans ses droits.
Dans la rue du Théâtre on peut aller voir deux maisons qui offrent un spécimen très-bien conservé du style de la Renaissance. L'une d'elles passe, bien à tort cependant, pour avoir servi de palais et de prison à l'Inquisition. ( a )
La Fontaine Desprès, ainsi appelée du nom d'un maire qui la lit construire, occupe le centre de la Place de la République. Elle est en marbre blanc et la vasque est supportée par trois sirènes nues, en bronze.
il) Voyez plus haut, chapitre deuxième, p. 61 note.
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Kg — 78 —
co — =
Kg L'endroil où elle s'élève a longtemps gardé les
restes glorieux des généraux Dagobert et Dugommier.
morts tous deux au service de la Révolution et de la
République.
Cn^^
Dugommier prit le commandement de l'Armée des
Kl Pyrénées-Orientales, vers la lin de 1793. 11 mourut le
W3 17 novembre 1794, atteint par un éclat d'obus en
cr-, — =
K avaiit de Figueras. Son corps fut provisoirement
mJi déposé à Bellegarde.
kgj Dagobert était mort le 27 avril 1794 d'une lièvre WLf violente à Puigcerda et sou corps fui inhumé à
co — =
Bft Mont-Louis, sur la place de l'église où se voit encore K# un modeste monument funéraire qu'on devrait bien K.!j entretenir quelque peu.
KO —
mS Près de la Place de la République est la Place
neuve ou du Marché Neuf où viennent déboucher
E^' plusieurs nus dont les principales sont la rue tirs
Augustins, rue Grande la Real et rue de la Fusterie.
A l'autre extrémité de cette dernière, se trouve la
Halle au Blé de construction récente. La première Halle, qui était sur le même emplacement, avait été
■ bâtie en 1293. Sa situation est ainsi fixée dans la mj& charte de fondation : f 1 ) « Ce lieu est hors l'en-
■ £" cei nte de la ville, à l'endroit où étaient les fossés de
co =
W'--' l'ancienne ville et la Porte appelée d'Elné. » Elle fut