‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 17 sur 71 · CERBÈRE. — S^ ET DERNIÈRE STATION · texte numérisé non relu

CERBÈRE. — S^ ET DERNIÈRE STATION

45 kil. de Perpignan.

De Banyuls à Cerbère la voie ferrée suit toujours le bord de la mer, à travers une série d 'escarpe menls rocheux qu'il a fallu briser et de vallons qu'il a fallu combler par des remblais dont quelques-uns atteignent une hauteur énorme.

Nous traversons bientôt un long tunnel (1800™), et nous filons vers Cerbère, dernière station de la ligne française et dernier village français.

La limite des deux nations est à une faible distance de la gare internationale. Dès le premier siècle de l'ère chrétienne, le géographe latin Pomponius Mêla parle du lieu de Cervaria (Cer varia Idcus), qu'il se borne à désigner comme le point extrême de la limite des Gaules {Finis Galliae) ; de sorte que la limite franco-espagnole est aujourd'hui exactement celle qui existait sous la domination romaine.

Pendant le moyen âge il y eut une Seigneurie de Cervera qui s'étendait depuis la cale de Perafita ou Peyrefitte jusqu'à la pointe de Cerbère et qui appartint pendant longtemps aux seigneurs des Abelles. Il est à supposer que ces deux seigneuries n'étaient pas bien peuplées, puisque les documents de cette époque ne donnent jamais à Cerbère le titre de villa^ appliqué cependant aux moindres localités. Ils le désignent, comme l'avait fait Mêla, par l'appellatif de locus, « lieu », « endroit ».

Il ne reste pas de traces de manoir féodal des deux seigneuries, à moins que les ruines ou restes de construction qui se voient au Pmg Quer-Roig, improprement appelés <( tour », ne soient le reste d'un édifice de ce genre. (1)

Depuis l'ouverture de la ligne du chemin de fei*, Ger-

(i) On écrit souvent ce nom Caroj et même Caroch ; l'étymologie est quer ou car, vieux mot celtique qui signifie « rocher », et l'adjectif latin rubeus (rouge), qui a fait roig^ en roman : d'où Queroig ou Caroig.

bère a complètement changé d'aspect. Le grand nombre d'ouvriers qui a construit la voie et la gare immense de cette station ont commencé à porter la vie où il n*y avait que silence et solitude. Le personnel que réclame l'entretien et l'administration du chemin de fer, joint aux négociants qui sont venus s'installer dans ce misérable hameau, lui assurent une certaine importance pour l'avenir. Toutefois, il ne faut pas attendre énormément de ce côté ; le terrain pour bâtir manque ; ce n'est qu'à force de remblais et de tranchées qu'on est arrivé à établir la gare de Cerbère qui est, d ailleurs, très vaste et très belle. Les proportions gigantesques qu'on lui a données s'expliquent par sa situation à la limite franco-espagnole. C'est ici que se fait le transfert des marchandises ; c'est ici aussi que les voyageurs venant d'Espagne sont soumis à un examen minutieux ; ceux qui vont de France en Espagne subissent le même soit à Port-Bôu .

Les deux gares sont séparées par une montagne haute de 208 mètres et large de 1000 environ. Ce dernier chiffre indique donc la longueur du tunnel international qui la traverse.

Le voyageur qui va de France en Espagne ne quitte les voitures du Midi qu'à Port-Bôu ; celui qui vient en France ne quitte celles de Tarragone-Barcclonc et France qu'à Cerbère. — On remarquera que la voie espagnole est plus large que la voie française (1).

La gare de Port-Bôu présente, à peu de chose près, les mêmes dispositions que celle de Cerbère, dans une position presque identique. Quant au village, il était, il y a vingt ans. ce qu'on peut imaginer de plus triste en fait d'habitations humaines. On voit aujourd'hui à leur place un graiid et beau village, plein de vie et d'animation. Un chemin muletier relie Cerbère à Port-Bôu par le col des Bélîtres.

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