D'ARLES A LA PRESTE LA HAUTE VALLÉE DU TECH
SERRALONGUE
13 kil. de Prats-de-Mollo, a8 kil. de Céret, 56 kil. de Peq)ignan.
Nous descendons sur les rives du Tech pour reprendre la route nationale et la quitter de nouveau au Pont de la Vierge Marie (1). Nous prenons, à gauche, un petit sentier qui serpente le long de la montagne et, un moment après, nous arrivons à la forge de Galdare, d'où nous gagnons facilement Serralongue, village de 782 hahitants, situé dans un vallon très agréable, et couvert en grande partie de belles châtaigneraies. S'il fallait en croire une iijscription qu'on a peinte sur la porte de l'église, ce petit monument daterait de 1018. 11 est probable qu'on a tiré cette date d'une inscription du XIII^ siècle qu'on n'a pas su lire. Cette église est ancienne, sans doute, mais §a construction n'est certainement pas antérieure à l'année 1280 ou à l'année 1300.
( i) On peut «lier de Saint-Laurent à Serralongue à travers bois par un chemin vicinal fort mauvais, mais très pittoresque, qui va passer entre lo Roch dels Pins et lo Castell. Un autre chemin, qui traverse la forêt de Falgos et va passer au pied du Mont Nejre (i4a5 m. d'alt.) et à une faible distance des Tours de Cabrenç, conduit à La Manère. Très belles courses, si ou les fait le matin, pendant la belle saison.
Vhonor ou la haronia de Serrallonga ou de Cahrenç était un fief des comtes de Gastellnou dont il a été souvent question plus haut. Ce fief cx>mprenait les territoires des communes actuelles de La Manère et de Serralongue.
a Le Château et les Tours de Gabrenç, dit Alart, constituent, dans leur ensemble, les plus considérables fortifications seigneuriales qui existent dans le département et donnent encore aujourd'hui une juste idée de ce que pouvait être un repaire de barons à Tépoque où le régime féodal régnait dans toute sa puissance. Chacune de ces forteresses est un véritable nid d'aigles construit au milieu de profonds précipices, sur des rochers taillés à pic et que les chèvres seules peuvent gravir, ainsi que l'indique d'ailleurs le nom vulgaire de Cahrenç donné à la principale de ces constructions. L'aspect seul de cette a longue crête », couverte de donjons, de tours et d'enceintes fortifiées, inspire une idée redoutable du pouvoir qui trônait dans ces parages ; et, d'autre part, le nom de Serrallonga se trouve encore mêlé à des légendes et chants populaires pour troubler les souvenirs des bonnes gens de nos campagnes.» (1) Le Château paraît avoir été construit au 1X« siècle ; la première Tour, bâtie plus tard, est toutefois antérieure à la fin du XIII^ ; la seconde pourrait bien être du XIV®.
On croit que c'est à Serrallonga que naquit ce fameux contrebandier des traditions romanesques du Roussillon dont une espèce de drame, appelé lo Bail d'En Serrailongay jadis très populaire, rappelle la vie encore plus aventurière que criminelle.
Nous sommes mieux renseignés sur le prêtre Centéna qui, parvenu au décanat de la cathédrale de Barcelone, fut béatifié après sa mort. Il était né à Serralongue au mois de mai 1616. A l'Université de Valence où il étudia quelque temps, on lui avait donné le nom de VEmérite catalan. Il mourut en 1691.
Le poète Pierre Talrich, mort à Paris il y a quelques années, était né aussi à Serralongue. Orphelin,, il quitta
(i) Alart, Notices historiques sur les communes du Roussillon,
son pays de très bonne heure et s'en fut à la capitale. 11 a rappelé ces souvenirs en des vers pleins d'une douce et poignante mélancolie. C'était un vrai poète; sa langue est d'une pureté exemplaire, et il court dans ses vers comme un long désir de revoir son pays, désir fort touchant, vrai, sincère ; il espérait venir y mourir :
Vallespir, Dois sospir !
Quina alé^ria I Mon cor somia
eu'un dia hauré per darrer llit uatre pédras dei téu granit.
Si' m néga Deu eixa esperança, Si sota un altre cel de França Mon jorn suprem a de venir, De mi conserva est sovenir :
No moriré pas de velesa ; Ay no ! moriré de tristesa, Vallespir, Dois sospirs !
La montagne de Gabrenç est contournée par une route vicinale qui nous conduit à la Manère.