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SAINT-LAURENT-DE-GERDANS

7 kil. de Prats-de-MoIIo, 3o kil. de Céret, 58 kil, de Perpignan.

A 6 kilomètres au-dessus d'Arles, s'ouvre, sur la rive droite du Tech, la vallée de la Quéra ou de Saint- ' Laurent-de-Gerdans (1)

^ Nous franchissons le Tech sur le Pont del Pas del Llop

è (Pont du Passage du Loup). Cette route suit tout d'abord

ei la rive droite du Tech, puis tourne brusquement à gauche

pt s'engage dans la vallée de Saint- Laurent. Le chemin

m est bon, large, bien entretenu; il est tracé à mi-côte de

ini la montagne, et il permet de voir au fond de la vallée

me campagne délicieuse, où les bordes et les forges appa-

laissent de temps en temps. Plus haut, et du côté de

lOuest, le Roch dels Pins et les montagnes de Serral-

^nga, montrent leurs sommets luisants.

Saint-Laurent-de-Gerdans est un gros bourg de 2.362

(ibitants, situé dans un des plus agréables endroits du

kllespir, au bord de la rivière de la Quéra que lon-

ttit de jolies prairies, des champs semés de légumes,

Ib maisons de campagne très pittoresquement situées et

p châtaigneraies trèsproductiveè. Su ries sommets s'éta-

t) Qaera est le féminin du vieux mot Query « rocher. »

^ent en amphithéâtre des bois de chênes et de hêtres. Le vallon et la ville sont dominés à l'Est par le Mont Capel (1194 m. d'alt.) et par le Pie de la Nantilla, un des points de séparation de la France et de l'Espagne (1022 m.)

La principale industrie du pays est la clouterie et la fabrication des souliers de corde ou espardenyes, qui occupe un nombre considérable de personnes. On fabrique aussi des douelles et des cercles ; les charbonniei's sont assez nombreux.

Par un chemin frais et gai et en une petite heure, on se rend au Château de Crémadells, famille d'agriculteurs très connue dans le Haut-Vallespir depuis le XVc siècle. L'un d'eux, Jérôme, se vit créer « bourgeois honoré et immatriculé de Perpignan » en 1685 ; il fit alors raser la vieille demeure paysanne de ses ancêtres et ja remplaça en 1691 par le Château actuel. Son fils et héritier universel, Joseph Crémadells, acheva, en 1732- 1733, les vastes constructions commencées par son père, et les compléta par le beau donjon carré qui donne au Château de Crémadells un véritable cachet seigneurial. Oubliant leur devoir, les derniers Crémadells livrèrent leur vallée à l'étranger en facilitant l'invasion espagnole (1793). L'émigration fut le châtiment de leur conduite; leur (ihâteau fut vendu par la Nation. Après avoir changé souvent de maîtreî<, il est devenu la propriété de M. Pierre Garcerie, de Saint-Laurent-de-Cerdans.

COUSTOUGES

22 kil. de Prats-de-MoHo, 35 kil. de Céret, 6o kil. de Perpig-nan.

Village de 500 habitants, tout à fait au sommet de la vallée, dans un pays pauvre, stérile, isolé. Quand on parcourt ces parages on croit être dans les montagnes de la Syrie. Ce n'en est pas moins une localité intéressante pour le naturaliste ; elle ofTre, en effet, des gisements fossiles et métallifères très curieux et une flore peu abondante mais remarquable.

La forme ancienne de ce nom est Costuja ou Costoja (prononcée « Coustouje » en catalan). Costuja fut trans-

formé en Custodia pour la première fois, à ce qu'il semble, en l'an 1011 danii une bulle du pa|)e Serye IV. Ainsi modilié, le nom avait une apparence latine, ce qui a fait dire que le lieu avait été un \ionlit (fuetodîu) uù Ic^reait une (larnison destinée à surveiller le |>a»4ai:e des montagnes dans celte partie de nos Pyrénéus.

C'est l'opinion de quelques écrivains que la mère du pape Damase naquit à Ci>ustoii|ies et que le pa|ie dota ta

Kitrie de sa tnèra d'une Ijelle étilise qui existe encore, amase, qui était romain, occupa le sié»^e pontilical de 366 à 370; or, réglise actuelle qui, enectivemeiit. wt très remarquable, n'a été consacrée qu'en 1132 par Uda(îlar, évèque d'Ktne,

Mérimée, qui est un de ceu.x qui attribuent la fondation de cette église au pape Damase, la fait miner par les Arabes et reconstruire au IX" siècle, ce qui n'est qu'un moyen injçénieux pour laisser la lé^ieniie (iolmut.

Comme toutes les éjçlises romanes très anciennes, celle de Goustoui;es est dédiée à la Vierge. Elle est à une seule nef. La voûte est a <^ive peu prononcée. « La nef est imposante par ses vastes proportions, mais sa décoration intérieure est d'une simplicité austéi*. » L'é|;lise a deux

façades et l'espace compris entre les deux murailles forme un pronaoSy comme à Serrabona, mais, ici, cette espèce de porche ne faisait point partie du plan primitif. Derrière le maître-autel se trouve le Camarill, sorte de chapelle où siège la statue de la Vierge et que nous retrouverons à Font-Romeu et à Err, en Cerdagne.

La porte principale est encadrée par quatre colonnes à chapiteaux corinthiens romans qui soutiennent une immense archivolte couverte de moulures et d'ornements (1). Ces ornements paraissent procéder de Tart antique, lequel, selon M. Révoil, s*est continué dans le Midi de la France jusqu'à la fin du XII^ siècle. Toutes ces sculptures sont faites avec beaucoup de vigueur et de hardiesse. Le portail a dû être exécuté pendant la première moitié du Xlle siècle. L'église de Goustouges est classée parmi les monuments historiques.

Dans les environs de Goustouges, en un site découvert, se dresse le Château de Pradeills, vieux manoir qui a été restauré dans le goût du moyen âge par son propriétaire.

De cet endroit, et par un bon petit sentier, on va rejoindre le chemin qui, de Saint-Laurent-de-Gerdans, monte au hameau de Vilarqja, puis descend sur la rive gauche de la Muga, à l'auberge dels Menés. Cette haute vallée de la Muga jouit d'une ancienne et bien mauvaise réputation. Elle a jadis abrité la plus affreuse bande d'écu meurs de grande route qui se soient promenés dans les Pyrénées, les Trabucaj/res, dont nous avons déjà parlé quand nous sommes allés à Las Illas. Ces bandits avaient la spécialité d'enlever des gens aisés, quelquefois des enfants de riches familles et de les garder dans la montagne jusqu'à payement d'une rançon. Le touriste pourra se faire raconter à l'auberge l'histoire d'un malheureux jeune homme appelé Massot, qu'ils martyrisèrent. La Grotte de Bassagoda, où ils logeaient habituellement, n'est pas loin d'ici. Donc, pays mal famé, d'aspect féroce. Le

( I ) Voir la remarquable Notice archéologique publiée sur cette ésrlise par M. de Noêll dans le Bulletin de la Société agricole^ scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, t. XXX, p. 98 et suiv. — M. de Noêll a bleu voulu nous autoriser à reproduire le dessin du portail, qui accompagne son travail.

patron de Tauberge nous montra un jour le porro dont se servaient messieurs les bandits : voilà un porro bien romantique.

On rentre à Saint-Laurent par le chemin de Vilarqja ou Villerouge, à moins qu'on ne veuille remonter le cours de la Muga et rentrer en France par le col de las Massanes,

Les habitants de Saint-Laurent avaient anciennement la coutume d'aller à l'ermitage de Sant-Anyol, en Espagne. C'est une des plus rudes courses que nous connaissions ; il n'est guère possible de la faire en une journée, d'autant plus que le chemin est tout ce qu'on peut imaginer de plus rocailleux et déplus abrupt, surtout aux approches de J'ermitage.

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