LE TECH
7 kil. de Prats-de-Mollo, 28 kil. de Céret, 56 kil. de Perpignan
Si nous reprenons la route nationale au Pont de la Vierge Marie, presque en face de la Tour de Gos, bâtie sur un isthme de granit, nous atteignons bientôt (20 minutes) le village du Tech (543 hab.), qui a été distrait de Prats-de-Mollo et érigé en commune en 1862. Il est habité par une population simple, sobre, tous bouviers ou bergei^, vivant de pain noir, de lait et de légumes. Les deux tiers sont dispersés dans des métairies qui s'attachent aux flancs des collines de ce pays montagneux. Le climat y est rude en hiver.
Le torrent de la Comalada ou de Comhret descend de Tarête de la montagne de Roja par une pente très raide et se jette dans la rivière du Tech au-dessous du village. Dans le voisinage s'ouvre une grotte très remarquable connue sous le nom de Coha de las Encantadas. Vers le haut de la vallée se trouve l'ermitage de Sant-Guillem-de-Comhret. La chapelle actuelle ne parait pas bien ancienne, mais elle a remplacé un autre monument qui, en 1195, fut donné au monastère d'Arles par l'évêque d'Elne, Guillaume IL La cloche est en fer, particularité assez remarquable.
Au sortir du village du Tech on verra un banc de marbre qui n'est autre que le marbre vert antique^ varié de nuances et très estimé. Deux kilomètres plus haut, la route qui est toujours sur la rive gauche, côtoie, entre la montagne et la rivière, un précipice afl*reux désigné sous le nom de Baus del Ase (Chute ou Précipice de l'Ane).
PRATS-DE-MOLLO
33 kil. de Céret, 6i de Perpignan.
Prats-de-MoUo (1 ) est le chef-lieu d'un canton qui ne renferme que 6 communes ayant ensemble une population de 7,500 habitants et une surperlicie de 25.390 hectares. Formé de la partie supérieure de la vallée du Tech, ce canton est naturellement le plus froid de l'arrondissement de Céret, comme celui de Saillagouse est le plus froid de l'arrondissement de Prades. Pas plus qu'en Cerdagne, on ne voit dans le Haut-Vallespir ni vignes ni oliviers. Ce qui n'est pas rare, comme arbre à fruits, c'est le châtaignier, qui s'étend sur de vastes contrées comme nous l'avons déjà vu. On y récolte aussi du blé, mais surtout du seigle, de l'orge, du sarrasin, du maïs, des haricots et des pommes de terie. L'industrie du canton consiste dans la fabrication du bois de tonnellerie, de 29erpî^na?is, et de souliers de corde. Prats-de-Mollo fabrique des draps, des bonnets rouges fbarretinasj et du chocolat. La ville compte actuellement 2.481 habitants.
Il est question de Prats dès le X^ siècle ; ce devait être, à cette époque, un tout petit hameau dépendant des abbés d'Arles-sur-Tech ; en 1036, le comte de Bézalu reçut de l'un d'eux ce l'alleu qu'il possédait dans la vallée de Prats ». L'église de la Villa Pratis avait été commencée en 982 ; plus tard, en 1118, elle est citée comme étant sous l'invocation des Saintes Juste et Ruffme. De
(i) On if^nore la signification du mot Mollo, et ceux qui ont dit que Prats-rfe-ilf o//o signifiait Praïne-de-la-Frontière se sont trompés Éçrossièrement. Mollo est un village voisin de Prats, de l'autre côte des Pyrénées. Prats a été appelé de Mollo au commencement du XIV» siècle pour le distinguer de Prats de Balaguer, Prats en Cerdagne et Prats en Fenouillèdes. On va à Mollo par un chemin qui passe au Col des Ares. A un kilomètre environ avant d'arriver à la frontière s'élève la chapelle de Sainte-Marguerite, qui dépendait d'une maison de refuge, un hospitalety appelée Notre-Dame du col d'Ares, déjà mentionnée en lagg et aujourd'hui ruinée. La chapelle, massive et solide, est encore debout.
cette humble chapelle ou cella, il ne reste rien depuis plusieurs siècles. Elle fut remplacée, en effet, en 1245, par un autre sanctuaire, dont il ne reste que le clocher.
La ville est coupée en deux par un gros ravin ; c'est probablement sur la rive gauche qu'était groupée la population primitive. Sur la rive droite s'élevait le Palau ou a Palais », qui servait apparamment de résidence aux anciens comtes de Bézalu, desquels dépendirent longtemps la ville et la vallée de Prats. C'est de ce même côté que le roi Jacques I^»", Tun des successeurs des comtes de Bézalu, fonda une pohlacio ou « bastide » en 1425. En 1283 apparaît un hatlle ou bayle; en 1292, le roi accorde des privilèges aux habitants ; en 1308, nous voyons mentionnés le Château de Prats et la Tour de la Garde, la même qui, sous Louis XIV, a été englobée dans le (( Fort La Garde». La petite pofeiacio fut entourée d'une enceinte murée vers le milieu du XI V^ siècle, et, dès 1369, nous trouvons un inventaire des armes du Castell et une reconnaissance de la força qui nous donne le nom des tours et des portes de a la fortification d. En 1429, un tremblement de terre renversa une partie des remparts ; relevés bientôt après, ils furent de nouveau ruinés ^^1670) par les Angelets, puis de nouveau relevés en 1684 ; ils existent encore.
Le clocher de l'église actuelle est de 1245, sauf le toit, en forme de pyramide, qui date de 1634. La nef a été construite dans la seconde moitié du XVI1« siècle. Le maître-autel fut consacré en 1693. — La chapelle de a la Pietat y> remonte au XV^ siècle, mais la voûte, qui est assez originale, paraît avoir été construite au XVI*^. A « la Ville Basse » la chapelle des saintes Juste et Ruffine est relativement moderne, peut-être de la fin du XVI^ siècle ; une légende prétend que c'est l'église primitive de Prats.
Prats eut des consuls en 1321 par diplôme de Sanche, roi de Majorque. « On peut étudier, dit Alart, dans ses nombreux privilèges, mieux que dans ceux d'aucune autre ville du Roussillon, la naissance et les développements successifs des institutions consulaires >) (1). Au
(i) B. Alart, Privilèges et Titres j etc., première partie, pag-e 7.
nombre de ces privilèges il faut compter l'exemption du payement des gabelles. Louis XIV voulut les rétablir. Le peuple, qui déjà n'aimait pas beaucoup le régime français, se souleva pour s'opposer au rétablissement de cet impôt si onéreux. Ainsi commença la révolte dels Angelets, Les agents du fisc ou gabelous furent massacrés et les troupes refoulées jusqu'au fond de la vallée. Deux bataillons arrivèrent pour réprimer et punir les révoltés ; ceuxci restèrent encore maîtres du terrain. Le maréchal de Noailles fit alors marcher deux régiments qui tournèrent le Ganigou par Prades et la vallée de Pi. Celte fois, les intrépides miquelets catalans durent céder, et on construisit le Fort La Garde, peut-être pour les intimider (1680-1682).
Nous avons dit que Prats fabriquait des draps : cette industrie est très ancienne dans cette petite ville. Les paveurs y formèrent, de très bonne heure, une corporation qui avait des règlements fort sages. Ces statuts, nouvellement révisés, furent confirmés en 1599 par Philippe III, roi d'Espagne.
Les forêts des environs étaient très riches au moyen âge ; aussi voyait-on dans les environs, dès le XIIl^ siècle, un grand nombre de scieries. En 1410, le roi Martin accorda aux habitants de Prats le droit d'abattre les arbres de la forêtdans un rayon d'un quart de lieue pour éloigner les ours et les loups qui en rendaient l'abord dangereux.
Situé sur le Tech, à la tête de la Vallée du Yallespir et à une lieue de la frontière, Prats-de-Mollo, comme place de guerre, était destiné à surveiller les cols par lesquels le territoire peut être envahi, soit que l'ennemi se porte sur Arles, soit qu'il se porte sur Villefranche en passant parle Canigou. La position de Prats, dans un fond dominé, le rend peu susceptible de remplir cet objet important. Le fort La Garde, qui commande la ville et ses remparts (856 mètres d'alt.) communique avec elle par un souterrain voûté, mais de l'avis des officiers compétents toutes ces fortifications pourraient être rasées sans inconvénient pour la défense de la frontière.
Les mœurs anciennes du Vallespir, comme celles de toutes nos montagnes, se sont modifiées au contact de ce que nous sommes convenus d'appeler la civilisation.
Il ne reste même rien de certaines coutumes qlie le touriste regrettera, avec nous, en visitant ces contrées.
Lorsqu'une demoiselle se mariait au village voisin, des jeunes gens, qu'on désignait sous le nom d'Éspasers^ accompagnaient la mariée et l'aidaient, seuls, à monter sur son mulet pompeusement paré, tandis que le mari et les gens de la noce suivaient par derrière (1). Si, sur la route que la noce devait parcourir, se trouvait quelque village, des jeunes filles qui, sous le titre de pahordessasy sont chargées encore du soin et de l'entretien de la chapelle de la Vierge dans beaucoup de nos localités, venaient, précédées des JoglarSy barrer le passage à cette cavalcade en tendant un ruban à travers la route. La cavalcade arrêtée, l'une des pahordessas s'approchait des mariés à qui elle offrait des fleurs et recevait, en échange, dans un petit panier doublé de satin et brodé d'or, quelques pièces de monnaie pour la chapelle du lieu. Le joli petit panier était ensuite successivement présenté à chaque couple qui y déposait son offrande.
A Prats-de-Mollo et dans tout le canton, l'usage des vieilles danses catalanes s'est assez bien conservé. On dansait lo bail de las rnossas (danse des servantes), lo hall dels cornuts (danse des cocus), lo hall de la posta, une bouffonnerie de carnaval, et lo hall de cérémonia, par lequel on commençait las hallas.
Prats-de-Mollo est la patrie de Xatart, pharmacien et botaniste aussi instruit que modeste. Ce naturaliste a augmenté la flore du pays d'une foule de plantes inconnues jusqu'à lui ; il était l'ami de Goder, de Prades. A eux deux, ils ont fait plus de découvertes que tous les botanistes qui les avaient précédés dans le département. Les Roussil Ion nais ne doivent pas oublier le nom de ces deux modestes savants, morts tous les deux il y a déjà un demi-siècle.
Le « Go rai ». — Sur Tune des montagnes qui donninent Prats au Sud (8 kil.), se trouve l'ermitage de Notre- Bame-deUCoral qui doit son origine à une légende que
(i) Les Espasers étaient ainsi appelés de l'épée ou espasa qu'ils portaient anciennement ; plus tard ils la remplacèrent par des pistolets.
nous retrouverons ailleurs. Un bouvier, à la recherche d'un taureau, découvrit l'image de la Vierge cachée dans le creux d'un chêne. Instruit de cette découverte, le curé de Prats, accompagné d'un grand nombre de fidèles, vint recueillir l'image sacrée pour laquelle on construisit une chapelle, dans un lieu que de beaux arbres et une nature agreste 'entouraient de toutes parts. La chapelle est flanquée d'un grand corps de logis où des chambres et des cuisines sont mises à la disposition des visiteurs. Le site est charmant, ombragé, avec des fontaines d'eau glacée. Les fidèles et les touristes y viennent en grand nombre le 8 septembre. Le trésor de la chapelle renferme de très intéressants objets.
La Tour « d'En Mîr ». — La flore des environs de Prats est très riche et le naturaliste doit l'explorer avec beaucoiip de soin. Il ira principalement à La Tour d'En Mit (3 kil. Sud-Ouest de Prats) située à 1,540 mètres d'altitude. On suit d'abord un chemin à pente douce qui devient rude et raboteux à mesure que l'on s'élève ; il finit par un lacet qui serpente sur la colline en pain de sucre où se dresse la Tour.
La Tour de la Guardia, la Tour d'En Mir, beaucoup moins ancienne, et la Tour de CiOS protégeaient le Castelt et la força de Prats-de-Mollo. Plantées sur des pics élevés elles surveillaient la marche de l'ennemi. Le Château de Saimi-iean'de'Pérella, qui tirait son nom du propriétaire d'un fief de la vallée, remonte peut-être au XI^' siècle, mais les pans de mur qui s'y voient encore ne datent que du XV^.