LUI
3 kil. de SBillaj(oust, fx) kil. dr Pnàrs, yi kif. dr Pirpiennii.
Nous remoDtons le cours <iu St"/fe. A droite nous voyons le liameau àe Ve<lnnyans sur un niemelon J'ai^ilc rallie; en face, sur larivedi'uitede la rivière, se dressent le hameau de Roliet et le villat:*; (te LIo, adossé à un monticule surmonté d'une lour riiiMée, la Torre del Yacaro. 1^ plus grande partie du territoire de LIo se compose de pi'airies produisant d'excellents pâturages.
C'est là que, naguère encore, quelques propriétaires élevaient de vrais troupeaux de chevaux cerdans, qiii se faisaient remarquer par leur force, leur finesse et
leur bonté ; cette éducation a été abandonnée, et le mulet a pris la place du coursier.
Le Château de Llo existait en 1095, puisque, cette même année, le Comte de Cerdagne Guillaume Raymond le laissait par testament à son fils Guillaume Jorda. Il est appelé Castruni de Alloni ou de Allô. Au XI V^^ siècle il appartint à la famille de Pinos ; en 1393, il fut vendu à Raymond de Périllos.
Il semble bien que la rivière a rompu ici ses digues naturelles : la vallée était fermée au pied même du rocher que couronnent les ruines de Saint-Félix.
Vu d'en bas, de Saillagouseou du Pla de Ro, Llo offre un aspect très pittoresque, avec ses deux vieilles tours qui dominent les maisons échelonnées par étages sur une côte abrupte. En temps de pluie, les rues sont des torrents qui roulent des éclats de schiste ou de quartz détachés de Va. montagne. C'était un village très pauvre, fournisseur de mendiants; aujourd'hui, plus ; ce miracle est Tœuvre d'un canal d'arrosage dévié du Sègre, qui a fait pousser des cultures là où il n'y avait que stérilité.
L'église, située au bas du village, isolée sur un petit plateau, doit remonter au XII^ siècle ; la seule, l'unique ornementation est réservée au portail, mais celle-ci est encore simple, quoique élégante.
La Vallée de Llo. — La vallée de Llo est très accidentée, fertile, riche en plantes et en insectes précieux ; avec la vallée d'Eyne, elle forme la station botanique la plus importante des Pyrénées-Orientales. Elle ne peut pas être explorée en côtoyant la rivière. Dans divers parages, les roches sont si rapprochées qu'il est impossible de passer : c'est surtout vers l'entrée que ces obstacles se rencontrent.
En sortant de Llo, on doit aller traverser le Sègre au moulin du Mas Girvès, tout près des sources thermales. On rejoint le sentier qui grimpe sur la montagne de Salangoy, qu'on gravit. A mi-côte et à gauche, on trouve un chemin conduisant à une autre butte surmontée d'un rocher, qu'on appelle Roc del Cabrei* (Rocher du Chevrier). On laisse ce chemin et on continue de gravir les escarpements de la montagne ; en une heure et
demie, on arrive au point culminant appelé Coll de ta Créa. De cet endroit on voit toute la plaine de la Gerdagne, ainsi que les montagnes de la région de Carlit. On prend le chemin à gauche, sur le versant méridional, à travers les hois de sapins qui fournissent quantité de plantes alpines intéressantes. Lesarhresy sont clairsemés et laissent voir, dans leurs intervalles, de lielles pelouses. On s'achemine vers la Pleta ou Jassa den Palandrau. Les pentes de la vallée portent des prairies naturelles que, plusieui's ravins arrosent ; les plantes y sont nombreuses et les insectes précieux y abondent.
On monte une côte très douce, qui est au Nord, et on dirige ses pas vers la fontaine de Pla Carbassers. Ici, la vallée est frès étendue, ouverte, Iwisée sur les |)enchants des collines ; les prairies fournissent une nourriture saine et abondante aux bestiaux de Llo qui y sont envoyés durant la belle saison. La contrée présente un air de vie qu'on ne voit pas généralement sur des montagnes aussi élevées.
Arrivé à ce point, on a déjà fait trois heures de marche. On peut prendre alors un peu de repos et déjeuner à la fontaine ; l'eau en est fraîche et limpide. Après avoir exploré cette partie de la vallée, on monte la colline de droite et on va vers la Font de Sègre^ qui donne naissance à la rivière du même nom.
Revenu à Llo, le touriste ira le lendemain faire une visite à UAbellanosa (Bois de Noisetiers) et à la Fontaine de la Cayella, On monte par le Sallangoy et on se dirige vers le Roc del Cabrer, dont nous avons parlé. A partir de la Font del Cabrer on va, par une pente légère, vers le bois de sapins dont les pieds baignent dans le Sègre. Après avoir traversé la rivière on montera à droite, vers le midi, pour aller à la fontaine merveilleuse de la Cayella, située au milieu d'une prairie, à mi-pente du penchant de la montagne de Llo. Les écoulements périodiques de cette fontaine font dire, dans la contrée, qu'on y observe tous les jours le flux et le reflux de la mer. Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'elle est intermittente et que les intervalles des périodes ne sont pas réglés. Lorsque le phénomène a
lieu, récoulement de l'eau est précédé d'un bruit souterrain assez prononcé.
On revient à Llo par la partie qu'on appelle La Salaria. Avant d'arriver à La Solana^ et au bord de la rivière, on remarque un roc isolé d'une très grande élévation, d'une ascension difficile et qu'on appelle Roc del Vidre (Rocher du Verre). Ce roc, taillé à pic, est très luisant ; lorsque le soleil y darde dessus on ne peut le fixer : c'est une agglomération d'ardoise micacée fort curieuse.
EXCURSION A NURIA
(Espagne)
C'est le 8 septembre, jour de la Mare de Déu, Nous partons de Saillagouse à minuit. A l'extrémité du village d'Err nous prenons un sentier qui traverse des champs. A droite s'ouvre la vallée, d'où monte le bruit incessant de l'eau. Le sentier est mal tracé, zigzagant et pénible. II est nuit, et c'est à peine si nous distinguons les masses noirâtres de pins de la forêt d'Err. A 3 heures nous atteignons le Pla de Ségaléra, et, comme il fait froid, nous allumons des halatSy espèce de genêt noueux, aplati et trapu. Ce feu énorme monte, s'étend, éclaire jusqu'aux sommets environnants et nous permet d'apercevoir une bande nombreuse de pèlerins partis avant nous. Au moment où nous franchissons le col qui nous conduit dans la vallée de Llo, le jour se fait. Le chemin est tracé à travere les pins et le gazon où nos pieds font craquer le givre. Le Pic de Sègre, à notre droite, se rose et, en face, le Collet de Finestrellas s'ouvre sur l'horizon déjà lumineux, sous forme de pont renversé. A notre gauche un vide immense : c'est la profonde vallée de Llo. Nous suivons une courbe de niveau qui nous conduit à la Fo7it de Sègre. C'est la source, Vorigen du Sègre. Le jour est arrivé, pour ainsi dire, tout d'un coup. Le soleil dore les pics qui nous environnent, mais nous sommes encore privés de ses rayons ; ce que nous regrettons, car il fait très frais. Nous quittons à 4 heures et demie la freda y regalada font de Segre^ et nous montons à l'Est, vers le Collet de Finestrellas, Vues d'ici, les montagnes du massif de Garlit ont la couleur du coquelicot ; la Cerdagne française tout entière s'étale en bas comme un vaste jardin coupé par une ligne noire d'arbres sous lesquels coule le Sègre.
Nous traversons le a petit col de Finestreilles d et nous descendons vers Nuria, dont nous apercevons les blanches maisons. La descente — un dévalement presque à pic, — dure une heure environ. C'est un des morceaux de chemin les plus fatigants qui se puissent rencontrer dans ce pays, pourtant si affreusement montagneux. A 6 heures du matin nous entrons dans l'ermitage. Un historien catalan de Nuria dit que « per qualsevol part que slii vagiy se ha de passai* molta soledat y asperesa de camins : y sont tais y ajoute-t-il, que sino s'hi anas per visitar aquetla tan miraculcsa imatge de la Mare de DéUy séria desesperacio lo empender aquells camins, » 11 a bien raison ; la foi seule faisait, de son temps, entreprendre de semblables voyages ; mais aujourd'hui les alpinistes ne reculent devant aucune difficulté et, à défaut de la foi, ils ont le goût de la marche, qui les pousse dans les lieux les. plus élevés ou les plus reculés.
Dans la cour de l'ermitage nous trouvons des pèlerins venus de Llivia, de Mont-Louis, d'Eyne, de Fontpédrouse, d'Olette, et autres lieux du Confient et de la Cerdagne. On a construit depuis quelques années une fontaine au milieu de cette cour; les arrivants en usent laidement pour faire descendre la xicolate qu'ils viennent d'acheter chez lo Perey cet éternel boutiquier qui dirige les magasins généraux et l'épicerie centrale de Nuria. C'est lui qui a fait peindre dans sa boutique (despacho) ces singuliers avertissements :
ArroSy cansalada y pa, Lo Père fen vendra,
« Du riz, du lard et du pain, Pierre t'en vendra, » ;
BeUy paya y callay « Bois, paie et tais-toi. »
Nous allons faire nos provisions, à notre tour, mais de pain et de viande seulement, Varros et la cansalada ne faisant pas notre affaire.
Il faut se loger. Nous arrêtons l'un des employés, qui nous conduit à une chambre assez convenable; il nous quitte aussitôt, promettant de revenir avec tout ce qu'il
faut pour faire un bon lit. Les pèlerins qui ont quitté cette chambre la veille l'ont laissée dans un état de malpropreté que la plume la plus hasardée se refuserait à décrire. On entend dire communément que a Nuria est sale ï>. C'est vrai ; mais il faut avouer que la plupart des visiteurs sont loin d'être propres.
Voici des cruches, des pots à eau ; courons vite à la fontaine et assainissons notre logis. L'employé arrive avec du linge blanc sentant bon, de chaudes couvertures : en deux coups de main nous faisons notre lit, nous donnons un tour de clé à la porte, et nous partons en excursion dans cet immense caravansérail qu'est Nuria.
Nous suivons tout d'abord un long corridor qui nous mène à la ciiyna rodona (cuisine ronde). Jamais les conteurs les plus fantastiques, jamais les peintres les plus romantiques n'ont peint ou décrit rien de plus singulier, de plus-drôle, de plus comique, de plus étourdissant, de plus démoniaque, enfin, que cette cuisine où j^rouilletout un monde d'Espagnols plus ou moins « catholiquesd, chantant, parlant, gesticulant, mangeant autour d'un grand feu dont les flammes enveloppent une immense marmite. C'est primitif et curieux au possible. Nous passons de là dans les menjadors des prêtres et des pahordes, vastes réfectoires où les profanes doivent se contenter de regarder faire. Nous descendons un large escalier qui nous mène dans les écuries. En ce moment le Corneto donne le signal du repas des animaux. Si vous avez amené une monture, il faut bien se garder de lui donner l'avoine sans la permission de ce grave fonctionnaire : (f Ningu s'atraveixi a donàrqra à la hurra sens avis del corneto »; et, surtout, ne vous en allez pas sans payer, car « si sensé comptar marxéii dohlement pagaréu d. Tout cela est écrit en belles et grosses lettres à l'entrée de l'écurie.
Il y a deux despachos ou })outiques : celle des comestibles, tenue par Lo Père, située dans le corps de bâtiment appelé Casa de Belen ; celle des objets religieux, tenue par un prêtre ou un des nombreux futurs prêtres qui fourmillent à Nuria, située au rez-de-chaussée de Casa de Loreto. Vous trouverez là des médailles, des bagues, des scapulaires, des porte-plumes, des étuis
des chapelets, des cierges et une infinité d'autres objets de bimbeloterie sacrée dont la vente doit donner un joli bénéfice à la fabrique. Les goigs de Nostra Senyora de Nuria s'y vendent tous les jours par centaines ; on y vend aussi un tout petit livre qui contient VHistoire de Notre-Dame de Nuria, livre écrit en français, plein d'intérêt et de choses miraculeuses. (1)
Les visiteurs qui ne veulent pas cuisiner peuvent aller à la fonda ou hostal de Loreio ; l'on y mange assez bien, à la mode espagnole bien entendu. Toutefois, nous avertissons les estomacs un peu pressés qu'ils n'auront pas une miette de pain avant le chapelet et le sermon. Il est vrai que ce sermon est très souvent un véritable régal : on prêche ici en catalan, mais en un catalan nombreux, sonore, harmonieux, qui rappelle la langue catalane de la belle époque.
Allons maintenant faire une visite à Sant-Gil (Saint- Gilles), en sa chapelle située en face. Saint-Gilles vint dans (( la plaine des sept vallées de Nuria » à une époque indéterminée, établit sa demeure dans une grotte et fît pénitence pour ses péchés. Il se fabriqua tant bien que mal une olla ou marmite dans laquelle il faisait bouillir les chardons et les chicorées, qui constituaient toute sa nourriture. Il sculpta dans un morceau de bois une image qui devait lui rappeler constamment la présence de la mère du Sauveur des hommes. Un jour, probablement pendant une de ces nombreuses incursions que les Arabes poussèrent dans nos Pyrénées, Gil prit la fuite, après avoir soigneusement caché dans la terre la marmite et la Viefge de bois.
Quelques siècles plus tard, arrivait ici un autre anachorète appelé Amadeu qui eut l'idée de construire une chapelle en l'honneur de la Vierge Marie. Alors, comme aujourd'hui et plus qu'aujourd'hui, l'argent était rare parmi les petites ^^ens, et il fallut recourir à la grosse bourse de trois pagesos du village de Queralps pour bâtir le petit monument. Nous devons noter, en passant,
(i) C'est l'abréçé d'un ouvragée écrit en catalan au XYIIF® siècle par Francisco Marcs et dont il existe plusieurs éditions : Hinioria y miracles de ta Sa^rada imatge de Nostra Senyora de Nuria»
que le pays était alors affreux à voir, et même, si nous en croyons un vieux manuscrit, il était habité par des animaux sauvages appelés simiots, probablement des démons à queue longue et à ongles crochus. L'Esprit des ténèbres régnait ici en souverain depuis le départ de Gil ; après l'arrivée d'Amadéu les apparitions de simiots devinrent moins fréquentes et, enfin, cessèrent complètement.
L'origine de la plupart de nos ermitages remonte probablement à la découverte d'images ou de statuettes dites a miraculeuses y> qui avaient été enfouies pendant les invasions des Barbares ou les incursions des Arabes du IV® au XII® siècle. Les objets sacrés cachés par Gil furent retrouvés par des bergei'S sur l'indication d'un taureau qui grattait toujours au même endroit, c'est-à-dire sur la grotte où était cachée la statue de la Vierge. Nous avons vu la même légende au Coral et à Font-Romeu .
On possède à Nuria une cloche qui, dit-on, est fort ancienne : les prêtres ont soin de l'agiter pour calmer les orages. Nous avons été surpris un jour, à Nuria, par un de ces orages ; que la cloche ait apaisé l'ouragan, nous ne voulons pas y contredire, mais elle y mit son temps, car la tempête dura pendant plusieurs heures avec une telle fureur que nous nous crûmes tous perdus ; les prêtres eux-mêmes ne pouvaient dissimuler leur frayeur. Le matin le temps avait été très beau ; mais, dès onze heures, les nuages de la vallée de Ribes avaient envahi le Puig- Mal ; de là ils étaient venus donner la main à une brume noire, sournoisement émergée des gorges de Garença et des flancs de la Fosse du Géant. Le tonnerre grondait au loin. Un vent glacé remontait le Freser et venait nous fendre la figure. Bientôt le gros lambeau de ciel qui couvre le bassin de Nuria fut inondé de brumes. La pluie tombait à torrents, versée par les nuages déchirés par la foudre : jamais nous n'avions vu pareil incendie dans le ciel. Les barres de feu paraissaient avoir plusieurs kilomètres de long ; les torrents qui dévalent du Puig-Mal, de Finestreilles, du col d'Eyne, de Nou- Fonts, menaçaient de nous inonder. Nous entendions quelquefois le bruit rauque et affreux des quartiers de granit ou de quartz qui sautaient en éclats dans le torrent. Le tonnerre, effroyable dans cet te conque de Nuria,
cessa enfin de gronder, mais la violence et l'intensité de la pluie allaient en augmentant dans la nuit. La cloche de Saint-Gil s'entendait à peine, malgré les effortsu désespérés du campaner. La pluie diminua, la brume se fondit en p»lusieurs endroits et un vent affreux emporta les flocons blancs et innombrables qui allèrent se remiser derrière les pics d'où était sortie la tempête. Le beau temps était revenu.
La cloche passe pour faire cesser la stérilité chez les femmes qui la sonnent avec ferveur et piété : quelquesunes attribuent ce singulier pouvoir à la fameuse olla où elles introduisent leur tête avec la plus parfaite dévotion. Mais les vieux goigs disent formellement que l'image seule de la Vierge a ce pouvoir :
En una freda mojitanya , En lo hisbat de Urgell^ Esta sempre aparellaaa Pera dar nos remey Y dar plis à las casadas Que nopoden infantar.
Il existe quelques naissances remarquables obtenues, dit-on, par l'intercession de la Vierge de Nuria : on cite six enfants de Don Diego de Rocaberti et de dona Anna de Rocaberti y Ganera. Deux de ces enfants, Cécile et Joseph, naquirent à Perpignan, la première le 17 août 1644, le second le 15 juillet 1647. Les anciens Rocaberti avaient joué un grand rôle dans l'histoire du Roussillon et de la Catalogne.
La statue de la Vierge, qui fait courir ici tant de monde, est en bois, bois mystérieux, disent les prêtres, puisqu'on n'a pas encore pu en déterminer l'essence. La co!ileur du visage est d'un brun très foncé, comme celles de Montserrat, d'Err et de Font-Roméu : Nigra sum sed forrnosa. La statue est placée au milieu de l'autel, dans une niche éclairée par le camarill.
On croit communément que la chapelle construite par Amadéu dura jusqu'en 1642, année où fut terminée l'église que nous voyons aujourd'hui. En 1658 l'autel principal fut entièrement achevé. Il est orné de figures çn relief représentant les mystères du Rosaire. Le camOe-
rill fut construit en 1728 avec les dons de la magnificence de don Guillem Rocafull y Rocaberti, comte de Péralada, descendant des personnages dont nous avons parlé plus haut. Les chapelles de la nef et le cainarill sont très riches, mais le trésor de la Vierge Test bien davantage; aussi, les voleurs, qui ne manquent pas de ^ dévotion en général, ont-ils fait quelques pèlerinages à Nuria dans le but d'en rapporter autre chose que des bénédictions célestes !
Passez huit jours dans ce désert — en été, s'entend, — et vous pourrez vous faire wûe idée des mœurs et coutumes du catalaii. Toutes les classes de la société y sont représentées par des spécimens absolument authentiques, depuis le cavalier de grande famille jusqu'au dernier des pillos de grand chemin, depuis le plus fringant des archevêques jusqu'au plus râpé des curés, depuis la senyora de haute futaie jusqu'à la menestrala du dernier degré de l'échelle sociale. Ici, de même qu'en Andorre, on ne connaît ni voiture ni charrette. Les gens délicats viennent en arganells, sorte de paniers qu'on suspend aux flancs des mulets. Ces animaux, ordinairement très beaux de taille et d'aspect, appartiennent à des trajiner»^ qui les ornent de sonnettes, de filets rouges avec grelots, de pompons et de plumets jaunes du plus bel effet. Un mulet de trajiner harnaché au complet est une vraie curiosité.
Le dimanche, les bergers des environs laissent leur troupeau sur la montagne pour venir écouter la messe à la chapelle. Ils portent une peau de mouton taillée en forme de gilet, ce qui leur donne l'aspect d'une de leurs bêtes : c'est la simarra.
Les pèlerins qui viennent d'Espagne remontent le Freser depuis Ribes jusqu'au Sait de VAygua ou Sait del Sastre; ceux qui viennent de la Gerdagne passent au collet de Finestreilles, au col de Llo ou au col d'Eyne; ceux qui viennent de la vallée de la Tet remontent la rivière de Prats de Balaguer et franchissent le col de Nou Fonts.
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