‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 70 sur 71 · IÎ · texte numérisé non relu

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lui donner un peu de vin pour le remettre de ses fréquentes défaillances. »

Enfin Pavillon arrive chez le baille de Forniiguères ; là on lui montre le fameux devin, qu'il fait mettre tout de suite sous les verrous. Le lendemain, il l'interroge juridiquement, le curé de Rouze remplissant les fonctions de secrétaire. On lui amène Tune des prétendues sorcières : l'imposteur est sommé de dire comment il connaît que cette femme est sorcière. 11 répond qu'elle a une marque à UQ endroit de la tête qu'il désigne ; on la rase dans cet endroit : aucune marque ne paraît. 11 déclare alors que la marque est à l'épaule; le plus scrupuleux examen de l'épaule incriminée ne découvre point de marque. Alors Pavillon fut pris d'une sainte colère ; il parla avec tant de force que ce misérable, se jetant à ses pieds, lui demanda la vie et le pria de contenir les habitants, qui l'auraient mis en pièces, à l'instant même, s'ils n'avaient été retenus par le respect qu'ils professaient pour leur évêque. 11 convint ensuite qu'il n'avait nulle connaissance des sorciers et, qu'étant chirurgien de son état, le peuple lui avait fait cette réputation dont il se servait pour tirer de l'argent. On délivra les trente-deux prisonnières et notre imposteur fut consigné chez le baille. Deux jours après, arrivait d'Olette un officier de justice avec trois archers qui se chargèrent de le faire passer aux prisons de l'Inquisition.

Le Gapcinois est délié, déluré, spéculatif, méfiant et âpre au gain, comme son voisin de Gerdagne. Il sait *' faire l'Andorran ", nous l'avons dit, se tient sur ses gardes en face de l'étranger, et ce n'est pas un mince travail que de lui arracher sa pensée. Don Quichotte avait remarqué avec juste raison que le rôle le plus piquant dans la comédie est celui du niais, car il ne faut pas être simple pour savoir le paraître à propos. Les Capcinois ne sont pas aussi curieux, aussi questionneurs que les Gerdans, et leur ^* finesse" n'en est peut-être que plus visible. D'aucuns, parmi eux, sont de bien fines mouches qui observent et écoutent tou t, qui ont l'oreille longue et entendent de loin. Ils sont plaideurs; ils connaissent les coins et recoins du tribunal de Prades et vous renseignent sur le nombre et " la valeur " des avocats et avoués du chef-lieu

d'arrondissement. Ils savent fort bien que ** qui plny* déjà mal alteja ", mais ils n'en plaident pas moins. A noter ici qu'on use Ijeaucoup en Gapcir du droit accordé par la loi de donner le quart de l'héritage paternel à celui des enfants qui, après son mariage, continue à rester à la maison paternelle.

Tout cela ne veut pas dire précisément que le Capcinois soit méchant, non ; pour notre part, nous avons toujoui^s eu à nous louer des personnes que nous avons connues en Capcir ; il est vrai que les affaires commerciales ou d'intérêt ne jouaient aucun rôle dans ces relations ; or, toutes les vertus se perdent dans l'intérêt, comme toutes les sources, ruisseaux et rivières du Gapcir vont se perdre dans l'Aude.

Les Capcinois sont aussi superstitieux qu'intéressés. Ces chrétienss'indignent autant contre celui qui nie l'existence de Dieu que contre celui qui nie l'existence des sorciers. Pour peu qu'il soit allé à l'école, le Capcinois reconnaît dans la nature un auteur visible, un Dieu créateur ; mais la puissance des sorciers et du Diable marche de pair avec celle de Dieu. Les terribles questionsi. de fin et de commencement, de destruction et de naissance, de vie et de mort, il les résout par la sorcellerie et non par la philosophie.

Ce n'est ni le Catéchisme ni Vlm^itation qu'il faudrait à ces gens-là, mais des recueils de fables milésiennes, VAne d'Or d'Apulée, par exemple, tout rempli de sorcellerie, de magie, d'enchantements et de métamorphoses.

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