‹ Guide historique & pittoresque dans le Département des Pyrénées-OrientalesChapitre 69 sur 71 · REAL · texte numérisé non relu

REAL

i6 kil. de Mont-Louis, 52 kil. de Prades, 94 kil. de Perpignan,

6 kil de Formiguères.

On arrive à Real par une petite route qui franchit l'Aude à Villeneuve, annexe de Formiguères. Avant d'arriver au hameau, on verra, sur la droite, une Chapelle dédiée à Notre-Dame. La Chapelle est fermée, mais une fenêtre grillée permet aux passants de faire leurs prières. Le retable du maître-autel, le seul qui existe, se compose de deux étages de bas-reliefs se rapportant à la vie de la Vierge. Il y a un grand nombre d'ex-voto appendus aux murailles. A deux pas de l'église coule une fontaine d'eau glacée.

Au moment où nous passons à Villeneuve, personne ne se montre : village mort ou endormi.

Real, planté haut, est traversé par un torrent. L'église, vieille, isolée, est sur la rive droite. La porte date de 1744. Sur le battant de droite, on a creusé dans le bois, et en jolies lettres capitales romaines, l'inscription suivante : Me déficiente non fuit raptus calix (moi manquant, le calice ne fut pas dérobé) ; c'est un hommage rendu à la probité des habitants.

Odeillo, qui est un peu plus loin, forme commune avec Real ; c'est un lieu très ancien ; on l'appelait Odello de Caramat, Ce dernier nom était appliqué à une forêt voisine dont il reste bien peu de chose.

Le pays est froid ; les femmes ont toujours un fichu sur la tête et le ramènent devant la bouche pour se garantir de la meurtrière haleine du carcanet. Les gens sont très superstitieux et croient fermement aux breixas (le mot roussi lion nais hrujas prononcé à la mode languedocienne).

PUIG VALADOR

i8 kil. de Mont-Louis, 54 kil. de Prades, 9G kil. de Perpignan

6 kil. de Foriniguères.

La route nationale qui descend vers le département de l'Aude, conduit à Puig Valador, village situé à 1468 mètres d'altitude, sur la rive gauche de l'Aude, dont ildomine le cours à l'endroit même où cette rivière, jusque là si calme, prend l'aspect et les caractères d'un tumultueux torrent. Le village ne compte guère plus de 430 habitants adonnés à la culture de la pomme de terre et du seigle, à l'entretien des prairies et à l'élevage du bétail.

Puig Valador n'est pas très vieux. Son origine reremonte à l'année 1192, époque où le roi Alphonse fonda « le Château de Mont-Royal » sur le Puig Baladas ; ce puy, situé dans la paroisse et au territoire de Riutort, était sans doute inhabité.

Ce Château ne suffisait pas pour défendre la frontière du Gapcir. Le roi attira donc sur cette position une popu-

lation favorisée de quelques privilèges ; de là une pohla- Ho qui prit le nom de Puig BaladoSy au détriment de celui de « Mont-Royal », qui ne reparaît plus dans la suite (1).

Dèii le commencement du XIlIc siècle Puig Valador fut le siège de l'administration royale dans le Gapcir ; C'était la capitale ou plutôt le siège de la sous-viguerie. Les historiens qui ont donné ces titres à Formiguères ont commis une grosse erreur. Néanmoins, à cette époque, le Château et le village ne formaient point paroisse, puisqu'un document de 1265 les comprend dans le territoire et paroisse de Font-Rabiouse.

Du Château -fort, il reste quelques morceaux de murailles ; mais le Château Rolland existe encore, bien délabré, en vérité. Ce nom de Rolland rappelle une vieille famille du Capcir dont plusieurs membres furent " sous-viguiers " ; il semble dater de la fin du XVI® siècle ou du commencement du XVII«. — L'église est précédée d'un porche comme on en voyait jadis dans la plupart de nos villages : on l'appelle ici lo cahanat ; c'est là que se réglaient la plupart des affaires communales, le dimanche, après la messe.

La route nationale ne va plus dans l'Ariège ; elle descend pour traverser la rivière d'Aude, puis s'enfonce dans un étroit défilé, comme taillé entre deux murs de 200 mètres de hauteur ; l'eau bondit, ronge et corrode les roches qui s'opposent à sa course. La vieille route montait depuis un temps immémorial au col des Ares {Coll de las Ares)^ en s'élevant insensiblement vers les gros rochers qui forment la crête de la montagne. Au XIV© siècle, elle est appelée Cami de la pedra picada.

Le col dépassé, le chemin descend un moment pour remonter bientôt et atteindre la limite du département de l'Ariège et les sources des petits ruisseaux qui alimentent la rivière de Quérigut. A notre gauche sont comme suspendus des blocs énormes de granit ; si on les a regardés un moment avec attention, on détourne les yeux en

(i) Caslrum illud quod vocatur Mons Regalis situm in Podio Balados^ dit un document de 119a. Balados est devenue successivement BaledoSj Valedos, Valedor et Valador,

précipitant le pas sous Tinfluencede l'instinct de conservation personnelle. Cependant le paysaj^^e de droite est imj)osant. La ^■or}ï;e profonde de T Aude, le sombre tablier de la forêt de Garcanet, les bauteurs du col de la Marrana et, plus près, en bas, les prairies onduleuses du Carramat semées de bouquets de noisetiers, forment un tableau saisissant où domine l'opposition des aspects les plus sauvages et des sites les plus riants (1). Ici, des rocbers gris, secs, stériles, abrupts, des bois impénétrables aux rayons du soleil, là un joli petit vallon couvert de verdure et d'arbustes. Un sentier est suspendu aux flancs d'une prairie : les vaches au poil fauve, aux mamelles pesantes, le suivent en longue file avec une démarche cadencée et harmonieuse que le tintement des clochettes semble régler. Le soleil a déjà disparu ; nos jolies bêtes vont à la jassa passer la nuit.

RIUTORT

21 kil. de Mont-Louis, 56 kil. de Prades, 98 kil. de Perpignan,

12 kil. de Formiçuères.

Un bon chemin monte à Riutort (2 kil.), bâti sur la rive gauche d'un torrent. Le village a des maisons blanches et des recoins fort curieux. Quelques hêtres d'une taille gigantesque donnent l'idée d'une grande forêt détruite. Au dire du sous-viguier du Capcir, « la communauté de Riutort » était, au XVIII« siècle, celle qui faisait le plus de dégâts dans les forêts, avec « Font- Rabiouse. » Nous avons vu cependant que celle des Angles n'y allait pas de main molle.

(i) Les termes de Carcanet, Carramat^ Aras, indiquent une orie^ine bien ancienne, quoiciuc le Capcir ait été peuplé très tard. Il ri*y eut pas tout d'abord de communication entre le haut Gonflent, la Cerdagne et le (Capcir ; c'est du Nord, de la basse vallée de l'Aude, que durent venir les premiers habitants, des Celtes probablement,

ï'ONT-RABIOUSE

i8 kil. de Mont-Louis, 54 kii. de Prades, 96 kil. de Perpignan,

9 kil. de Formiguères.

On va de Riutort à Font-Rabiouse par un chemin vicinal très a ordinaire, d Le mieux est d'y venir par celui qui se détache de la route près du moulin de Galba. Le villafçe est situé à l'entrée d'une petite vallée d'où descend le torrent dcls Escougots ; il est plat, mal bûti, tout petit, car il ne compte guère plus de 250 habitants, dont la plupart sont absents en hiver. Ce pays est froid et pauvre ; nous y avons souffert de ce mal singulier, indicible, qu'on appelle la mélancolie; un jour de brume peut vous amener à des résolutions déplorables; il faut y venir un jour de soleil ; alors on jouit du spectacle des vertes prairies; on va visiter la Font Rahiosa, source énorme qui s'échappe avec violence des flancs de la montagne ; on dit bonjour au curé qui se fait un plaisir de vous faire visiter son jardinet et son église, dédiée à Saint-Sébastien.

A une époque indéterminée, mais pas très reculée, les habitants cl'Ayguatebia, du pays des Garrotxas, furent cruellement éprouvés par une terrible épidémie. Ils firent vœu de porter ici et d'offrir à Saint-Sébastien, tous les sept ans, le lundi de la Pentecôte, une roue de cire. Ce vœu, qui s'est toujours accompli depuis, donne lieu à une fête qu'on appelle La Roda (la Roue), à laquelle tous les villages voisins d'Ayguatebia prennent part. Nous avons assisté à la Roda de 1889, et ce fut un spectacle bien curieux que cette théorie de Garrotxins et Garrotxinas descendant par le Coll de Sansa avec leurs costumes paysans et cette mine dévotement fouinardequi les caractérise.

Les Capcinois. — L'acte de consécration de l'église de Formiguères nous apprend que le Gapcir était compris au IX^ siècle dans le Comté de Rasez (in comitatu Redensi) avec le Donnezan ou Donaza, Ce3

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pays dépendaient alors du diocèse de Narbonne; ils dépendirent plus tard, et jusqu'à la Révolution, de celui d'Alet ; aussi, ridiome c>atalan du Gapcir se rapproche-t-il singulièrement du languedocien par son accentuation aigué. Ici, on dit yeu pour dire a je », au lieu de jo. Les mœurs et les coutumes des Capcinois sont, à peu de chose près, celles des habitants de la Gerdagne; toutefois, le Capcinès est peut-être un peu plus sombre et plus dur que le Cerda ; la raison en est sans doute que ce dernier habite un pays plus agréable, plus gai, plus clément et surtout plus visité par les étrangers. L'auteur de la Vie de Monsieur Pavilloriy évêque d'Alet, accuse les habitants du Gapcir d'être « un peuple léger et sauvage ». C'est beaucoup dire, même pour l'époque de Pavillon, qui administrait le diocèse d'Alet vers le milieu du XVII« siècle.

Le célèbre évêque janséniste fut amené en Gapcir pendant Tannée 1642 par une singulière affaire. Les habitants s'étaient mis dans l'esprit que l'extrême disette où ils se trouvaient venait des sorciers et des conjureurs. Ils envoyèrent quatre députés à un homme de Garcassonne qui passait pour bien connaître les sorciers. Ils l'emmenèrent avec eux, moyennant la somme de cent écus qu'ils lui promirent, et lui firent visiter tous les villages du Gapcir, Il trouva partout des sorcières (il n'accusait que le sexe faible, le malin !) Sur la parole de ce nouvel oracle on conduisait les accusées chez le baille, qui les mettait en prison et les faisait garder par les gens « les plus scélérats du pays. » On incarcéra ainsi trente-deux femmes. L'émotion populaire était si grande que les curés, desespérant de la calmer, en donnèrent avis à l'évêque d'Alet, qui résolut aussitôt de se rendre en Gapcir.

On était au cœur de l'hiver ; la neige tombait en abondance depuis plusieurs jours ; un vent du Nord-Ouest, très froid et très violent, soufflait dans le pays de Sault; les chemins étaient devenus absolument impraticables. Rien ne put arrêter l'intrépide Pavillon. Au col des Ares « à peine espérait-on tirer le Saint prélat : ses deux vigoureux valets n'étaient occupés qu'à le relever des enfoncements de neige où. il tombait à tout moment et à

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