‹ Guide illustré de Timgad (antique Thamugadi)Chapitre 22 sur 57 · VII · texte numérisé non relu

VII

Voie du Théâtre

Cette voie, parallèle au Decumanus Maximus, est plus large que ce dernier. Elle mesure i i m. 5o entre trottoirs devant les entrées du théâtre, alors que la largeur moyenne de la voie decumane n'est que de 4 m. 20 près du forum. La raison en est facile à concevoir : il fallait de l'espace pour contenir les nombreuses personnes qui, avant d'entrer, se réunissaient et causaient de leurs affaires. Et cela explique pourquoi la voie se rétrécit et n'a plus que 2 m. 5o de largeur vers Test, au bas du mur de soutènement qui limitait les constructions établies au nord de la colline du théâtre.

§ vin

Théâtre

Avant de donner quelques mots de description de ce monument, il nous paraît utile de rappeler à nos lecteurs quelles règles présidaient à 1 installation des théâtres antiques. Ceux-ci, comme d'ailleurs quelquefois les amphithéâtres et les cirques (1) (qu'il ne faut pas confondre comme on le fait souvent), étaient adossés à des collines, de telle sorte que les gradins fussent portés par le terrain incliné, sans qu'on fût obligé de faire la dépense de maçonneries coûteuses. Ces gradins étaient disposés en demicercle et constituaient, avec V orchestra ou parterre, la partie réservée aux spectateurs. La deuxième partie, celle des services de la scène, comprenait principalement : la scœna, mur

1 u amphithéâtre est un édifice elliptique, ovale si l'on veut.

que, de forme très allongée et d'une largeur relativement étroite, est terminé par un hémicycle. Au milieu se trouve la spina, l'épine, mur peu élevé autour duquel manœuvraient les chars.

du fond de ia scène toujours richement décoré de colonnes, de niches et de statues (c'était le décor permanent) ; le proscœnium, la scène d'aujourd'hui ; le pulpitum, la partie du proscœnium la plus voisine du public ; Yhjrposcœnium, les dessous du proscaenium ; enfin, le postcœnium , ensemble des salles ménagées derrière la scœna.

Ce que nous appellerons le foyer, était souvent situé derrière le théâtre ; c'était un portique servant à la promenade, et où tout le monde se réunissait.

Comme on ne l'ignore pas, les théâtres antiques n'avaient pas de couverture fixe; un vélum, fixé à des mâts plantés dans le mur extérieur de l'édifice et qu'on tendait au moyen de cordes et de poulies, abritait les gradins; la scène était protégée par un auvent que portait en bascule le mur de la scœna.

Quant aux représentations, elles étaient variées et consistaient, soit en mimes, soit en tragédies, soit en comédies, soit en exécutions musicales. Presque toujours elles étaient offertes au peuple par les magistrats récemment élus et, en attirant dans la ville les populations indigènes de la montagne, servaient à les familiariser avec la civilisation romaine.

Le théâtre de Timgad est assez bien conservé, quoique les gradins supérieurs aient disparu. Nous en avons rétabli dernièrement un assez grand nombre. Ce travail était devenu nécessaire à cause de la désagrégation, par les eaux pluviales, du sol incliné de la cavea, c'est-à-dire de la cavité taillée dans la colline pour recevoir les gradins. On parvenait à ceux-ci par trois entrées : deux latérales, au nord et au sud, de plain-pied avec le sol de la voie, et une médiane, à l'est, située en haut de la colline.

L'entrée nord est à peu de distance de la sortie principale de la place publique ; la voûte qui couvrait le passage auquel elle donnait accès a laissé des amorces dans le mur. Pour parvenir à l'entrée sud, qui était symétrique avec la première, il fallait passer par la longue cour ménagée derrière le théâtre. On arrivait ainsi à Yorchestra, dont on peut admirer le beau dallage, si bien conservé.

THEATRE

THEATRE

THEATRE

La rue qui monte derrière le théâtre, en prolongement de la voie dite de la Basilique, longe un mur de soutènement qui borde une place sur son côté oriental. Sur cette place s'élève une construction dont le plan ressemble à celui d'un petit temple avec sa cella, ses pièces annexes et son péribole. Autour de l'édifice, dont les dessous sont encore voûtés, on remarque une galerie de 2 mètres de large et deux salles à l'est dont une s'ouvre sur la voie montante; au devant, face au nord, une vaste place dallée en briques avec les substructions d'un autel au milieu. L'accès à cette place avait lieu par une entrée garnie de marches, et pratiquée dans le mur donnant sur la voie du théâtre.

Sur le flanc occidental de la place, plusieurs chambres étaient disposées le long du mur circulaire de ce monument ; deux petites salles sont visibles aux angles sud-est et sudouest de l'area. Dans ce dernier angle une porte mène à un escalier, large de 2 m. 3o, qui conduisait à l'entrée médiane du théâtre, du côté du sud.

En étudiant avec le plus grand soin la restauration de l'ensemble de ce monument (1), nous avons pu compter le nombre de gradins qu'il comprenait; il y en avait vingtcinq, plus les trois autour de l'orchestra et réservés aux premiers personnages de la ville.

La communication entre le parterre et les services de la scène se faisait par deux escaliers ménagés dans les deux niches extrêmes qui décoraient le mur antérieur du pulpitum, correspondant à la rampe de nos théâtres modernes. Cinq autres niches, dont trois hémisphériques, étaient agrémentées de jolies colonnettes portant des tables d'autel. Le plancher de la scène [proscœnium] était soutenu par des poutres, lesquelles reposaient sur une série de piliers encore debcfut; au-dessous du pulpitum, douze pierres creuses, également intactes, recevaient les montants en bois creux servant jadis à la manœuvre du rideau qui, dans l'an-

(1) Voir théâtre et forum de Timgad, par Albert BALLU, E. Lkroux, éditeur, Paris. 1902.

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