‹ Guide illustré du sylviculteur canadien [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 93 · CHAPITRE I CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CHAPITRE I CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

On. s’étonnera peut-être de voir que j'ai relégué au troisième plan la partie de beaucoup la plus considérable de mon travail. Voici la raison qui m'a porté à traiter d’abord de la conservation, puis de la réparation de nos forêts : Nous avons encore, heureusement, une grande partie de nos terres publiques en forêts boisées d’essences précieuses. La première chose que nous avons à faire est donc de prendre les moyens de conserver intact, là où il l’est encore, et de rétablir autant que possible, dans son intégrité primitive, le domaine boisé qui nous reste. Une fois assuré que nous pouvons conserver notre richesse forestière, personne ne pourra trouver à redire que nous cherchions les moyens de refaire la forêt là où elle est nécessaire.

Bien des personnes haussent les épaules lorsqu'on leur parle de reboisement. On traite de pessimistes ceux qui semblent croire que nos forêts peuvent être ruinées, et que nous pourrions, avant longtemps, souffrir du manque de bois, comme on en souflre dans les vieux pays.

Pourtant, il y a une preuve bien évidente que les craintes de ces prétendus pessimistes sont bien fondées. Cette preuve, c’est le déboisement complet de certaines parties du pays—-si complet que le bois de chauffage qui

s’y consomme est importé d’endroits éloignés de vingi lieues et plus, et que le hois de charpente et de service vient de trente et souvent cinquante lieues de ces endroits. | |

N'il en est ainsi de régions boisées autrefois des plus riches essences forestières, à plus forte raison doit-on craindre de voir disparaitre peu à peu ce qui reste de forêts. En effet, ces forêts ne sont pas mieux traitées que celles qui sont disparues, et de plus elles ont à subvenir non seulement à la consommation locale, mais encore à celle des endroits déboisés. |

Pour que l'équilibre se rétablisse et que nos bois puissent étre exploités sans être ruinés, il faut, non seulement travailler .à conserver et à réparer, mais encore il faut créer, c’est-à-dire reboiser,

Je dirai ici, avant d'aller plus loin, que presque tout ce que j'ai dit dans les chapitres consacrés à la conservation des forêts, s'applique à leur création, tel que le système d: prime d'encouragement, etc.

Reboiser est un travail qui répugne à certaines personnes. Il leur semble peu encourageant de planter parce qu’elles se disent qu’elles ne pourront pas jouir du fruit de leur travail. D'abord, ellse font erreur à ce sujet. Moi qui suis relativement jeune, j'ai vu des parties de forêts tomber sous la hache du bûcheron et être remplacées par les épis dorés du colon, et maintenant, je revois la forêt au même endroit, et la forêt en état d'exploitation! De fait, dans mes beaux souvenirs d'enfance, je me rappelle un voyage à la sucrerie. C'était dans un bouquet d’érables séculaires qu'avait lieu la fête ; j'avais six ans. L'année suivante, ces érables se changeaient en combustible dans la maison de mon père, et le propriétaire du fonds retirait une récolte poussée à travers les souches. Si vous

SYLVICULTEUR CANADIEN. 2)

passez ià, maintenant, vous entendrez au mois d'avril les chants du sucrier qui fait encore du sucre, au même endroit, mais dans une sucrerie nouvelle repoussée sur l'emplacement de l’autre, et tout cela en vingt-sept ans.

Et pourtant, l’érable n’est pas un des bois qui croissent le plus rapidement. Le peuplier, le saule, le négondo, le mélèze croissent bien plus vite que cela, et je sais des plaines (érables rouges) qui :nesurent huit pouces de diamètre à un pied de leur base, après huit ans de semis.

Donc, à moins d'être dans un âge fort avancé, le planteur est sûr de jouir de son travail. Mais, il y a plus ; en supposant qu’il fut impossible de recueillir soi-même le fruit de ses labeurs, il y a d’autres considérations qui doivent nous engager à reboiser nos coteaux dénudés et nos plaines arides. Ces considérations sont si bien démontrées dans la pièce de poésie que je cite plus bas, que je ne puis résister à la tentation de la mettre sous les yeux de mes lecteurs. C’est la paraphrase d’une des fables de Lafontaine faite par un grand penseur, Louis Veuillot :

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