CHAPITRE V
DEVOIRS DES TOURISTES, CHASSEURS, PÊCHEURS, ETC, POUR LA CONSERVATION DES FORÈTS,.
Je viens de dire que les colons sont ceux qui ont 1: plus contribué aux incendies des forêts. Malheureusement, ils ont de terribles auxiliaires dans la personne des chasseurs, des pêcheurs et des touristes en général. On s’en va dans la forêt ; après ure course, on allume un feu, soit pour se sécher, soit pour se réchauffer, soit pour cuire les aliments, et, une fois satisfait, on s'en va. Mais un tison ardent est resté dans le foyer. Ce foyer a été établi sans précautions, au milieu des feuilles, de la mousse. Le vent s'élève, le tison est ravivé. Il communique le feu à ce qui l'entoure et voilà encore la forêt en flammes ! Pendant ce temps, l’auteur de l'incendie s’en va tranquille et insouciant. Comme tout cela est vrai ! Et pourtant, il aurait été bien facile à cet imprudent d'allumer son feu sur un terrain préalablement nettoyé, de le faire un peu loin du tronc des arbres, de bien le surveiller pendant qu'il brülait, et surtout de l’éteindre avec grand soin, en partant. Ces simples précautions se suggèrent d’elles-mêmes, et cependant combien peu les prennent. |
Le colon qui allume un feu en défrichant est, du moins jusqu’à un certain point, excusable. Il lui faut faire brûler absolument, et son feu, une fois allumé, n'est pas toujours facile à contrôler. Muis que dire pour excuser l’insouciant qui dévaste un canton pour avoir négligé d'éteindre le feu qu’il a allumé et qui est absolument sous son contrôle. Pas d’excuses pe. i ; et si le colon imprudent mérite punition, combien plus le mérite l’autre ! Oui, c’est surtout sur celui-là qu’il faut trappe
et frapper fort. C’est celui-là que le garde-forestier devra toujours avoir en vue, car c’est lui dont la négligence est la plus coupable.
Chasseurs et autres qui parcourez la forêt, soyez prudents. Songez que voire négligence peut causer des dommages incalculables et irréparables. Non seulement la forêt disparnitra d’vant l'incendie que vous aurez allumé, mais des cantons entiers, nouvellement défrichés et couverts des récoltes qui constituent la seule ressource des pauvres colons, seront peut-être dévastés par les flammes, Quelle somme de responsabilité à assumer pour une simple négligence !
Ici se termine la première partie de mon travail. Je crois avoir suffisamment prouvé qu'avec une législation sage, de la bonne volonté et de l’entente, on peut facilement conserver nos belles forêts. Nous allons maintenant nous occuper du travail de réparation à entreprendre pour empêcher celle de nos forêts à demi ruinées de disparaitre.
SYLVICULTEUR CANADIEN. 19