CHAPITRE XIV BOUTURAGE
Certaines variétés d'arbres se multiplient très facilement de boutures, et l'avantage qu'il y a à pratiquer le bouturage, lorsque les espèces s’y prêtent, est considéable. Le procédé est beaucoup plus prompt et plus sûr que celui du semis, et donne tout de suite des plants très forts.
Les essences qui se prêtent le mieux au bouturage sont les peupliers et les saules. Pour les peupliers, coupez en tronçons d'environ deux pieds, des branches d’un pouce et demi à deux pouces de diamètre, laissez un bout carré et taillez l’autre en biseau ou en sifllet, en ayant bien soin de ne pas briser l'écorce. C’est cette extrémité taillée en biseau que l’on met en terre. On fait les boutures de peupliers à l'automne, après la chute des feuilles. Celles de saules se font de la même manière, et, de plus, on peut les faire en n’importe quel temps de l’année (1).
Pour planter ces boutures, on prépare le terrain en faisant un profond sillon au fond duquel on dépose du fumier, puis on mêle ce fumier au sol en passant la charrue uue seconde fois. On plante en enfonçant dans
(1) Je crois qu’il faut les faire au printemps, dans notre puys. H.G.J. de L.
la terre ameublie, la bouture, dont on laisse deux ou trois pouces seulement hors de terre. Il ne reste plus qu'à bien fouler la terre, tout autour.
Il faut éviter de faire les boutures trop grosses. Certains arbres qui commencent par croître très bien de bouture, mourent au bout de quelques années sans cause apparente. Or, la cause, la voici: on a fait les boutures trop grosses. Le bout exposé à l’air s'est desséché. Celui plongé dans la terre n’a émis de racines que près de la surface, et les branches ne sont ainsi poussées qu'auprès de la surface, à l'extérieur. Ainsi exposés, l'un à l'air, l’autre à l'humidité, les deux bouts dépérissent, se décomposent, et, pendant que l'arbre semble prospérer, il se creuse par suite de la pourriture de ses deux extrémités. Le moment arrive où la décomposition atteint les parties vitales et fait périr l’arbre.
On conseille beaucoup de planter une bouture de saule ou de peuplier entre chaque plant de noyer qu'on cultive sur place, pour leur procurer de l’ombre plus tôt, et empêcher l’envahissement des mauvaises herbes. Au bout de cinq ou six ans, lorsque les noyers sont capables de se suffire à eux-mêmes, on enlève les saules ou peupliers, qui donnent un bon combustible pour les besoins de l'été. Ce procédé s'applique aussi aux chênes, aux caryers et aux châtaigniers.