‹ Guide illustrée du Musée d'AvenchesChapitre 16 sur 51 · SALLE DU SOUS-SOL · texte numérisé non relu

SALLE DU SOUS-SOL

L'hypocauste1, tel qu'on le voit ici reconstruit, est très fréquent au nord des Alpes, à Avenches comme ailleurs. Car son usage, limité aux salles de bains dans les pays au sud des Alpes, se généralisa au nord des Alpes comme moyen habituel de chauffage. L'installation établie dans la salle du sous-sol du musée permet de se rendre un compte exact des appareils de chauffage à l'époque romaine. Les hypocaustes sont placés sous les bains publics, sous les maisons privées, parfois sous une seule pièce seulement. Ils correspondent au chauffage central de nos constructions modernes, comme les camini correspondent aux foyers, âtres ou cheminées. Les différentes parties de l'hypocauste étaient : 1° Le fourneau, praefurnium, propigneum, chambre ronde ou rectangulaire ; il était voûté et recouvert de tuiles, avec une ouverture pour allumer le feu, comme un four moderne ; un même fourneau pouvait suffire pour plusieurs salles, ou plusieurs fourneaux au contraire ne chauffer qu'une salle. Il était construit en matériaux réfractaires et parfois complété par un dallage de briques.

2° Le canal. Il servait à conduire l'air chaud du fourneau dans la chambre de chaleur ; il était voûté, à parois verticales, moins large et plus long que le fourneau. Les briques des parois et du sol étaient recouvertes de terre glaise.

3° Les chambres de chaleur. Elles étaient hautes de 40 à 60 cm.; le sol légèrement incliné vers le centre et, de là, vers le foyer, pour permettre l'écoulement des vapeurs.

4° Les piliers. Sur l'aire de la chambre à vapeur on construisait des piliers, pilae, en briques rectangulaires, ayant environ 15 cm. de côté et 4 à 5 cm. d'épaisseur ; l'espace entre les piliers ne dépassait pas 80 cm. Ce sont ces piliers carrés de briques qui donnent à l'hypocauste son caractère

1 Terme dérivé du mot latin hypocaustum, emprunté lui-même au grec ; il peut désigner l'appareil de chauffage, proprement dit iij/pocausïs, aussi bien que la chambre de chaleur.

propre et qui permettent de le reconstituer parmi d'autres constructions. L'hypocauste d'Avenches, trouvé en 1862, en « Perruet », était un des mieux conservés; il a seize piliers, chacun d'une vingtaine de briques, reposant sur un dallage en marbre.

5° La suspensura. Sur les piliers on établissait généralement de larges briques disposées de telle façon que chacune d'elles reposât sur quatre piliers ; sur ces briques on étendait du mortier ou de la terre glaise; au-dessus de cette couche, un lit de cailloutis ou de brique concassée, noyé dans du ciment formait un sol dur et impénétrable que recouvrait encore une couche de ciment. Sur le sol ainsi prêt, on plaçait un dallage en marbre ou une mosaïque. Ces sols des chambres chauffées par les hypocaustes et supportées par les piliers se nommaient suspensurae.

Dans l'hypocauste conservé à Avenches, le sol était recouvert d'un dallage en marbre, brisé en morceaux, que l'on a remplacé par une mosaïque de mêmes dimensions, trouvée à la même époque, et cette substitution, comme le remarque M. Martin, n'ôte rien à la vérité archéologique de la restauration; la couche de béton, formé de tuiles concassées, de 15 cm. d'épaisseur, qui se trouvait au-dessous du dallage, reposait sur de grandes briques de 66 cm. de côté, et ces briques étaient posées de façon que chacune s'étayàt sur quatre piliers ; ces piliers eux-mêmes sont formés de briques qui vont s'élargissant de la base au sommet. Notre hypocauste était chauffé par deux fourneaux en pierres semi-circulaires.

La reconstruction diffère de l'original en ceci que la chambre de chaleur est de moitié plus basse et les piliers formés de dix briques au lieu de vingt. La matière employée pour chauffer l'hypocauste était le bois ou le charbon de bois. Un perfectionnement apporté dans leur construction fut la pose de canaux verticaux ménagés dans la paroi de la chambre chauffée, au moyen de briques à coupe carrée que l'on plaçait entre le gros œuvre et le revêtement ; des briques de ce genre sont placées au-dessus de l'hypocauste d'Avenches contre le mur de la voûte, et d'autres sont conservées à la

82 muske d'avenches

salle I. La mosaïque conservée dans le souterrain de l'hypocauste, dont elle remplace le dallage (Bursiam pi. XXVII , a un caractère purement décoratif. Elle a été trouvée en 1863, aux Gonches-dessus. Elle se compose d'un panneau central circulaire et de huit panneaux sur le pourtour, ornés de feuilles à trois pétales, de rosaces et de torsades. Elle a quatre mètres en long et en large.

La pirogue lacustre, qui est abritée dans le même local, a dû être partagée en deux pour pouvoir y être introduite, vers 1870.

Page 1