‹ Guide illustrée du Musée d'AvenchesChapitre 3 sur 51 · LA TERRASSE DU MUSEE · texte numérisé non relu

LA TERRASSE DU MUSEE

Parmi les monuments lapidaires placés sous les arbres de cette terrasse, on remarque divers tombeaux rectangulaires, en forme d'auge.

Les Romains ont employé les deux modes de sépulture de l'antiquité, l'inhumation et l'incinération. L'incinération a été le mode le plus répandu à Avenches, et les nombreuses urnes cinéraires conservées au musée en font foi. Néanmoins les fouilles de l'association Pro Aventico ont révélé l'existence simultanée de sépultures par inhumation et par incinération, soit au Pré aux Donnes, au sud-ouest, soit aux Mottes, au nord-est de la ville antique. Les bières, servant à la sépulture, arcae, étaient, à l'époque impériale, le plus souvent en bois. Les tombeaux creusés dans le marbre ou le calcaire sont en revanche fréquents pendant les premiers siècles chrétiens ; il suffit de rappeler ceux de la Cour du Martolet à St- Maurice. Nous inclinons donc à attribuer ces tombeaux lapidaires à l'époque chrétienne. L'un d'eux a été retiré récemment d'une grange par M. Martin, conservateur du musée.

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II présente, comme deux autres, un rétrécissement très sensible dans le sens de la largeur.

Les débris de colonnes, qui comprennent une vingtaine de bases ou de iùts et deux ou trois chapiteaux qu'on voit par-ci, par-là sur la terrasse, sont en revanche bien romains et proviennent en grande partie de la Schola des Macer (1849- 1852). Ils sont en général de l'ordre corinthien ou de Tortire toscan, les deux ordres les plus en faveur chez les Romains. Ces deux ordres d'architecture se distinguent surtout par la base et le chapiteau *.

Remarquez à droite, au centre de la rangée, cette dalle de revêtement, trouvée dans un pré au nord de la ville, longue de 1 m. 65, large de 70 cm., haute de 30 cm. C'est le dernier exemplaire intact des dalles qui formaient le couronnement du mur d'enceinte, et qui ont été exploitées de tout temps pour des constructions ou simplement pour servira faire de la chaux. Elles étaient généralement munies de trous de louve par lesquels on les hissait au haut de la muraille. Les pans de mur mis à jour à côté de la porte de l'est attestent le soin et la solidité avec lesquels ces murailles étaient construites, les pierres cimentées et les joints parachevés2. Une autre dalle en pierre jaune, trouvée aux Prés- Ghoulex et donnée par la municipalité, mesure 1 m. 65 de long, 75 cm. de large et 32 cm. de haut ; une troisième, probablement fragmentaire, a 1 m. 30 de long sur75 cm.de large.

Adossé au mur de la terrasse se trouve un bassin de fontaine ou labrum, en marbre du Jura, trouvé aux Gonches-dessus, et qui a servi à un jet d'eau, placé sans doute dans la cour intérieure, cavaedium, d'une opulente maison romaine. Au centre, on voit une élévation carrée percée d'un orifice qui servait à fixer une base sur laquelle se plaçait un tube, affectant la forme d'une figure humaine, animale ou d'un végétal, d'où s'échappait le jet d'eau. Le musée possède

1 Le Cigognier, qu'on aperçoit de l'extrémité du mur de la terrasse, est un pilier d'angle surmonté d'un chapiteau corinthien; il soutenait probablement un portique à l'entrée du forum.

2 Voy. à ce sujet Mayor, Aventicensia, dans l'Indicateur, juillet 1899.

un tube en forme de pomme de pin ayant servi à cet usage. Le trop-plein s'échappait par l'ouverture latérale et le tuyau d'amenée pénétrait par une ouverture inférieure, au-dessous du niveau du sol.

Les restes d'aqueduc sont nombreux à Avenches, et la plupart présentent dans leur construction un petit appareil, formé de moellons assemblés par du ciment. Mais les fouilles de M. Ludi ont mis au jour un tronçon d'aquedue unique eu son genre et dont trois fragments sont conservés (à gauche sur la terrasse). Cet aqueduc était formé de pierres circulaires, ou tambours, de 55 cm. de diamètre, laissant libre un canal de 32 cm. Les tambours ont 48 cm. de long; ils sont placés ici verticalement, s'élevant à 85 cm. au dessus d'une dalle carrée, en grès grossier, percée d'un trou de même diamètre (32cm.) et légèrement évidée au centre. Le tout faisait partie d'une canalisation de la ville antique '.

Sous la marquise; h. droite du perron du musée : Fragment d'une eorniehe d'entablement, (PL II, fig. 3) mesurant 2 m. 85 de longueur sur 1 m. d'épaisseur, trouvée au xvme siècle, sans doute au N.-E. du Gigognier.

Le bas-relief de la frise représente, entre une torsade en haut et un rang de feuilles en bas, deux griffons ailés, posant chacun une patte sur la panse d'un vase à deux anses ; leur queue est enroulée autour d'une colonnette qui limite le groupe et le sépare des groupes voisins qui devaient suivre, comme le montre le griffon à tête de lion et l'anse d'un vase, encore visibles à droite.

Bien que les griffons se rencontrent généralement sur des objets servant au culte d'Apollon ou de Bacchus, on ne peut inférer de leur présence sur ce bas-relief que le temple où il était fût consacré à l'un de ces dieux ; on en voit sur le temple d'Antonin et de Faustine à Rome.

1 D'autres types de canalisation sont à noter : l'un consiste en un assmiblage de pierres plates ; il a été constaté au théâtre, sous l'emplacement delà scène: un autre consiste en briques rectangulaires emboîtées et est décrit plus loin.

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Au-dessous de cette corniche, se trouve un fragment d'une autre corniche qu'il faut rapprocher des deux fragments inférieurs à gauche du perron.

Ces trois blocs sont en effet décorés d'animaux marins et fabuleux. Ces animaux ont la tête et la partie antérieure du corps d'un cheval, ou d'un lion ; la partie postérieure se prolonge en une queue de poisson épaisse et sinueuse. L'hippocampe, tel qu'il est représenté ici, avec des appendices en forme de feuilles simulant des nageoires, des pieds palmés, la queue stylisée pour former une écaille symétrique, est une création tout imaginaire et dérive du type fixé par Scopas. Le motif principal des corniches de ce modèle semble être le groupe des lions ou chevaux marins, aux queues entrelacées ; mais les vases à deux anses y figurent aussi et étaient placés entre ces groupes. Le sujet de la sculpture porte à croire à l'existence d'un temple dédié à Neptune ou à quelque autre dieu marin. (PI. III, fig. 2).

La dernière corniche, à gauche sous la marquise, offre une décoration très dissemblable des précédentes, plus variée et plus riche *. Le même type de sculpture se retrouve sur les corniches encastrées dans la muraille de l'église et sous le hangar dépendant du musée ; on y constate que les artistes d'Aventicum ont accordé la préférence aux figures animées, personnages et animaux, plutôt qu'aux sujets tirés du règne végétal, dont les Romains sont cependant coutumiers. Ces blocs ont été trouvés non loin du Cigognier et il en reste encore dans la terre. La fig. 1 de la pi. III reproduit l'un des fragments de corniche encastrés dans le mur de l'église2.

1 La décoration comprend entre autres un cavet avec bas-relief représentant des dauphins affrontés, séparés par des coquilles (en lieu et place des feuilles habituelles) ; le denticule et le rais-de-cœur. Le larmier lui-même possède des modillons, ou petites consoles, dont la face inclinée est décorée au lieu des feuilles d'acanthe ordinaires par une figure barbue et par des amours. Les corniches encastrées dans l'église offrent, au contraire, sur les modillons, des figures féminines. Remarquez un ornement en forme de bouclier d'amazone (peltae lunalae) qui décore les panneaux verticaux à droite et à gauche des modillons.

2 La fig. 1 de la pi. III reproduit ce fragment tel qu'il a été placé dans h' mur pour servir de banc, l'ordre des moulures étant renversé et la cimaise en bas.

SALLE I (Rez-de-chaussée)

On accède à la salle I par un petit vestibule qui ne renferme, en fait de sculpture, que deux chapiteaux en calcaire jaune du Jura; ils ont été trouvés sur l'emplacement du monument, probablement un portique, élevé en l'honneur de Q. Cluvius Macer, duumvir de la colonie des Helvètes, mis au jour en 1851 au lieu dit En Prillaz1. Au chapiteau de droite, on remarque, sur la partie inférieure du bloc dont il est fait, le sommet des cannelures de la colonne (Bursian, VIII, 2) ; le chapiteau de gauche, quoique brisé en trois morceaux, présente encore des volutes aux angles et au milieu de chaque face, selon le type classique romain (Bursian VII, 2). On ne sait à quelle place, sur le monument, se trouvaient ces chapiteaux, on sait seulement que les colonnes de la façade, découvertes au même endroit, sont doriques.

Des trois inscriptions du vestibule, la seconde est dédiée par les Helvètes à ce même Q. Cluvius Macer et la troisième à sa femme ; la première est une inscription honorifique se rapportant peut-être à Sabinus, père de l'empereur Vespasien2. Les fragments de mosaïques fixés aux parois seront décrits plus loin (Salle II).

La salle du rez-de-chaussée du musée frappe le visiteur, dès son entrée, par son aspect étrange et antique : c'est une pièce rectangulaire, éclairée par cinq petites fenêtres, en meurtrière et grillées, encadrées de larges embrasures ; le pavage de carrons rouges contraste étrangement avec les pavés mosaïques dont les fragments conservés rappellent un luxe aujourd'hui inconnu. Le plafond bas est soutenu par d'énormes solives brunes et frustes auxquelles sont suspendues des amphores ; le pourtour de la pièce, les murailles et

1 Pour tout ce qui concerne la topographie d'Avenches, voyez le plan du Bulletin II.

2 Les inscriptions étant cataloguées à la IIme partie, nous nous bornons ici •À en indiquer la destination.

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le centre, sont occupés par des pierres de toute forme et de toutes dimensions sur lesquelles tombe une lumière blafarde.

Nous examinons en premier lieu le groupe central. Voici, faisant face à la porte, un monument votif, restauré, portant une inscription, dédié par le prêtre Decimus Julius Consors ; — une colonne (n° 2014) avec l'inscription funéraire d'une femme, probablement Julia Litullina, et à côté un fragment de colonnette torse. Au-dessous de l'inscription brisée où se lit le mot schola, un fragment de motif circulaire appliqué ou de rosace (Bursian, IV, 6 et VI, 7) présentant en bas des feuilles d'acanthe, circonscrites dans un cercle d'oves, de perles et de rais-de-cœur, avec, en haut, une tige de plante horizontale étalant de grandes feuilles symétriques, d'un bel effet décoratif. A côté, un modillon, débris d'une corniche, présente en relief le torse et le buste d'un homme nu, tenant dans la main droite un bâton muni d'un anneau (Bursian V, 5). L'inscription n° 105 est une dédicace à Quintus Macrius Nivalis, fils de Q. Gluvius Macer, dont il a été déjà parlé. Elle repose sur des tambours de colonnes cannelées de grand module (60 et 40 cm.).

A ce groupe central se rattachent encore : un petit autel en grès voué aux dieux des carrefours (n° 186) portant les mots : Bivis, Trivis, Quadru vis; la stèle funéraire de Flavia Severilla (n° 2059) et divers fragments d'inscriptions ; un chapiteau corinthien renversé (n° 151) et de nombreux marbres moulurés (nos 178, 179, 181). Sur le blocage formé par ces monuments lapidaires, remarquez deux récipients en plomb. Le plus spacieux est la moitié inférieure d'un réservoir à eau, labrum, trouvé en 1836 ou 1837 en Prillaz, au nord-est du forum ; le second, placé sur l'autel des carrefours, peut avoir servi au même usage, bien qu'il soit de dimensions plus réduites (Bursian IV, 2 et 3).

Relief de la Louve. — C'est le monument le plus important de la salle et il n'y a été installé définitivement qu'en 1898. Déposée au musée de 1862 à 1864, cette sculpture fut ensuite reprise par son propriétaire, Samuel P'ornerod ; les héritiers de ce dernier l'ont vendue en 1896 à l'Etat de Vaud

COLLECTIONS ARCHEOLOGIQUES /

pour la somme de 2000 fr., et elle rentra au musée le 30 novembre de la même année (PI. I)1.

Voici dans quelles circonstances elle fut découverte. Les fouilles pratiquées en automne 1862 avaient mis à jour, sur un replat de la colline qui domine la gare, les substructions d'un bâtiment de grande dimension, soit d'environ 90 m. de long, peut-être une caserne.

C'est à 10 m. de l'angle oriental de ces soubassements qu'on trouva, le 21 novembre 1862, à la nuit tombante, avec deux colonnes en marbre, ce relief fameux. C'est un bloc en néocomien neuchâtelois ou calcaire jaune du Jura, bruni par le temps, en forme de prisme trapézoïde, mesurant 45 cm. d'épaisseur en bas, 12 au sommet, pesant environ 12 quintaux, et destiné à être vu sur trois de ses quatre faces. La face antérieure al m. 10 en longueur, 58 cm. en hauteur.

Le groupe en haut-relief qui occupe cette face est sculpté dans une sorte de niche, qui rappelle sans doute la grotte du berger Lupercus, ou au moins une anfractuosité de rocher. Le motif de sculpture, lia louve allaitant Romulus et Remua, est une imitation, et non pas une copie, du groupe primitif. La louve tourne la tête du côté des nourrissons et cette pose se retrouve, souvent avec le mouvement de la marche, sur les monnaies impériales, les gemmes, etc. mais comme groupes libres et non comme reliefs2. Cette pose diffère en revanche de celle du groupe d'airain du Capitole, où la louve regarde droit devant elle et où les enfants sont vus de face. Ici, en effet, ils sont vus l'un de dos, l'autre de côté, la tête renversée. La louve a une expression débonnaire et lèche un des enfants ; ceux-ci, d'ailleurs, par leur embonpoint, font honneur à leur nourrice.

A gauche, un oiseau, le pic sacré, apportant la becquée à ses petits ; le nid ne se distingue presque pas sur l'arbre qui le porte. A droite, un autre arbre avec deux oiseaux, dont un

1 Sur l'histoire de cette sculpture, célèbre eu Suisse, voyez l'art, de M. Eu^r. Secretan: Variété archéologique, dans la Revue historique vaudoise, avril 1897.

2 Cf. S. Reinach, Répertoire de la statuaire, t. Il, p. 728; W. Fol, Catalogue descriptif du musée Fol, t. II. p. 334. Glarac, Musée de sculjHure.

hibou (la tête brisée), symbole de sagesse, attribut d'Athéné. Bursian pense d'ailleurs que ces oiseaux doivent indiquer que le lieu est désert ; la nature des arbres ne peut guère être déterminée. .

La face postérieure, en trapèze, simule une toiture, indiquée par cinq rangées de feuilles imbriquées ; sur la face latérale gauche se détache nettement une oie picorant des baies, souvenir des oies du Capitole, tandis que le côté droit paraît avoir été encastré dans un mur. Etant donné l'exiguïté des dimensions de ce bloc et ses trois côtés sculptés, on peut en inférer que sa place était sur une terrasse, une cour ou dans un édifice public, et non pas au faîte de l'édifice. Si la valeur artistique et l'exécution sont médiocres, la valeur historique de ce relief est considérable, car c'est l'emblème de la domination romaine, les armes parlantes de l'empire.

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