‹ Guide manuel de la bonne compagnie du bon ton et de la politesseChapitre 1 sur 161 · M. BOITARD · texte numérisé non relu

M. BOITARD

PARIS e

PASSÂRD, LIBRAIRE-ÉDITEUR

rue des Grands-Aiigustins, 7

INTRODUCTION

Mon but, en quittant momentanément des travaux sérieux pour écrire cet ouvrage, a été d'être utile à mes enfants et aux personnes qui débutent dans le monde. Le hasard m'ayant fait tomber sous les yeux quelques livres écrits sur la politesse et les usages de la bonne société, j'ai compris pourquoi ces ouvrages n'ont pas produit les heureux résultats qu'on avait le droit d'en attendre. Tous se bornent à des préceptes, vrais ou faux, secs, alignés les uns à la suite des autres. Le plus grand nombre est rédigé dans le style de la civilité puérile et honnête, avec tout le pédantisme de l'ignorance, par des gens qui ne connaissent le monde qu'en théorie. Ceux surtout publiés par des femmes sont entachés de ces défauts beaucoup plus que les autres. En un mot, je ne connais pas un de ces traités, tous compilés les uns sur les autres, qui ne soit d'une lecture tellement ennuyeuse, que je défie à telle personne que ce soit d'en lire un tout entier.

Cependant, la justice me force à dire que dans le nombre il s'en trouve deux qui ont été faits par des hommes d'esprit et de talent. L'un surtout est plein d'observations fines, spirituelles, quoique quelquefois un peu rocailleuses ; mais, dans l'un et dans l'autre, on voit que les auteurs ont traité leur sujet avec trop de légèreté pour avoir eu la pensée de faire des ouvrages sérieux, utiles et complets. S'ils eussent donné plus d'importance à leur travail, il est certain que Je n'aurais jamais écrit sur le même sujet.

INTRODUCTION

Pour atteindre îe but d'utilité que je me proposais dans ce livre, il me fallait éviter deux écueils, sur lesquels la plupart de mes devanciers sont venus faire naufrage. Le premier et le plus fatal de ces écueils, c'est l'ennui ; le second est la difficulté de faire comprendre le monde à ceux qui ne Font jamais vu, et si l'on vient à compter en sus combien il y a de gens qui y vivent et ne l'ont pas vu, on comprendra que ma lâche devait être laborieuse.

Je n'ai rien trouvé de mieux pour éviter l'ennui à mes lecteurs, que de déguiser autant que possible la sécheresse ordinaire des préceptes sous le masque amusant de l'anecdote. Je sais parfaitement que c'est un genre de littérature assez peu relevé; mais que m'importe s'il me fait atteindre mon but! s'il fait lire ce livre! Dans ma manière de voir, la politesse n'est rien autre chose que la menue-monnaie de la morale, et Ton sait trop que si les traités de morale vont ordinairement de la boutique du libraire à la boutique de l'épicier, c'est parce qu'ils sont ennuyeux. Enfin, j'ai cru que l'anecdote graverait plus aisément dans la mémoire, des formules dont, souvent, il n'est pas aisé à tous les esprits de s'expliquer le sens rationnel.

D'autre part, comment voudrait-on qu'un jeune homme ou une jeune demoiselle pussent faire Tapplicalion des règles qu'ils auraient apprises, lorsque le monde, si difficile à comprendre, s'ouvrirait à eux pour les premières fois? Ces règles sont mobiles comme la société elle^mêuie! Inébranlables dans leur principe moral, elles varient dans leurs formes, dans leur application, en raison des individus qui composent la société dans laquelle on se trouve, des habitudes, des personnes, de leur caractère et de leurs préjugés, etc. Telles manières qu'il faut affecter dans le grand monde, deviendraient ridicules dans un salon bourgeois, et insupportables dans rassemblée de famille.

Il faut savoir, dit l'autre, hurler avec les loups.

C'est très vrai :

Mais si on ne sait pas distinguer les loups d'avec les agneaux, comment fera4-on ? et cette distinction n'est pas une étude facile à faire ! A tous il faut plusieurs années pour y réussir, plusieurs n'y panienuent jamais.

INTRODUCTION

Je n'avais qu'un moyen je ne dis pas pour faire franchir cette difficulté, mais seulement pour en adoucir le pas. C'était de faire des portraits, aussi ressemblants qu'il m'était possible, de toutes les espèces de caractères que l'on rencontre le plus fréquemment dans le monde. C'est ainsi que j'ai peint le médisant, le menteur, le calomniateur, le beau parleur, le bel esprit, le bas-bleu, la bégueule, etc., etc.; mais je dois dire ici que pour rendre mes portraits plus saisissants, j'ai cru devoir les charger beaucoup, et j'affirme en outre que j'ai fait tous mes efforts pour éviter les personnalités. Du reste en les dessinant je n'ai pas eu la prétention d'en faire des tableaux terminés, mais de les présenter seiilement avec le profil que l'on peut apercevoir dans la société.

En un mot, je ne pouvais taire voir le monde à mes lecteurs que par le trou d'une lanterne magique, mais j'ai cherché à peindre mes tableaux avec une couleur plutôt vraie que brillante. Je n'ai qu'un désir, c'est qu'ils puissent servir aux jeunes gens qui me liront, à entrer dans le monde d'un pas plus assuré, et à éviter, autant que possible, les embarras qu'ils pourraient y rencontrer.

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