‹ Guide manuel de la bonne compagnie du bon ton et de la politesseChapitre 2 sur 161 · DU MONDE · texte numérisé non relu

DU MONDE

L'homme n'a pas été créé pour vivre seul et isolé comme un ours, et, quoi qu'en aient dit quelques philosophes du xvn« siècle, son instinct est la sociabilité ; par conséquent, son véritable état de nature

est la société.

La société, en prenant ce mot dans son acception la plus étendue, se compose de tous les hommes qui peuplent la terre ; et la société française de tous les hommes qui habitent la France.

Cette société, se composant de tous les individus sans exception, doit renfermer dans son sein le germe de toutes les passions, bonnes ou mauvaises, et, dans le cœur de chaque homme, un de ces germes se développe, bon ou mauvais. Il en résulte que la société se compose de bons et de mauvais, ayant chacun des goûts et des instincts diamétralement opposés, ce qui les oblige à faire scission et à vivre séparément.

DU MOINDB.

De là sont nées les diverses sortes de sociétés, auxquelles on a donné des noms différents.

Le jeune homme qui débute dans le monde doit, avant tout, savoir où il va, et quels sont les gens qu'il trouvera sur son chemin, afin de suivre les bons et de» fuir les méchants î La chose n'est pas aisée pour celui qui n'a pas encore d'expérience. Les conseils de ses parents, s'il en a qui vivent dans le monde, lui seront d'une grande utilité, mais ils ne sont pas suffisants. Ghoisira-t-il un ami pour lui servir de guide et de mentor ? Mais à quel signe reconnaîtra-t-il un véritable ami ? un ami qui, lui-même, connaîtra assez bien les écueils du monde pour les lui faire éviter? Il en est de la société comme d'une pipée : le pauvre oiseau qui vient s'y faire prendre ne reconnaît le piège fatal que lorsqu'il n'est plus temps de s'en retirer.

Je sais parfaitement qu'un livre, quel qu'il soit, ne peut pas suppléer à cette expérience que l'on acquiert toujours à ses dépens. Mais je crois fermement qu'il peut être utile, en éveillant la méfiance et en donnant quelques notions vraies qui mettront les jeunes gens sur leur garde. Partant de là, jevais donner une sorte de carte topographique de la société française, qui, si elle n'est pas suffisante pour diriger le nouvel embarqué sur la mer orageuse du monde, lui indiquera du moins les principaux récifs sur lesquels il pourrait aller faire naufrage.

Le monde est extrêmement mêlé dans la société parisienne, d'où il résulte qu'il ne faut pas prendre à la lettre les caractères spécifiques que j'ai attachés à chaque société, vu que mon intention n'a été que de

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