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Quelque stupide que vous soyez, si vous êtes

DES EXIGEKCES INDISCRÈTES. 347

joueur allez-y, vous serez bien reçu, comme homme utile.

12. Avant de vous faire présenter dans un salon , informez-vous par avance du jeu qu'on y jou3. Sans cela vous risqueriez de tomber, sans le savoir, dans un coupe-gorge d'autant plus dangereux qu'il est entièrement composé d'honnêtes gens.

13. Si vous êtes gai, aimable, spirituel, on vous invitera à dîner pour amuser les convives. C'est une exigence à laquelle on doit se prêter de bonne grâce.

14. Si vous avez une célébrité quelconque, on vous invitera pour vous montrer à ses amis comme une curiosité , ainsi qu'on montre l'ours blanc ou le rhiiiocéros.

15. Les exigences du Jour de l'an veulent que , à celte époque , on paie en cadeaux dix fois la valeur des dîners que l'on a reçus dans le cours de l'année, sous peine de passer pour un ladre qui ne sait pas vivre.

■ 16. Quant aux autres politesses de salon que vous ' avez reçues , telles que soirées dansantes, soirées musicales, etc., vous pouvez les solder en cadeaux d'un prix plus modéré , mais plus ils auront de valeur, plus vous serez aimable.

17 Une absence d'un mois , feinte ou réelle, vous passe quittance de toutes ces dettes d'honneur ; mais vous courez la chance de vous faire soupçonner

d'avarice. , . ,

18 Si vous n'avez pas d'argent, évitez de conduire dos dames au spectacle, à la promenade; de les

• accompagner quand elles vont voir un établissement

Dû JEU.

quelconque , d'être leur cicérone , leur cavallero servante , parce que :

19. Il est établi en bon ton que les dames ne payent jamais nulle part, quand elles ont un cavalier qui connaît Tusage du monde.

20. Si, dans une partie quelconque, vous laissiez payer une femme qui a des fantaisies coûteuses, vous vous feriez la réputation d'un homme grossier et mal appris.

21. Un homme d'esprit qui sait se comporter partout avec prudence, peut se présenter partout.

22. Il existe quelques salons intelligents, d'où les maîtres de maisons ont su faire disparaître les exigences dont je viens de parler; mais ces salons sont rares. Si vous pouvez vous y introduire , vous serez alors avec des gens du véritable bon ton.

23. Le seul inconvénient que présentent ces salons est que , si vous êtes un sot , vous n'y serez pas reçu.

Si vous manquez d'intelligence, de manières, d'aisance, de bon ton, en un mot, si vous êtes un sot, hé 1 mon dieu ! rien ne vous empêche de fréquenter les salons si tel est votre goût. Le cas a été prévu par toutes les personnes qui reçoivent, et voilà pourquoi il y a un petit salon à côté du grand. On vous annonce , vous entrez , vous allez saluer la maîtresse de la maison , puis monsieur , et libre à vous de ne pas leur dire un mot. Cette politesse d'usage accomplie, vous passez dans le petit salon , vous vous as-

seyez à une table de jeu , et tout est dit ; vous voilà installé et à votre aise pour toute la soirée si cela vous convient.

Le jeu î le jeu qui n'a été inventé que pour les imbécilles et les escrocs ! Le jeu qui seul pouvait mettre de niveau les salons et les tripots ! Le jeu , qui est la honte de la civilisation, la plaie la plus dégoûtante dans nos mœurs, la ruine des familles, la démoralisation de la jeunesse , l'immoralité du bon ton !

Le jeu : ah ! ah ! vous voilà sur vos deux pieds , maître sot ! vous allez avoir autant d'aplomb et plus d'aplomb que l'homme de mérite. Pour peu que vous ayez vingt- cinq ou trente napoléons en or dans votre poche , vous voilà l'égal des gens d'esprit , de par le roi de carreau et la dame de cœur. Le jeu est le plus grand niveleur que je connaisse , et je défie , même par le temps qui court , les plus célèbres utopistes spéciaux, quelque soit le dévergondage de leur imagination et la fausseté de leur jugement, je les défie, dis-je , d'avoir jam.ais rêvé une égalité aussi complète que celle qui règne autour d'une table de jeu! Les bandes de filous , de voleurs, de brigands reconnaissent encore des chefs , une certaine organisation hiérarchique , témoin Cartouche et Mandrin ; le joueur seul ne reconnaît aucun supérieur ; il n'est pour lui, aucune suprématie de talents , de rang et de fortune. C'est l'idéal du démocrate parvenu aux dernières limites de l'exagération. Les cartes à la main et son enjeu sur table , le dernier des goujats est l'égal d'un prince qui joue avec lui ; le dernier des rimailleurs régal de Lamartine , et le dernier des sots l'égal d'un homme de génie.

Dans mon humeur contre le jeu , j'ai dit que cette malheureuse habitude pouvait mettre les salons au niveau des tripots. Le mot est dur , impoli , ] en conviens Cependant j'ai vu à Paris plusieurs salons de personnes qu'on appelle comme il faut , celm par exemple d'un certain professeur , jurisconsulte très distingué, où un bon provincial pouvait perdre dix a quinze mille francs dans une soirée. S'imagmerait-on, par hasard , qu'il suffit à un maître de maison de n'être pas un escroc spéculant sur son tapis vert , pour que son salon où l'on joue gros jeu, où l'on risque l'existence de sa femme, de ses enfants , et par conséquent de son honneur , ne soit pas un tripot ? Oh ' que non ! la morale n'est pas aussi élastique que cela ! L'homme qui sort d'un Heu où il s'est rmné en jouant, a toujours le droit de dire , sortît-il du salon d'un prince : « Je sors d'un tripot ! «

Heureusement que dans le monde on trouve peu de ces coupe-gorges , et dans la véritable bonne société , jamais. Presque partout le jeu est très modeste , et la maîtresse de la maison a le soin de vous avertir avec les formes les plus gracieuses qu'elle y peutmettre, qu'on ne jouechez elle qu'un irèspetitjeu En effet, si vous êtes prudent , vous ne courrez pas la chance de perdre une grosse somme, tout au plus vingt à cinquante , à cent , à deux cents francs , très rarement davantage , ce qui est vraiment une bagatelle pour un homme qui a vingt-cinq mille francs

de rente.

Je vous le répète , soyez prudent , et voici pourquoi. Un salon n'est pas comme un hôtel garni ou l'on vous demande en entrant votre passeport rnn-

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