L'EAU BÉNITE DE COUR
Monseigneur recevait ce jour-là et il était entouré de ses nombreux amis, lorsque le jeune Henri Dumont entra dans le salon. Monseigneur fit un pas en avant et lui tendit gracieusement la main.
— Ah ! vous voilà, mon bon ami ! c'est bien aimable à vous d'être venu.
— Monseigneur, je n'ai pas voulu perdre l'occasion de présenter mes respects à mon noble protecteur.
— C'est très bien; vous me faites le plus grand plaisiï-. Messieurs, ajouta monseigneur en se tournant vers sa société, je vous présente mon excellent ami M- Henri, jeune homme de grandes epérances, plein de mérite, et qui ne peut manquer de faire son chemin rapidement; je vous le recommande tout particulièrement.
Henri salua respectueusement, balbutia quelques mots qui ressemblaient à de la modestie, puis la conversation devint générale. Une heure après, le jeune homme se retira.
l'eau BÉNrrE de cour.
— Il paraît, monseigneur, que vous protégez ce jeune homme, dit un chef de division.
— Moi! nullement» C'est un jeune sot ambitieux, comme il y en a tant aujourd'hui; il n'arrivera jamais à rien.
Monseigneur sonna et dit au valet qui vint prendre ses ordres: Joseph, descendez chez leportier et avertissez-le que je consigne à ma porte M. Henri Dumont.
Le citoyen préfet de recevait ce jour-là, et il était entouré de ses nombreux amis, lorsque le vieux ci-devant monseigneur entra dans le salon. Le citoyen préfet fit un pas en avant et lui tendit gracieusement la main.
— Ah! vous voilà, mon ancien protecteur! c'est bien aimable à vous d'être venu me voir.
— Citoyen préfet, je n'ai pas voulu perdre l'occasion de vous présenter mes très humbles respects.
— C'est très bien! vous me faites le plus grand plaisir. Citoyens, ajouta le préfet en s'adressant à sa société, je vous présente mon excellent ami mon-
seig je veux dire le citoyen E. B. T. et je vous le
recommande pour les premières élections.
E. B. T. salua humblement, respectueusement, jusqu'à terre, et balbutia quelque chose qui ressemblait à de la démocratie ; puis la conversation devint générale, et une heure après il se retira.
— Il paraît, citoyen préfet, que vous protégez cette vieille culotte de peau, dit un délégué.
~ Moi I nu]!e:î]cnt. C'est une vieille ganache qui
l'eau bémtë de cour. ooo
voudrait être encore monseigneurisé et qui, en attendant, intrigue pour être représenlant. J'espère bien qu'il n'en sera rien. En attendant les élections, je lui ferai refuser ma porte.
Deux pauvres diables, percés au coude, à souliers crottés et chapeaux roussis, jouaient avec des cartes crasseuses au fond d'un estaminet de la rue de la Huchette. La partie était chaude, car il s'agissait de savoir qui paierait le litre de vin blanc et les deux bouts de boudin qui constituaient leur déjeuner.
Repique et capot, dit l'ex-préfet. C'est juste reprit monseigneur ; mais, Henri, ne pourriez-vous pas me prêter une pièce de trente sous pour payer l'écot, car, dans ce moment-ci, je suis un peu gêné. Le cabaretier fit crédit.
Ainsi va le monde.
RÉSUMÉ
1. Un véritable protecteur est un phénix qu'on ne trouve pas deux fois dans sa vie.
2. Demander plus qu'on ne peut raisonnablement obtenir, est le moyen de perdre son protecteur et de ne rien avoir.
3. Ne croyez pas aux promesses des grands, ou du moins ne comptez guère dessus.
k. Si par hasard ils font ce qu'ils vous ont promis, remerciez-en Dieu.
5. Souvent l'on arrache par Timportunité ce que l'on n'obtiendrait pas de la bienveillance, mais ce rooven est dangereux.
6. Qui ne demande rien n'a rien. Ce proverbe très vrai prouve l'immoralité de notre siècle.
7. Donc, si vous avez du mérite, meltez-le au jour et demandez.