Il doit en être de même du mari
70. Un mari assez stupide pour débaucher l'esprit de sa femme, a perdu le droit de se plaindre si elle vient à se mal conduire.
71. Les lois divines et humaines ont dit : « Femme tu obéiras à ton mari. » Elle doit donc mettre dans
ses paroles et ses actions le plus de douceur possible, et de la soumission si cela est nécessaire.
72. Mais cette soumission ne doit jamais aller jusqu'à la faiblesse et la lâcheté.
73. La soumission doit cesser quand le mari exige des choses injustes, contre les mœurs, la vertu ou la probité, et les saints devoirs de la famille.
74. Dieu a donné la femme à l'homme pour faire la joie et le bonheur de la famille; elle doit donc accepter ce rôle de bonne grâce.
75. Une femme acariâtre, colère, grondeuse, toujours rechignée et de mauvaise humeur, est la peste de la société, elle se fait détester de son mari, de ses enfants et de toute sa famille. Où pourra-t-elle aller chercher le bonheur? .
76. Une femme sera constamment respectée tant qu'elle pourra, aux yeux de tous, se couvrir du manteau de respect que son mari a pour elle.
77. Le mari doit comprendre que sa femme est son égale devant Dieu et devant la nature; il ne prendra donc pas ce ton de supériorité et de despotisme qui ne prouve, chez lui, qu'un manque d'éducation.
78. Tout individu qui affiche devant des étrangers son despotisme domxCStique, n'est qu'un sot digne de mépris et de pitié.
79. Un mari doit toujours être bon, doux, affable, plein d'indulgence et d'affection pour sa femme, et il la forcera ainsi à s'en rendre digne.
80. Si une femme montre un peu trop de goût pour la dépense, c'est souvent par la faute du mari qui ne l'a pas suffisamment éclairée sur la position financière de leur maison.
81. Si, après Ten avoir instruite, son goût pour la toilette et les plaisirs l'emportait au-delà des bornes du budget du ménage, c'est au mari à faire intervenir son autorité de chef de maison, pour faire cesser le désordre.
« O mes amis, il n'y a point d'amis » disait un sage de l'antiquité, et ce sage avait tort ainsi que tous les écrivains qui, en partageant son opinion, ont écrit longuement et ennuyeusement sur l'amitié. Si ! il y a des amis, de vrais amis, et il n'y a pas d'homme qui n'eût pu en trouver plusieurs dans le cours de sa vie, s'il eût voulu faire ce qu'il faut pour en avoir.
Mais les hommes exagèrent tout, les passions, les vices, les vertus; l'exagération se retrouve dans les arts, dans les sciences, dans les opinions religieuses^ pohtiques, philosophiques, dans le mensonge et la vérité, dans la littérature^ dans la poésie, car le sentiment poétique n'est rien autre chose qu'une exagération. Et tout cela, est-ce un mal, est-ce un bien ? Ce qui me paraît évident, c'est que de l'exagération est né le progrès, car les choses immobiles, positives, qui ont des limites nettes et tranchées, ne peuvent progresser, parce qu'elles ne peuvent être exagérées.
C'est en exagérant les devoirs de la sainte amitié, comme disent les philosophes, c'est en exigeant de ce sentiment plus qu'il ne peut donner, c'est en le traînant hors des limites du vrai et de la nature humaine, qu'ils ont fini par ne plus le comprendre, ne plus le
DE LA POLITESSE AYEC SES AMIS. 4d
voir, et alors ils ont dit : « 0 mes amis, il n'y a plus d'amis! »
Nos physiciens sont venus à bout de peser le gaz^ de mesurer la chaleur ! Qu'est-ce que cela en comparaison de la découverte que l'exagération de la défiance vient de faire faire à mon excellent ami Rodolphe de 11 croit à l'amitié, il y croit beaucoup ! mais dans de certaines limites très variables en plus et en moins, et il a inventé une méthode très exacte pour mesurer les quantités de ce plus ou de ce moins. Pour arriver à sa découverte, il a procédé très rationnellement : il a pris un terme connu pour parvenir, par la comparaison, à la connaissance du terme inconnu, et il a choisi l'argent pour son terme connu, parce que, dit-il, l'affection que les hommes ont pour l'argent est à peu près égale chez tout le monde. Il faut que vous sachiez que Rodolphe a six mille francs de rente.
Ceci posé, il réunit toutes les cartes de visite éparses sur son bureau, et en fit un paquet qu'il tint de la main gauche. De la main droite il tira une carte et lut : M. A... Voyons, dit-il, combien donnerais-je pour empêcher mon ami A... d'être pendu, s'il devait l'être? C'est un galant homme, c'est vrai, mais il est raide comme une barre de fer, un peu grossier, nullement charitable, malhonnête, froid comme la glace.. . C'est égal, je donnerais dix francs; donc je l'aime comme on aime dix francs. — A un autre : voici mon ami B. Celui-ci est égoïste, mais aimable, très poli, gai en société. Pour le sauver de la corde, je donnerais bien... cinq cents francs. — Tirons une autre carte : mon ami C. Oh! celui-là, c'est autre chose, il
est bon, généreux, et il sait se faire aimer de tout le monde; mais il est bête et ennuyeux dans la conversation comme une page de l'Encyclopédie du XIX^ siècle. N'importe, je donnerais mille francs pour lui éviter la strangulation. A un autre.—Mon ami D. : c'est mon ennemi le plus cruel; il ne manque jamais d'affecter de la distraction quand je conte l'historielte la plus intéressante, et de bâiller quand je hasarde le mot pour rire. Je donnerais bien cent sous pour le voir pendre. ~ M. E., c'est mon huissier; qu'il aille au diable. Je ne le vois jamais sans une sommation ou une assignation à la main. Je ne donne rien. — Ah! ah ! voici mon ami F. C'est un homme de lettres, un peu pédant, assez mal élevé comme sont tous les hommes qui se sont élevés eux-mêmes sans soutien étranger. Il aime l'épigramme, la critique (pour les autres, s'entend) ; malgré son air bon homme, il est un peu railleur, un peu caustique; mais au total, il n'est pas méchant et il est poli quand il veut. J'ai pour lui environ pour trois cents francs d'amitié. — M. G. C'est un garçon pauvre , mais il a du cœur , de nobles sentiments, et il m'aime!.... Comprenez-vous? Il m'aime ! il m'aime sincèrement et il me l'a prouve, a moi qui ne lui ai jamais rien donné. En voici la preuve : jamais, même dans ses plus grands moments de detresse il ne m'a demandé un sou à emprunter, et il savait' pourtant bien que je lui aurais prêté. Mais il connaissait le proverbe : « Ne prêtez ou n'empruntez iamais à m ami, si vous ne voulez pas vous brouiller avec lui. » Bon jeune homme! val je donnerais ma vie, c'est-à-dire trois mille francs ou six mois de mon revenu, pour le sauver de la pendaison. Ce seraentre
nous, pour la vie, comme entre Castor et Pollux, jusqu'à concurrence de trois mille francs par an...,, s'il peut me les rendre.
Rodolphe continua de faire ainsi Testimation par francs et centimes de toutes les amitiés qu'il avait dans le cœur^ puis il pensa à mesurer l'affection que les autres avaient pour lui, en employant le même procédé, mais avec une modification essentielle. Quand il savait qu'un de ses amis avait reçu de l'argent, il allait chez lui et, chemin faisant, il sondait son cœur pour savoir la somme exacte d'amitié que lui-même avait pour cet ami. Arrivé chez lui, il lui demandait à emprunter exactement la même somme que luimême aurait donnée pour l'empêcher d'être pendu, mais il lui disait : « Mon bon ami, je suis ruiné et il faut que je me brûle la cervelle, si vous ne me prêtez pas la somme de.... »
M. A. lui prêta cinq francs; M. B. deux cent cinquante ; M. G. cinq cents ; M. D. offrit de lui prêter un pistolet ; M. E. l'envoya promener ; M. F. lui donna
des consolations parce qu'il n'avait rien autre chose qui fût prêlable ; M, G. l'embrassa en pleurant et lui dit : « Mon ami, je possède pour toute fortune cette table sur laquelle nous dînerons tous les jours, ce grabat sur lequel nous coucherons ensemble, ces livres que nous lirons tous deux ; avec mes économies de la semaine nous achèterons une chaise, parce que je n'en ai qu'une, et nous ne nous quitterons plus. Je gagne peu, mais avec de l'économie et surtout de la philosophie, cela peut suffire à deux.
J'accepte, mon nouvel Euryale, dit Rodolphe, mais
à la condition que nous irons demeurer chez moi, etc»
Vous voyez donc qu'il y a encore de Famitié véritable, même quand on la pèse au poids de l'or, puisque Rodolphe vit depuis deux ans avec son Euryale et partage exactement avec lui sa bourse et ses plaisirs. Et quand je lui demande s'il a beaucoup d'amitié pour lui, il me répond tranquillement : — J'en ai pour trois mille francs par an. Hélas ! trop souvent l'amour pourrait se peser dans les mêmes balances.
L'amitié peut-elle durer longtemps? Quoique l'on sache fort bien qu'il n'y a rien d'éternel dans ce monde, la question n'en est pas moins épineuse et mérite d'être discutée. Je dirai oui, si vous me parlez de cette amitié froide, tranquille, peu embarrassante, ne demandant aucun sacrifice, telle enfin que les amitiés du monde, qui s'éteignent sans haine, sans querelle , sans sujet , purement par oubli. Je dirai non, si cette amitié est passionnée, exigeante, jalouse ; si elle heurte notre égoïsme et notre intérêt. Dans ce cas, elle est de courte durée et finit toujours par la haine.
Un autre sage de l'antiquité a dit : « Conduisez-vous avec votre ami comme si vous deviez être un jour ennemis, et avec votre ennemi comme si, plus tard, vous deviez devenir amis. » Ce conseil est excellent, et vous indique la seule règle raisonnable qu'il y ait à suivre dans le monde. Tirez-en les conséquences.
RÉSUMÉ