Faites jeter par la fenêtre, comme un insolent
mal appris, rhomme qui s'aviserait de boire dans le verre d'une dame sous le sot prétexte de deviner ce qu'elle pense.
80. 11 serait malséant de porter une santé, un toast, avant le maître de la maison, à moins que ce ne soit à lui que vous portiez le toast.
81* Si on vous a porté un toast répondez-y ; mais point de phrases, cela trouble la digestion des jaloux et des envieux.
'82. Il n'y a que les gens les plus grossiers qui, après avoir porté un toast, jettent et cassent leur verre pour grimacer l'enthousiasme. Gela sent le dîner de garnison.
83. Lorsque quelqu'un porte un toast au maître ou à la maîtresse de maison, videz votre verre entièrement, libre à vous de n'y avoir versé que peu de vin.
84. A cause de Tanimation qui suit le vin de Champagne, un redoublement de gaîté est permis au dessert, pourvu que cette gaîté ne soit ni bruyante, ni gesticulante.
85. Évitez surtout ces ricanements prolongés, sans cause apparente, si vous ne voulez pas qu'on vous délivre un brevet de bêtise et quelquefois d'insolence.
86. Ne vous avisez pas de jeter à quelqu'un des boulettes de pain, si vous ne voulez pas passer pour un paysan sans éducation.
87. La grossièreté des manières et des mœurs dénonce toujours la grossièreté de l'intelligence et du cœur.
88. Quand vous sentez que vous avez assez bu, arrêtez-vous, quelles que soient les instances qu'on
puisse vous faire, sans cela vous pourriez agir et parler comme un ivrogne, et Tivrognerie est le plus crapuleux de tous les vices,
89. Ne renversez pas votre verre vide sur la table pour montrer que vous ne voulez plus boire, il suffit de refuser avec fermeté.
90. Ne parlez pas à l'oreille, ou à voix basse^ ou d'un air mystérieux, à votre voisin ou à votre voisine, parce que les gens susceptibles pourraient croire que vous parlez d'eux.
91. Si vous parlez de quelqu'un nommez-le, mais ne le désignez pas avec le doigt, car c'est ce que vous pourriez faire de plus malhonnête.
92. Quand on vous sert du café, laissez-le refroidir dans votre tasse si vous le trouvez trop chaud; mais ne le versez dans votre soucoupe sous aucun prétexte.
93. Il serait extrêmement indiscret à un convive de prier quelqu'un de chanter au dessert, et ce serait manquer complètement d'usage que de chanter soimême sans en être prié. Les maîtres seuls de la maison ont le droit d'en prier quelqu'un.
94. Mais cet usage de chanter à table était si mortellement ennuyeux, qu'heureusement il est passé de mode.
95. Néanmoins, si par quelque circonstance particuUère, on vous invite à le faire, chantez sans vous faire prier davantage, car les simagrées ne sont plus tolérées que chez les petites filles de huit ans.
96. Si vous vous faites prier, ne chantez pas et tenez ferme, car si vous cédiez , votre résistance d'auparavant serait une grande impolitesse.
97. D'ailleurs, après votre première excuse, les gens de bon ton n'insisteront pas.
97. Dans tous les cas, une chanson à boire, chantée à table devant des dames, prouve un absolu manque de tact.
98. Lorsque, dans une maison arriérée, on vous apportera la tranche de citron et le bol d'eau tiède pour vous rincer la bouche et vous laver les mains, servez-vous en le moins malproprement possible sans trop dégoûter vos voisins, si cela se peut, et souvenez-vous de la caricature des gorets.
99. Ne vous levez pas de table avant que le maître ou la maîtresse de la maison en aient donné le signal en se levant eux-mêmes.
100. En vous levant, déposez votre serviette sur la table, mais sans la plier. Ne la jetez pas sur le dossier d'une chaise ou d'un fauteuil.
101. Offrez le bras aux dames pour les conduire au salon, et ne montrez aucune préférence pour l'offrir plutôt à celle-ci qu'à celle-là.
102. Il serait malhonnête de se retirer aussitôt que Ton est sorti de table. La politesse exige que l'on reste une heure au moins au salon après le dîner*
Ici finit le résumé de M^'* Badouillard, qu'elle me remit, en ajoutant : — Avec cela, mon cher philosophe, et en observant scrupuleusement ce peu de préceptes, ne vous gênez pas; mettez-vous à votre aise comme chez vous, dînassiez-vous même chez un ministre.
Je me permettrai d'ajouter un seul précepte à ceux de cette dam.e, et le voici :