POLITESSE DE COEUR
son petit logement, lui demanda la permission d'ouvrir la lettre , qui , du reste , n'était pas cachetée. Il lut :
c( Monsieur, la première fois que vous m'avez vue vous m'avez donné la preuve que vous aviez un bon et noble cœur, car vous vous êtes dévoué pour moi. Je suis convaincue qu'un homme capable d'une telle action ne peut que faire le bonheur d'une femme. En conséquence , mon père vous dira que je désire vous témoigner ma reconnaissance en vous offrant ma main et ma fortune. Voire , etc. »
Cette lettre bouleversa le pauvre Alfred; il la regardait , il regardait ensuite le général , et une grosse larme qui roulait dans ses yeux tomba sur la signature du billet, qu'il tendit au général d'une main tremblante.
— Jeune homme , vous acceptez ?
— Je lie le puis , général !
— Gomment , monsieur , vous refusez ma fille ! une fille qui a trois cent mille francs de dot?
— Oui, général! je refuse, mais écoutez-moi: la misère est un mal affreux, je le sais, mais elle n'a rien de honteux quand on ne l'a mérité ni par sa paresse, ni par aucun autre vice. Je ne rougirai donc pas de vous avouer que je ne possède absolument rien.
— Allons, monsieur, partons , car vous avez trop de galanterie pour faire attendre une dame , et ma fille nous attend. Je suis entêté comme un vieux Breton , et , en vous mariant malgré vous je veux prouver qu'un bon cœur et une bonne éducation valent souvent mieux que la fortune pour faire son chemin dans le monde.