LA POLITESSE DE CŒUR
bout de la table à l'autre , tous les yeux se portèrent sur Alfred et sa voisine. Il me serait impossible de vous peindre la confusion et la honte de la pauvre jeune fille; elle rougit d'abord , puis elle pâlit horriblement et fut sur le point de se trouver mal.
Alfred eut pitié d'elle, et, avec cette bonté de cœur qui le caractérisait , il résolut de la tirer de cette pénible position. Il se leva , et adressant la parole au baron et à ses convives : « Monsieur le baron, dit-il, et vous m.esdames , je vous prie humblement de me pardonner la faute que je viens de commettre, et de l'attribuer à une maladie qui , depuis quelques jours, est venue m'affliger. » Puis le jeune homme prit son chapeau et se retira après avoir salué avec une sorte d'humilité. Quand il fut sorti on rit un peu à ses dépens , on s'amusa un peu de la singularité de sa maladie, puis on n'y pensa plus. — Voilà, se disait-il en lui-même , une aventure qui me couvrira de ridicule dans le monde; mais, ma foi, je n'en aurai jamais de regret, car c'est une bonne action qui ne manque pas de courage.
Huit jours après, Alfred était plongé dans de tristes réflexions , car il venait de recevoir congé de son propriétaire, et il devait lui abandonner son modeste mobilier pour s'acquitter des trois termes échus. Il entend frapper à la porte de son humble logis , et n'est pas peu surpris de voir entrer chez lui le général D, — Je vois , monsieur , que ma visite vous étonne , elle vous surprendra bien davantage quand vous saurez que je viens ici comme messager d'une johe demoiselle dont voici un billet.
Alfred , après avoir fait au général les honneurs de