LE MOQUEUR BE MAUVAIS TON
La raillerie, quand elle est fine, spirituelle et gaie, surtout quand elle n'est ni méchante ni compromettante pour celui qui en est l'objet, peut se tolérer dans le monde, et elle y est même assez bien reçue parce qu'elle jette delà variété dans la conversation.
Mais quand elle est froide et offensante, elle est repoussée avec indignation par tous les honnêtes gens, et elle attire ie mépris sur celui qui remploie.
Si vous avez un bon cœur et de l'esprit, permettezvous donc une raillerie innocente ; mais évitez de la faire tomber sur un défaut de la nature et que, pour celte raison, ni vous ni celui que vous raillez ne pouvez corriger. Raillez sur la paresse, sur la négligence, sur la crédulité, sur une aveugle bonlé, sur la distraction, sur une aveugle générosité, sur la prodigalité, en un mot sur tous ces défauts dont ceux qui les ont aiment quelquefois à se vanter; vous ne vous ferez jamais d'ennemis, et cependant vouspourrezpeut-êlre en corriger un sur mille, ce qui est un succès prodigieux.
Le moqueur est un railleur sot et de mauvais ton : c'est le paillasse du railleur, qui n'a compris de son rôle de critique que la méchanceté et la bouffonnerie. Il brille plus par sa pantomime que par ses paroles dépourvues de sens commun. Il vous fera pouffer de rire en vous montrant comment monsieur A. roule sa bosse ; comment boîte M. B. ; comment danse M. C; comment se mouche M. D.; comment bégaye M. E.; comment Mi^' F. fait la révérence, etc. et, s'il possède le fin de la moquerie, c'est en leur présence, derrière leur dos, qu'il vous réjouira de sa pantomime. Pour peu que le moqueur ait d'audace, il attaquera sa victime de front, et deviendra mystificateur.
La moquerie est toujours de mauvais ton, et c'est ordinairement l'esprit des sots. Si vous avez ce stupide défaut, tâchez de vous en corriger pour que l'on ne vous fasse pas l'application de ce dicton populaire : c( C'est la pelle qui se moque du fourgon, »