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Elle ne s'offense de rien, pas même de la contradiction

17. C'est surtout lorsqu'on est obligé de refuser un service, une grâce, ou de faire une réprimande fâcheuse, qu'il faut redoubler de politesse.

18. La politesse ne fait jamais déroger, quelle que soit l'élévation du rang que l'on occupe. — Au château de Versailles, Louis XIV passe seul dans un appartement peu fréquenté, et il y aperçoit un ouvrier qui, monté sur une échelle, détachait une magnifique pendule. Comme le parquet ciré était très glissant, le grand roi tint le pied de l'échelle pour l'empêcher de tomber, et ne crut pas déroger le moins du monde. Le fâcheux de l'aventure est que le prétendu ouvrier n'était qu'un hardi voleur, qui emporta la pendule et ne reparut plus.

BE LA POLITESSE ÎMTÉEIEURE OU de FAMILLE

J'ai vu très fréquemment dans le monde des hommes pleins de savoir-vivre, de bienveillance, de bonté, d'une politesse exquise, et qui, une fois rentrés chez eux, se dépouillaient de toutes ces bonnes qualités pour devenir des despotes d'une tyrannie insupportable. Je me suis toujours défié de ces gens-là, parce qu'en les étudiant de près j'ai remarqué que, sous le

masque de la politesse, ils cachent un profond égoïsme et une dépravation de cœur qui les éloigne de tous sentiments sincères d'amitié.

Écoutez M. A. Martin : « Les doux entretiens du coin du feu, dit-il, ont un charme secret; on y jouit d'un abandon facile, qui adoucit les peines de la vie et enduit de miel les bords du vase amer auquel nous nous abreuvons tous. Les Anglais font le plus grand cas de la maison; aî home, (le chez soi), disent-ils, et ce mot dit tout ; il dépeint pour eux la puissance d'un citoyen chez lui ; là, il est roi, il est souverain, ses foyers sont sacrés ; c'est un asile inviolable où la foi est gardée, où les épanchements de l'amitié tombent dans le cœur pour n'en sortir jamais; aussi un Anglais n'estil jamais plus aimable que quand il est chez lui, au milieu de sa femme et de ses enfants. Là, il dépose toute sa hauteur, toute cette fierté britannique qui le rend peu liant avec les étrangers, et si ses rapports dans le monde sont froids, au moins trouve-t-il la gaîté et une joie pure dans sa famille. »

La politesse intérieure comprend les devoirs que les époux se doivent entre eux, ceux que les enfants doivent à leurs parents.

§1". De la politesse des enfants avec leurs parents.

Ici, vous devez puiser dans votre cœur toutes les règles du savoir-vivre, car si vous n'avez aucune affection pour votre père et votre mère, quoi que vous fassiez, vous n'en serez pas moins des ingrats, et vous aurez manqué au premier devoir de la famille. Dieu a dit : € Tu honoreras ton père et ta mère », d'où

M"*** la comtesse de B. conclut que dans de certains cas, on peut se dispenser d'aimer. « Il est parfois des pères dénaturés, dit-elle, que Ton ne peut aimer. » Ceci est une immoralité échappée à la plume aristocratique d'un bas-bleu. M"'® de B. ignorait-elle que Dieu a dit aussi : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé. » De quel droit un enfant se permettra-t-il de juger si son père est coupable ou non ? A-t-il reçu la science infuse pour être certain qu'il ne s'est pas égaré dans son jugement, que des apparences trompeuses ne l'ont pas induit en erreur? Est-il infaillible plus que les tribunaux qui condamnent parfois un innocent après les plus minutieuses enquêtes ?

N'en déplaise à M™^ de B., je pense que c'est remplir un devoir très ordinaire que d'aimer des parents qui le méritent ; mais le sublime de la vertu consiste à les aimer lors même qu'ils ne le méritent pas.

Toutes les règles de politesse j tous les conseils d'indulgence, de bonté, de douceur, de patience, de respect et d'hommages, que j'enseigne dans ce livre, vous devez en faire l'application à vos parents et grands parents; vous leur devez en plus : 1° un amour pur, dégagé de tout intérêt personnel, qui vous pousse continuellement à leur complaire en tout ce qui vous est possible, à vous occuper d'eux, à ne jamais les contredire, à entrer franchement dans leurs goûts et leurs plaisirs. T Vous devez également partager leurs chagrins, c'est le meilleur moyen de les leur faire oublier ou du moins de les en soulager. Ayez pour eux toutes les complaisances possibles ; supportez patiemment les infirmités de leur âge, quelque répugnantes qu'elles puissent être; il n*y aurait que le plus gros-

sier brutal qui pourrait avoir la pensée de les leur reprocher. Ayez l'air, au contraire, de ne pas vous apercevoir des incommodités qu'elles peuvent vous causer. 4° Ne leur parlez jamais de leur âge et, par votre amabilité et votre gaîté, éloignez de leurs pensées une sinistre idée, celle d'une destruction prochaine vers laquelle leur vieillesse les fait déjà pencher. Les vieillards qui craignent le plus la mort sont ceux qui en parlent avec l'air le plus dégagé ; employez toute votre intelligence pour rompre sans affectation la conversation sur ce triste sujet.

Devez-vous tutoyer votre père, votre mère, votre femme ou votre mari, et vos enfants?

L'orgueil et l'aristocratie disent nonl L'affection et la nature disent oui. Lequel préférez- vous? Vous avez le choix.

Devez-vous vous laissez embrasser par vos enfants?

L'orgueil et l'aristocratie disent non î L'enfant ne doit se permettre que de vous baiser la main. L'affection et la nature vous disent oui\ Vous pouvez choisir.

Devez -vous embrasser votre sœur comme vos frères ?

Le bégueulisme et l'aristocratie disent non ! Vous devez vous borner à lui baiser la main. L'affection et la nature vous disent oui. Vous avez encore le choix.

Seulement, j'ai ici une petite observation à vous faire. Si vous adoptez le non, dans la haute bourgeoisie et dans tout le quartier Laffitte vous passerez pour un fat pédant et orgueilleux. Si, au contraire, vous adoptez le oui^ dansla vieille noblesse ruinée, à

la place Royale, au Marais et dans une partie du faubourg Saint-Germain, vous passerez pour un homme de mauvais ton. A cela près, vous ferez comme vous voudrez, mais je vous avertis cependant qu'aujourd'hui les gens d'esprit et de mérite sont devenus terriblement bourgeois.

On rencontre assez souvent dans le monde, des parvenus qui ont conservé assez de bassesse pour mépriser leurs parents restés dans la pauvreté, et pour rougir de la simplicité de mœurs et de manières de leur père et mère. Je vais vous citer à ce sujet une anecdote que je puis vous garantir vraie, quoiqu'elle soit très dramatique.

M. L. avait fait connaissance dans un café, d'un certain original nommé don Bivillo, se disant brésilien, arrivé tout nouvellement de Rio- Janeiro avec une fortune immense dont il ne savait que faire parce qu'il n'aimait ni les chevaux, ni la table, ni le monde, ni le spectacle. Or, comme il n'avait encore ni amis, ni connaissances à Paris, il fut bientôt subjugué par un ennui profond. C'est alors qu'il rencontra M. L. et que tous deux se lièrent d'amitié, purement par désœuvrement, comme cela n'arrive que trop souvent dans le monde.

— Mon cher don Bivillo, lui dit un jour M. L. en fumant une cigarette devant une bouteille de bière, vous devriez venir diner avec moi à la campagne chez M. Biville ; cela vous distrairait un moment.

— Biville, dites-vous? Voilà un nom qui ressemble singulièrement au mien, dit le brésilien en posant vivement son cigare sur la table.

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— Oui^ mais c'est un nom français et le vôtre est portugais.

— Qu'est-ce que ceBiville, dit-il, en reprenant son cigare ?

— C'était un bon gros paysan normand qui vint à Paris avec ses sabots, dans l'intention de vendre des melons au coin d'une rue, dans la saison, et d'acheter en hiver des peaux de lapins et de vieux habits. Comme il était jeune et qu'il savait lire et écrire, il trouva moyen de se glisser dans l'étude d'un huissier en qualité de saute-ruisseau, puis de clerc aux appointements. De là, il passa chez un avoué où, grâce à son esprit de chicane, il parvint à être premier clerc. L'avoué qui, pour certaines raisons, désirait se débarrasser de sa fille et de son étude, donna sa charge gratis à Biville, à la condition qu'il prendrait sa fille avec rien et par dessus le marché. Il y a fort longtemps que les choses ne se font pas autrement à Paris et même ailleurs.

M'^^" de Biville, qui était une femme du monde, eût fini de décrasser son mari presqu'aussitôt que celui-ci eût fini de déshabiller ses clients. Ils ont aujourdliui une bonne table, un cabriolet et une maison de campagne au-dessus de Meudon. Ce sont, comme vous voyez, des gens de très bonne compagnie.

— J'accepte votre proposition, dit don Bivillo.

Le lendemain, une voiture magnifique, avec chevaux fringants, cocher doré sur tranches, chasseur et domestique derrière, arrivent au galop et s'arrêtent devant la porte de la villa de M. de Biville. M. L. n'hésite pas à présenter son ami brésilien à l'heure du dîner, quoique ce ne soit pas Tusage. Le rusé parisien

savait qu'un brillant équipage fait passer aisément sur bien des petites considérations. Le dîner fut charmant. Mais gare à la catastrophe.

Voilà-t-il pas qu'au désert, le scélérat de brésilien qui avait disparu de table depuis un moment, rentre dans la salle à manger en tenant par la main, d'un côté , une vieille femme crasseuse qu'il avait trouvée lavant les écuelles dans la cuisine, de l'autre, un vieux paysan déguenillé qu'il avait été dénicher dans une petite chambre au grenier.

— Messieurs, dit-il, en s'adressant aux nombreux convives : permettez, qu^'avant départir, je vous présente Sébastien Biville, mon frère, père de notre hôte, et Henriette Biville, ma belle-sœur et sa mère. Quant à vous, mon neveu, je vous demande pardon si cela vous dérange, mais comme un notaire nous attend ce soir à Paris pour nous faire signer l'acte par lequel je donne à un frère que je croyais mort, la moitié de ma fortune, vous concevez que nous ne pouvons retarder notre départ.

— Et moi, dit M. L. en se levant de table, comme je dois signer l'acte en qualité de témoin patenté, je prie humblement la charmante madame de Biville de vouloir bien m'excuser si je pars avec mon ami.

Le lendemain, tout Paris s'amusait de cette aventure qui fit du bruit pendant au m^oins quatre jours. Après huit autres jours, M. de Biville put quitter sa villa et, poussé dans le tourbillon du monde par sa femme, il fut bientôt ruiné de fond en comble. Déjà tous deux sentaient les premières atteintes d'une misère d'autant plus avilissante qu'elle était méritée, lorsque deux mains secourables vinrent les arracher

au naufrage : ces mains étaient celles de Sébastien et d'Henriette Biville.

§ IL De la conduite des parents avec leurs enfants.

La première règle de convenance que les parents doivent observer avec leurs enfants, est de ne jamais leur donner un mauvais exemple, soit en action, soit en parole. N'oubliez pas que les premières impressions de l'enfance ne s'effacent jamais, et que souvent elles décident de ce que nous serons toute notre vie. 11 n^y a pas de bon ménage qui n'ait quelques petits nuages d'où naissent de légères contestations entre le mari et la femme; que vos enfants n'en soient jamais témoins. Dans ces querelles, quelque peu importantes qu'elles soient, ils sont forcés de prendre partie pour l'un ou pour l'autre, quoiqu'ils n'en laissent rien paraître; il en arrive que celui qu'ils croient avoir tort se trouve toujours plus ou moins déconsidéré dans leur jeune esprit, et c'est un grand malheur qui vous enlève tout ou partie de l'influence que vous aviez sur vos enfants pour les diriger vers le bien.

Le sentiment de la justice est inné dans le cœur des enfants, et un instinct naturel la leur fait comprendre mieux peut-être qu'aux législateurs qui trop souvent la faussent à force de la raisonner. Punir un enfant injustement, accorder à un autre ce qu'il avait le droit d'obtenir, manifester un sentiment de préférence injuste à l'un au détriment de l'autre, sont autant de choses qui ont le double désavantage de fausser leur

ugement, et de les démoraliser en jetant dans leur

cœur le germe d'un vice, la jalousie.

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Par un instinct de la nature que la physiologie philosophique peut seule expliquer, les hommes sont généralement enclins à préférer leurs filles à leurs garçons, et les femmes à aimer mieux leurs garçons que lears filles. Ne laissez en aucune manière percer cet injuste sentiment, et observez-vous bien devant vos enfants; car, en ce qui touche leurs affections, ils ont beaucoup plus de sagacité qu'on le croit généralement. En voie i un exemple que nous emprunterons à un enfant terrible.

Mme (Je ]\î^ dMdii deux enfants : un garçon âgé de trois ans, et que, sans s'en être aperçue elle-même, elle préférait à sa johe petite fille de quatre ans. Elle devint enceinte une troisième fois, et, un jour, elle causait de sa grossesse avancée avec son médecin. — Lequel d'un garçon ou d'une fille aimeriez-vous mieux avoir, lui demanda en riant le médecin? — Mon Dieu î docteur, je n'en sais trop rien!

La petite fille, qui écoutait, se jette au cou de sa mère, Tembrasse et lui dit: — Oh! maman, fais-moi un petit frère, je t'en prie! — Pourquoi, mademoiselle? — Parce que tu l'aimeras plus que si c'était une petite fille !

Ce mot touchant frappa juste au but. La mère prit son enfant dans ses bras, la couvrit de larmes et de baisers, et, depuis ce moment-là, on ne lui vit faire aucune préférence dans sa petite famille.

Soyez bons avec vos enfants, reprenez-les avec douceur, mais que votre bonté ne dégénère pas en faiblesse. Le grand art pour faire une bonne éducation consiste à les maintenir constamment dans le respect qu'ils vous doivent, sans les faire tomber dans

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la crainte de votre personne. Les cuistres et les pédants auront beau dire, il est dans notre nature de ne pas aimer ceux que nous craignons.

Habituez-les dès leur enfance à parler purement le français, et surtout ne souffrez pas qu'on use leur mémoire en leur faisant parler une langue puérile de nourrice, du nannan, aller dodo, un toutou^ un dada, et toutes les autres stupidités qu'il faudra bientôt qu'ils oublient.

Apprenez-leur le plus tôt possible les règles sévères de la politesse entre eux, et avec les étrangers surtout. Le petit Antoine avait été gâté outre mesure par ses parents : aussi n'avait-il pas de plus grand plaisir à l'âge de six à sept ans, que de se battre avec ses frères; de jeter sa boule dans les jambes des étrangers, sous prétexte qu'il avait pris ces jambes-là pour des quilles; de leur jeter son polichinelle dans le dos, sans le vouloir, disait-il ; ou de leur lancer des pois dans la figure avec son petit fusil en fer blanc, en faisant semblant de viser à autre chose. Le père et la mère en étaient au désespoir, mais l'enfant ne faisait qu'en rire, parce que leur colère ne s'exhalait jamais qu'en paroles. Un jour,' Antoine était seul au salon avec son oncle, homme assez peu endurant, qu'il voulut prendre pour le plastron de ses joyeuses méchancetés. Mais, dès la première, l'oncle le saisit par le bras. — Ah! ah! lui dit-il, tu aimes ces jeuxlà, et moi aussi. Nous allons jouer chacun notre jeu : — et il lui appliqua deux vigoureux soufflets. L'enfant fut si saisi, si stupéfait, qu'il s'enfuit sans même verser une larme, cacher sa confusion dans une autre pièce, et il fut corrigé pour toujours d'un défaut qui

pouvait le rendre méchant à la longue, quoiqu'il ne le fût pas naturellement. Aujourd'hui c'est un jeune homme charmant, et le meilleur cœur qu'on puisse trouver.

Je ne prétends pas établir par cet exemple qu'il faille frapper un enfant ; les corrections corporelles ne sont faites que pour les animaux, et seulement encore lorsqu'on ne peut vaincre leurs mauvais penchants d'une autre manière. L'homme qui frappe un enfant avilit deux êtres à la fois, lui d'abord, et l'enfant ensuite.

L'ancienne haute aristocratie avait une singulière manière de comprendre les punitions corporelles à infliger pour corriger ses enfants. Le fils d'un roi de France, ou d'un prince, avait auprès de sa personne un enfant de son âge pour partager ses jeux et ses études. Quand monseigneur avait fait une sottise, on fouettait le pauvre enfant innocent en présence de monseigneur, et l'on supposait que cette vue devait être suffisante pour corriger Son Altesse. On nommait ce malheureux souffre-douleur un menin, autant que je peux me souvenir.

C'est uniquement au moyen des petites privations de plaisirs, de promenade, de gourmandise, etc., que vous punirez vos enfants , quand vous aurez épuisé avec eux toutes les voies du raisonnement. Si par faiblesse vous leur passez leurs caprices, leurs fautes et leurs sottises, vous perdrez bientôt toute l'autorité que vous aviez sur eux, et ne vous en prenez qu'à vous s'ils deviennent de mauvais sujets.

Vous devez surtout vous apphquer à leur former le cœur à toutes les vertus morales ; la bonté, la cha-

rité, la bienveillance, l'indulgence, etc. Là sont les meilleures leçons de politesse et de bon ton que vous puissiez leur donner. Selon moi, la culture de l'esprit ne vient qu'après.

Si vous avez plusieurs enfants, apprenez-leur à ne pas se taquiner et encore moins se quereller entre eux ; à s'obliger mutuellement ; à ne pas se dénoncer les uns les autres ; à avoir horreur du mensonge et de tout ce qui nuit aux bonnes mœurs et à la probité ; à maintenir une sévère décence dans leurs costumes, leurs paroles et leurs actions; à fuir l'oisiveté et les vices qu'elle engendre, tels que la paresse, le commérage, la médisance, etc. ; à s'aimer les uns les autres et à se prêter mutuellement aide et assistance au besoin ; à préférer la société des honnêtes gens à celle des hommes grossiers et mal élevés; à fuir la mauvaise compagnie ; à mettre beaucoup de circonspection et de prudence dans le choix de leurs amis.

Surveillez leurs passions à mesure qu'elles se développeront dans leur jeune cœur, afin d'étoufïer les mauvaises avant qu'elles y aient jeté de profondes racines, et d'encourager et diriger les bonnes. Interdisez-leur sévèrement la lecture de tout mauvais livre, et j'appelle mauvais livres tous ceux qui ne laissent rien dans l'esprit après qu'on les a lus. Interdisez, à vos filles surtout, la lecture des romans. Les meilleurs mêmes ne donnent du monde qu'une image tout-à-fait fausse, propre à les entraîner dans des erreurs funestes à leur bonheur à venir. Vos filles, une fois mariées, s'apercevront que leurs maris ne sont pas les héros de roman qu'elles avaient rêvés ; qu'en arrivera-t-il? le malheur de toute leur vie, et

quelquefois la honte ! Il en sera de même de vos fils relativement à leurs femmes.

Faites scrupuleusement observer à vos enfants, dans votre salon, la politesse et les convenances qu'ils porteront plus tard dans le monde,

§ IIL Des devoirs de convenance et de politesse entre les époux.

Deux jeunes gens se rencontrent dans le monde, se conviennent au physique et au moral comme par leur position sociale, et voilà les premiers éléments d'un mariage. Ils cherchent à se plaire mutuellement, et pour y parvenir, ils emploient tous les moyens que leur fournissent les grâces de la conversation, les séductions de la coquetterie et les charmes de la plus exquise politesse. Ils croient se parfaitement connaître et sont enchantés l'un de Tautre.

Les voilà mariés et la lune de miel est passée. La scène a tout«à-fait changé de face, et la vie intime a produit des événements singuliers. Madame est sûre de son mari, elle n'a donc plus autant de frais à faire pour lui plaire ! sa coquetterie innocente fait place à un négligé de toilette qui peut aller quelquefois jusqu'à la malpropreté; sa conversation devient languissante, et, dans le fait, pense-t-elle, il est fort ennuyeux de dire toujours les mêmes choses ; mon mari sait que je suis une honnête femme, et que je n'en puis pas aimer un autre puisque nous sommes mariés. Pourquoi affecterais-je avec lui ces formes menteuses de politesse que l'on porte dans le monde? îl

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faut bien que je ravertisse de ses défauts si je veux qu'il s'en corrige! etc. etc.

D'un autre côté le mari se dit : C'est étonnant, comme ma femme a changé. Elle était si bien avec sa belle chevelure entremêlée de roses et de rubans ! je ne croyais pas qu'elle pût être si laide avec un bonnet de nuit et des cheveux en désordre. Je lui croyais trop de coquetterie, et je trouve aujourd'hui qu'elle n'en a plus.... que pour les autres. Elle n'avait alors que des choses agréables à me dire ; aujourd'hui elle est devenue maussade et ennuyeuse, et elle semble n'ouvrir la bouclie que pour me contrarier. Ma foi ! je ne vois pas poiirquoi je me gênerais pour quelqu'un qui ne se gêne pas pour moi.

Et Monsieur passe la matinée en bonnet de coton et en veste, les pieds portés sur les deux chenets, le corps penché sur le dossier de son fauteuil à la Voltaire, et un journal ou une brochure à la main. Si sa femme lui adresse la parole, il répond oui ou non pour ne pas interrompre sa lecture, et si sa femme insiste, il lui répond:

— Que veux-tu *^que je te dise, ma bonne amie? notre répertoire est épuisé ! Veux-tu que nous répétions éternellement la même chose ? c'est ennuyeux! — Mais, mon ami, autrefois....

Alors il jette un coup d'œil sur sa femme, et aperçoit le désordre dégoûtant de sa toilette....

^ Autrefois, ma bonne amie, nous avions du neuf à nous raconter : aujourd'hui.... que te dirais-je que je ne t'aie dit autrefois. Et puis, tiens, je vais te parler avec franchise. « Le mari et la femme ne font qu'un ; quand on n'est qu'un on est seul, et quand je suis

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seul je m'ennuie. »> Et là-dessus il prend son habit, sa canne et son chapeau, et va voir ses amis.

Je conclus de cela et de mille exemples pareils que j'ai vus dans ma vie, que si vous voulez être heureux dans votre ménage, il faut que le mari et la femme se conduisent Tun envers l'autre absolument de la même manière qu'ils le faisaient lorsqu'ils n'étaient encore qu'amants. Mais, pour que cela soit possible, il faudrait aussi que les deux partis n'aient pas cherché à se tromper mutuellement, et qu'ils se soient montrés l'un à l'autre absolument avec les défauts et les qualités qu'ils ont chez eux, dans leur vie privée.

Or, c'est ce qui arrive trop rarement dans le monde, où chacun est intéressé à se montrer sous les dehors les plus trompeurs. Il en résulte parfois ce qu'on appelle des couys fourrés qui ne laissent pas que d'avoir leur côté très plaisant.

M. Auguste F. est un garçon de quarante-cinq ans, fort aimable et assez bien reçu dans le monde, quoique Ton sache qu'il n'est pas très riche. Mademoiselle Élisa R. est une fille de trente-cinq ans, trèsbien conservée, passablement élevée, et paraissant avoir une certaine aisance. Les deux personnages fréquentaient les mêmes maisons et devaient parfaitement se convenir; ils se courtisèrent tous deux pendant au moins deux ans, car on est défiant à cet âge, et quand ils se connurent bien, ils se marièrent, au grand contentement de leurs amis communs.

Le soir, dans la chambre nuptiale, Élisa dit en rougissant : « Monsieur, il faut bien que je vous l'avoue, ces dents, que vous avez tant admirées, sortent de chez Désirabode. > Et elle ôta son râtelier

qu^elle déposa sur la cheminée. « Mon ange, dit Auguste, puisque vous agissez avec moi avec franchise, permettez-moi de faire de même. Cet œil, dont vous avez vanté l'azur, appartient à mon émailleur. » Et il ôta son œil gauche qu^il mit dans un verre d'eau. — «Mon cher mari, vous êtes si bon, quejene me gênerai pas pour déposer ma gorge sur la commode. Je la dois encore à madame Séguin. » — « Chère âme, permettez que je quitte mes mollets et ma perruque. » — « Bon ami, voulez- vous m'aider à détacher mes hanches et ma crinoline ?

Le lendemain matin, dans un accès de tendresse, Élisa dità son mari : — «Voyez, mon doux ami, combien je vous aime î je vous ai sacrifié ma fortune, car je n'avais qu'une rente qui cesse dès l'instant où je suis mariée. » — « Et moi donc ! mon adorée, la place que j'occupais ne peut être remplie que par un garçon î »

Une femme qui a de l'intelligence doit faire, pour plaire à son mari, absolument tout ce qu'elle faisait pour plaire à son amant. Elle doit, moins que jamais, négliger sa toilette et la propreté ; elle doit surtout lui cacher avec le plus grand soin toutes les petites infirmités auquel la nature ou son tempérament l'ont condamnée.

Un mari qui veut être aimé ne doit jamais s'apercevoir des défauts physiques de sa femme, s'ils sont irréparables, lors même que ces défauts lui sauteraient aux yeux. J'ai connu dans ma jeunesse, à Tournus, un M. D- qui avait épousé par amour une des plus jolies demoiselles du pays. Quinze jours après son mariage, la jeune femme eut la petite vé-

rôle et devint affreuse. Elle me racontait un jour ce malheur et elle finit par ces mots : » Je n'étais plus jolie, je pris la ferme résolution de devenir aimable pour contribuer au bonheur de mon mari. Mais n'allez pas lui parler de cela, ajouta~t-elle en riant, car il ne s'est pas aperçu que je suis laide, et je ne veux pas qu'il le sache! » Elle ne pouvait pas me faire plus délicatement l'éloge de son excellent mari.

Il faut, jusque dans les moments de la plus grande intimité, qu'elle conserve la pudeur, qui est le plus beau fleuron de la couronne que l'on décerne aux femmes vertueuses. Sur le chapitre de la décence^ jamais un mot hasardé ne doit sortir de sa bouche. Son mari doit se comporter absolument de la même manière avec elle, sur le même sujet. Un mari assez sot pour débaucher lui-même l'esprit de sa femme, ne doit s'en prendre qu'à lui si elle vient à se mal conduire. Il ressemble à ce fou qui met le feu à sa maison, et qui se plaint ensuite qu'elle ait brûlé.

La femme doit mettre dans ses paroles et ses actions le plus de douceur possible, et même de la soumission s'il est nécessaire, puisque les lois divines et humaines ont dit i « Femme, tu obéiras à ton mari. » Mais cette soumission ne doit jamais aller jusqu'à la faiblesse et la lâcheté, car elle a ses bornes, et elle cesse quand on exige des choses injustes contre les mœurs, la vertu, et les saints devoirs de la famille.

Dieu nous a donné la femme pour faire la joie et le bonheur de la famille, et elle doit accepter ce rôle de bonne grâce. Pour cela, il faut qu'elle ne soit jamais maussade, réchignée, grondeuse, de mauvaise humeur, encore moins colère et acariâtre» Malheur à

elle si elle ne sait réprimer ces funestes penchants, car elle se fera détester de son mari, de ses enfants et de toute sa famille, et, qu'elle le sache bien, le bonheur de toute sa vie n'est attaché qu'à cela.

De son côté, le mari doit comprendre que, malgré tout, sa femme est son égale devant la nature et devant les hommes qui pensent. Il ne prendra donc pas avec elle ces tons de supériorité et de despotisme qui ne prouvent que le manque d'éducation. Pour elle, il doit toujours être doux, bon, affable, plein d'indulgence et d'affection. Les femmes, dans nos mœurs, n'ont pas le maniement des affaires d'intérêt, d'où il résulte que, ne connaissant pas bien la position pécuniaire de leur propre maison, elles peuvent quelquefois se tromper et exagérer un peu trop la dépense. Leur goût pour la toilette et pour les plaisirs peut aussi emporter au delà des bornes de la raison celles qui ont le malheur d'avoir la tête un peu légère. C'est à la fermeté du mari à empêcher qu'un pareil écart se renouvelle , soit en éclairant sa femme sur leur position financière , soit , si cela devient indispensable, en faisant intervenir à propos son autorité de chef de maison.

Une femme sera constamment respectée dans le monde, tant qu'elle pourra, aux yeux de tous, se couvrir du manteau de respect que son mari a pour elle. Ainsi donc, si vous voulez faire respecter votre femme, commencez par la respecter vous-même.

RÉSUMÉ

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