LE FLATTEUR
qu'au talent, des succès qu'eux-mêmes auraient achetés au prix de mille bassesses. C'est un moyen tout comme un autre de dénier une supériorité de mérite qui les écrase. Laissons-les délayer leur acre bile dans des phrases sentencieuses et à effet, qui, si on les analyse rigoureusement ne signifient rien, et venons-en à la définition du flatteur.
Vous trouverez dans le monde trois sortes de flatteries avec leurs combinaisons et leurs nuances ; mais toutes marchent au même but, quoique avec des intentions diff'érentes. Ce but unique est de plaire à la personne que Ton flatte. Pour parvenir à plaire l'expérience a démontré, depuis la création du monde jusqu'à ce jour, qu'il fallait exhausser autant que possible chez la personne à laquelle on veut plaire, son propre mérite et non pas le nôtre.
Je dis à un petit souverain d'Allemagne ou d'Italie qu'il est le plus grand prince de l'univers, parce que je veux lui plaire par un mensonge, afin d'en obtenir une faveur : je suis un flatteur ambitieux : première section composée des courtisans écrasés par les philosophes crottés.
Je dis à un auteur de mes amis qu'il est le premier poète du monde. Je mens parce que mon amitié pour lui m'aveugle, ou parce que je veux lui plaire à tout prix, et me faire aimer de lui autant que je l'aime ; deuxième section, composée d'amis plus ou moins sincères.
Je dis à une dame qu'elle est charmante, belle, aimable, spirituelle; et je mens plus ou moins parce que je veux lui être agréable. Troisième section, composée des complimenteurs.
Or, me voilà un vil flalteur dans les trois sections, « l'animal domestique le plus redoutable a l'homme ! » pour me servir de l'expression du philosophe ! de ce même philosophe qui me dit quelques pages plus loin. « On prend plus de mouches avec du miel qu'a- , vec du vinaigre. Il faut tromper les hommes s'il « est nécessaire pour leur bonheur. Toute vérité « n'est pas bonne à dire, etc., etc. »
Si, par la flatlerie, vous soufflez dans le cœur d'un homme puissant, d'un monarque, des passions dangereuses pour lui ou pour les autres, et cela dans vos intérêts ; si vous le trompez en excitant son amourpropre pour le trahir ensuite ; si vous excitez sa colère pour satisfaire votre vengeance particulière! Oui, vous êtes un vil flatteur. Mais tant que vos flatteries innocentes ne nuiront à personne, tant qu'elles se formuleront en compliments plus ou moins vrais, mais toujours délicats, je ne verrai là que de la politesse et de la courtoisie.
Citons un exemple de flatterie intéressée, de celle contre laquelle les philosophants ont tant déclamé. Un marchand avait acheté trois cent mille francs la fameuse perle connue sous le nom de Pélegrine. Philippe IV, auquel il alla la présenter, lui demanda pourquoi il avait donné tant d'argent pour une perle? Je songeais, répondit le marchand, qu'il y avait dans le monde un roi d'Espague qui me l'achèterait. Philippe, touché par cette flatterie délicate, lui paya sa perle quatre cent mille francs. Quel mal y a-t-il à cela?
Un ambassadeur voyait pour la première fois une de nos plus belles reines de France. - Monsieur