‹ Guide manuel de la bonne compagnie du bon ton et de la politesseChapitre 79 sur 161 · M LA NAÏVETÉ · texte numérisé non relu

M LA NAÏVETÉ

d'une naïveté dont elles endossent la robe enfantine. En voici un exemple d'une bêtise atroce.

J'allais un jour chez un de mes amis à Laclayette, joli bourg à douze ou quinze lieues de Lyon, dans les montagnes. Je renconlrai là un brave négociant lyonnais qui était venu, avec sa filie, passer quelques jours à la campagne. La jeune personne avait vi igt-deux ans, et elle eût été fort bien si elle n'eût pas gâté son âge en se donnant des airs enfantins : « Monsieur est it bien bon, — Monsieur est bien honnête, —-Je ne sais « -pas ce que vous voulez dire.— Maman me Va défendu. « — Papa se fâcherait ! » et toutes ces puérilités accompagnées de révérences plongeantes, puis d'une course au cerceau dans le jardin. Et le papa de s'extasier, en s'écriant avec bonheur : Qu'elle est enfant, mon Innocentine!!!

Nous étions à causer dans le salon, tandis que mademoiselle Innocentine s'amusait à regarder par la fenêtre. Tout à coup, il lui échappe un cri d'adiniration et de surprise : — Mon p ipa, qu'est-ce donc que ces charmantes petites bêtes? Comme elles sont jolies! comme elles sont gentilles ! Oh! mon papa, je t'en prie, achèle m'en une!

Nous nous précipitons vers la fenêtre, nous regardons, et je vous le donne en cent pour deviner..,

— Des tourterelles? — Non. — Des agneaux? — Non.

— Alors, je ne sais. — Hé bien, ces charmantes petites bêtes étaient des cochons de lait qui suivaient une truie. Pendant deux jours, la demoiselle nous dit des naïvetés dans un autre genre que, pour n'être pas trop naïf moi-même, j'appellerais le genre rocailleux,

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