J)E LA NAÏVETÉ
et à chacune, le papa ne manquait pas de s'épouffer de rire, en s'écriant : « Quelle innocence ! »
Quinze jours après, mademoiselle Innocentine disparut du toit paternel avec le commis-voyageur de la maison, et cela n'étonna que son père.
Hélas ! dans le maudit siècle où nous vivons, il n'y a plus guère que les papas et les mamans qui croient à rinnocence déjeunes personnes de vingt-deux ans, et dès qu'elles en ont passé seize à dix-sept, les méchants prennent volontiers la naïveté pour de la simplicité d'esprit et l'enfantilla-e pour de l'hypocrisie.
Je dois, clans ce chapitre difficile à écrire, inviter les mamans à vouloir bien s'apercevoir que leurs demoiselles finiss'-nt par n'être plus des petits enfants, à diriger leur éducation en conséquence, et à croire surtout qu'à l'âge où une femme peut se marier et devenir mère à son tour, elle doit être traitée en grande fille, sous peine pour la maman de partager le ridicule qu'elle verse sur la tête de son enfant.
J'ai connu une jeune personne très gentille, fort aimable, mais que sa mère, par une coquetterie surannée et marâtre, avait toujours tenue éloignée du monde dans lequel elle-même allait chercher ses plaisirs. Par un odieux calcul de vanité, elle voulait éviter une comparaison qui certes n'eût pas été à son avantage, lien était résulté pour la jeune fille une ignorance c^bsolue de tout ce qui se passe dans le monde. Un jour, la pauvre enfant, elle avait alors dix-huit ans, se fourvoya et entra au salon ; comme il ne s'y trouvait que sa mère, moi et mes cheveux blancs, il lui fut permis d'y rester un quart d'heure. Tout à coup, pour couper court à une discussion politique qui m'ennuyait,